Après les événements survenus dans 28 jours plus tard, Spike rejoint par la contrainte la bande de Jimmy et est effrayé par l’attitude de ses nouveaux compagnons. Pendant ce temps, le docteur Kelson noue une relation étrange avec l’un des infectés.

En dépit du revers au box-office essuyé par le précédent opus, la franchise de zombies initiée par Danny Boyle il y a deux décades, continue sur sa lancée et nous propose aujourd’hui Le Temple des morts, suite directe de 28 ans plus tard. Hollywood, friande de sagas et de fan service, des ingrédients aptes à alimenter le tiroir-caisse, s’était empressée début 2025, de ressusciter l’univers du britannique, flairant le bon coup, tant il épouse, à la base, les goûts d’une partie du public. Or, les retombées financières insatisfaisantes remettent en cause désormais l’avenir de ce monde post apocalyptique.

Après, il faut avouer que 28 ans plus tard n’a pas intégré le panthéon du septième art, perclus de défauts et d’incohérences qui occultaient ses maigres qualités. On s’interrogeait lors de sa conclusion, quelle direction prendrait son successeur, toujours scénarisé par Alex Garland, mais réalisé cette fois par Nia DaCosta, dont les travaux notables se résument à un remake inutile de Candyman et au très décrié long-métrage du MCU, The Marvels. Elle devait ici respecter les fondements pré-établis tout en s’attelant à la destinée de Spike.

La bande de Jimmy

Patient particulier

Voilà pourquoi l’introduction désarçonne le spectateur puisque la cinéaste s’intéresse d’abord au personnage incarné par Ralph Fiennes, à savoir le docteur Kelson, qui avait tenté de sauver la mère de Spike durant l’épisode précédent. Ce médecin devenu ermite par la force des choses avait érigé un gigantesque cimetière de crânes afin d’honorer dignement les morts. Si Ralph Fiennes ne délivrait pas la meilleure prestation de sa carrière dans 28 jours plus tard et ne le fait toujours pas dans Le Temple des morts, il convainc tout de même par intermittences.

D’ailleurs, son personnage se distinguerait presque favorablement au sein du dispositif global, moins phagocyté par les références que son aîné. Certes sa caractérisation relève d’une approche réductrice et racoleuse avec une utilisation de photos trop littérale et une mise à nu synonyme de métaphore pataude. Néanmoins, le long-métrage intrigue voire émeut lorsqu’il se penche sur les rapports pour le moins incongrus qu’entretiennent ce soignant et l’infecté alpha tout puissant Samson.

Viens par ici l’ami

Kelson embrasse sa vocation thérapeutique en tentant de sauver cette créature, toujours humaine au fond de lui, bien que les moyens déployés pour l’extirper de sa malédiction interpellent, tant ils nuisent à la crédibilité de l’ensemble. Cet écueil est contrebalancé quand Nia DaCosta instille de la poésie durant quelques instants plombés par une terrible tension, avec en point d’orgue la résignation, un acte d’euthanasie et un éveil inimaginable. Des minutes de grâce qui s’évaporent trop vite, hélas.

Highway to hell

En effet, le récit a le devoir de se recentrer sur l’initiation de Spike et sur les frasques d’un groupe de satanistes guidé par le terrifiant Jimmy. 28 ans plus tard débutait en nous présentant les origines tragiques de ce dernier, élevé dans une piété religieuse très stricte et qui renie toute son éducation après avoir assisté au massacre des siens par les infectés. Ce revirement à cent-quatre-vingts degrés induit une dévotion totale aux Enfers et le jeune homme, dans sa folie, se proclame Antéchrist. Si cette idée ne s’avère pas mauvaise en soi, elle est, en revanche, très mal développée.

Jimmy enrage

Entouré de sbires presque tous aussi stupides que lui, ce faux prophète est interprété par un Jack O’Connel agaçant, prévisible dans son agitation et ses sermons de comptoir. Il recourt à toutes sortes de supplices et de tortures, comme pour justifier une violence gratuite et outrancière, qui lasse en raison des répétitions de séquences quasi identiques. Surtout, la velléité derrière les massacres se calque sur les ambitions de George Romero dans son fabuleux Zombie.

La force du long-métrage de Romero reposait dans son analyse sociétale sans concession, mais à la forme assez subtile, démontrant que l’homme était un loup pour sa propre espèce et ne valait pas mieux que des morts-vivants qui ne cherchaient qu’à se nourrir. Ici, la problématique similaire est abordée avec la même cruauté, dépourvue cependant de la finesse nécessaire.

Morbide

Dispersion

Le plus triste survient lorsque les chemins des protagonistes se rejoignent. On s’attend à un final en apothéose, dantesque, ce à tort. On remarque surtout que cette jonction s’opère sans la moindre harmonie, pour obéir aux besoins impérieux d’une narration qui ne tenait que sur un fil. Tout l’édifice s’écroule au profit d’une succession d’événements grotesques et de dialogues indigestes, avec à la clé un symbolisme pathétique.

Nia DaCosta s’est tellement dispersée qu’elle se contente de recoller des morceaux provenant de vases communicants très différents. Les largesses du script se transforment en trous béants, mais qu’importe, pourvu qu’on ait du gore (même pas risible). S’ajoute un épilogue digne des séquences post générique du MCU, pour nous rappeler l’existence de cette licence qui prend l’eau de toutes parts.

Ainsi, 28 ans plus tard : Le Temple des morts n’est ni meilleur ni pire que son grand frère. Il est juste le fruit d’un concept (une notion qui détruit l’industrie cinématographique de l’intérieur et qui mérite un futur billet d’humeur) censé masquer les carences d’une mise en scène, trop souvent aux abonnés absents.

Film américain de Nia DaCosta avec Ralph Fiennes, Alfie Williams, Jack O’Connell. Durée 1h49. Sortie le 14 janvier 2026

François Verstraete

Share this content: