Afin de sauver Pandora et sa faune, Jake Sully, Ney’tyri et leurs enfants vont devoir repousser une nouvelle fois les assauts de Quaritch, aidé cette fois par une tribu Na’vis hostiles et barbares.
En 2009, James Cameron a initié l’une des sagas les plus lucratives de l’Histoire du cinéma, à savoir Avatar, objet technologique pimpant, à défaut de briller sur la forme et sur le fond (d’une pauvreté analytique affligeante, tant il enfonce des portes ouvertes). Critiqué pour avoir copié honteusement Pocahontas, le réalisateur a pu compter sur une horde d’admirateurs et d’observateurs pour contester ce reproche. Preuve qu’à l’instar de Quentin Tarantino ou Brian de Palma, il jouit d’une complaisance évidente, souvent injustifiée (oui, le lectorat pourra conspuer le rédacteur de ces mots acerbes et amers).
Quoi qu’il en soit, il est difficile de nier en revanche la pauvreté du script, qui, en dépit de quelques bonnes idées ci et là, ne dépasse pas les ambitions du blockbuster moyen (surtout pour le deuxième volet). Puiser dans Le Dernier des Mohicans, Little Big Man ou Danse avec les loups pour retranscrire l’immersion de Jake chez les Na’vis s’avérait audacieux, mais il fallait inoculer un authentique supplément d’âme pour parfaire l’entreprise (et non pas une métaphore pataude de la chasse à la baleine dans Avatar : La Voie de l’eau).
Voilà pourquoi ce troisième épisode constitue l’occasion pour James Cameron d’éteindre les attaques de ses détracteurs, d’autant plus que l’inflation galopante du budget et l’affluence décroissante dans les salles obscures n’augurent rien de bon quant à l’avenir de son bébé au box-office. Et ce n’est pas avec une promotion agressive, en pointant du doigt le danger Netflix (après avoir fait de même contrer Marvel et DC en 2022), qu’il entretiendra cette fois l’illusion. Hélas pour lui, la supercherie risque bien d’être éventée !
Méliès moderne ?
Certes, James Cameron conserve son titre incontesté de maître des effets spéciaux, tant il prouve année après année sa supériorité en matière d’artifices techniques sur grand écran. À l’instar de Georges Méliès, pionnier dans le domaine, le réalisateur révolutionne le septième art, aidé il est vrai par des ressources financières pharaoniques, ce depuis Abyss et Terminator 2. D’ailleurs, il a amorcé cette dérégulation économique contemporaine, la même que les studios désiraient éviter depuis la chute de la United Artists, suite à l’échec de La Porte du paradis.
Fort heureusement pour lui, le succès l’a presque toujours accompagné et il continue donc de s’amuser avec les dernières avancées visuelles, masquant de fait les carences de sa mise en scène. Sur ce point, un journaliste évoquait il y a plus de trente ans, qu’il n’avait rien d’un dramaturge, que ses talents de chorégraphe martiale ne se hissaient pas au niveau d’un John Woo à l’époque, mais qu’il n’avait pas d’équivalent pour magnifier les effets spéciaux et les intégrer à son dispositif. La franchise Avatar confirme cette allégation et depuis quinze ans, elle plonge le public dans l’environnement de Pandora, avec crédibilité.
Néanmoins, si Avatar : De feu et de cendres est irréprochable sur le rendu global, il n’apporte rien de nouveau, ce contrairement à ses aînés, dans la conception de cet écosystème extraterrestre. James Cameron recycle bon nombre d’éléments, tant et si bien que cette suite sent rapidement le réchauffé, pour ne pas dire le frelaté. Il n’innove plus et ne s’appuie plus, par conséquent, sur sa véritable force. Résultat, on retient très vite les faiblesses de cet opus, qui irrite dès les trente premières minutes.
Et la mise en scène, bordel !
En dépit de l’intention louable de contextualiser une situation précise, après les événements survenus dans La Voie de l’eau, le récit affiche clairement non pas ses qualités, mais ses failles béantes. Les dialogues insipides et les relations stéréotypées qu’entretiennent les protagonistes sabordent d’emblée l’introduction. La culpabilité sur la responsabilité du deuil d’un frère, la rancœur de Jake et la haine de son épouse envers Spider n’affecteront personne, tant James Cameron tire trop sur la corde de la facilité, en lieu et place d’instiller un brin de nuance à son ensemble. Et ce n’est point une banale conversation avec un mort qui bouleversera un équilibre dramatique fragilisé par une direction d’interprètes quasi inexistante.
Aucun membre de la distribution ne brille vraiment, tandis que les enjeux sont censés se démultiplier. Les rivalités affleurent et quelques personnages nourrissent des regrets, mais nulle émotion ne transpire de cette atmosphère aseptisée. Zoe Saldana feule au diapason de ses adversaires afin de laisser libre cours à sa colère et de fait se ridiculise, en abusant trop de cette formule. Quant à la narration, elle se disperse par son manque de cohésion ; le rythme frénétique, décousu, nuit à toute tentative poétique ou contemplative, alors que tout s’y prête à l’origine.
Les courses poursuites et les rebondissements s’enchaînent sans jamais bénéficier d’un quelconque souffle épique. La vacuité scénaristique saborde les moments de bravoure répétitifs donc lassants. Le recours systématique à la capture d’un être cher induit l’absence totale d’imagination des auteurs du script. Ainsi, en dépit du semblant de spectacle offert, on s’ennuie ferme, extirpé d’une torpeur lancinante par la présence de Stephen Lang, qui s’évertue, sous la houlette de son cinéaste, à injecter un peu de subtilité à son alter ego Quaritch… avant de retomber dans ses travers !
Promesses gâchées
Cette démarche erratique souligne l’énorme gâchis d’un authentique potentiel, entrevu dans La Voie de l’eau, mais éparpillé dans l’océan de Pandora, avec perte et fracas. Ainsi, on regrettait que les portraits de Spider et de Kiri ne soient pas davantage approfondis, tant les personnages intriguaient et se distinguaient du reste de la distribution. Leurs blessures intimes et leurs atermoiements intéressaient, sans doute, en raison de la suggestion adoptée au moment de les traiter. La culture du mystère épaississait leurs traits de caractère et on espérait que Cameron allait bien plus se concentrer sur leur destin dans ce long-métrage, sans renier les principes de l’évocation.
Hélas, il les sacrifie au profit de révélations tonitruantes, accompagnées de la sempiternelle concordance christique, éludant les aspérités qui fascinaient autrefois. Il en va de même au moment de retracer le sort tragique de Varang, impitoyable tueuse et meneuse d’un clan de mercenaires, dans la lignée de certains Amérindiens dans les westerns classiques… excepté qu’elle ne possède point l’aura du « Balafré » de La Prisonnière du désert, de Darth Vader, Sauron ou Thanos. Et l’idée d’armer les Na’vis renégats avec des fusils (comme les Amérindiens…) est desservie par un procédé métaphorique pataud.
Bis repetita
Au risque de tirer sur l’ambulance et d’achever un Tulkun à terre, il faut dénoter cette désagréable impression de déjà-vu. De feu et de cendres s’érige en copie conforme de La Voie de l’eau, même si James Cameron a ajouté quelques problématiques supplémentaires (la rédemption ou la reconnaissance d’un enfant adopté), résolues avec la finesse d’un bulldozer. Les préoccupations restent identiques bien que le pamphlet écologique perde en force, à ressasser une réflexion évidente, tout en la simplifiant à l’extrême.
Les rôles secondaires caricaturaux exaspèrent et renforcent l’incapacité du réalisateur à se renouveler ou à se régénérer. Symbole de cette impuissance généralisée, un combat mimétique à celui d’Avatar : La Voie de l’eau en guise de feu d’artifice final. La frustration s’empare alors d’un spectateur lésé par la tromperie sur la marchandise. Ce n’est pas en augmentant le nombre de belligérants ou de baleines participant à la bataille que cette dernière gagne en intensité, surtout avec des séquences d’affrontement redondantes et éculées.
Ainsi, au lieu de cracher son venin sur le voisin et de chercher les responsables de la déliquescence qui saccage l’industrie hollywoodienne, James Cameron devrait s’interroger sur son travail, sa pertinence et sa finition. Avatar : De feu et de cendres n’a rien à envier aux étrons que son cinéaste fustige ardemment. Navrant.
Film américain de James Cameron avec Sam Worthington, Zoe Saldana, Sigourney Weaver. Durée 3h17. Sortie le 17 décembre 2025
L’avis de Mathis Bailleul : L’orfèvrerie de Cameron est toujours bluffante et la générosité et l’ambition s’étoffent encore après trois films… donc peut-être que c’est nous le problème, désormais habitués à Pandora, ou soit c’est le scénario qui pêche, sur le papier passionnant, mais branlant en pratique.
François Verstraete
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