Assassin d’élite pour le compte de la DGSE, Badh est abandonnée par sa direction au cours d’une opération délicate. Elle se retire alors au Maroc et refait sa vie. Le jour où son conjoint est pris pour cible par la pègre locale, elle décide de se lancer dans une quête vengeresse, qui la conduira à une terrible vérité.
Guillaume de Fontenay appartient à cette caste d’auteurs-réalisateurs, qui ont dû persévérer pendant des années avant de finalement percer. Pour le Canadien, la lumière est venue de son long-métrage, Sympathie pour le diable, consacré à la couverture de la guerre civile en ex-Yougoslavie, par un reporter chevronné. Cet essai lui valut des éloges d’une partie des critiques et des spectateurs, ce en dépit de menus défauts qui nuisaient à son entreprise. Et le voilà désormais aux commandes d’un polar sur vitaminé, Badh, produit cette fois entièrement francophone et élaboré par le scénariste très limité, Matt Alexander. Très vite, on entrevoit les écueils formels et narratifs d’un film, qui ne démériterait pas si son écriture indigente ne le desservait.
Rien ne va
Les premières minutes dessinent pourtant un authentique désir de bien faire, la scène de la planque efficace sur le papier, retranscrit la tension de l’attente, un processus très souvent bâclé à l’écran. Marina Vatch relève les détails infimes pour se fondre dans l’environnement, pour mieux tromper l’ennemi et patiente jusqu’au moment opportun. Or cette séquence souligne d’emblée ce qui nuit au long-métrage, à savoir une durée resserrée qui implique une action débridée, voire décousue.
Guillaume de Fontenay ne prend jamais le temps d’installer sa mécanique et le rythme s’accélère pour davantage égarer le récit dans les travers du script et ses stéréotypes. Badh s’articule sur de nombreux ressorts déjà vus et même pas revisités ici intelligemment, à l’instar d’une traque qui se révèle infructueuse en raison de l’ingéniosité d’une proie qui se plait à méprendre ses adversaires. Le recours à de telles ficelles agace et on devine chaque retournement de situation avec une aisance confondante.
En outre, le cinéaste n’exploite jamais une distribution de qualité et cantonne ses interprètes au strict minimum. Emmanuelle Bercot hérite du mauvais rôle sans une once de nuance tandis que Niels Schneider, qui retrouve Guillaume de Fontenay pour l’occasion, ne peut tirer son épingle du jeu, en dépit de son charisme indéniable. Impossible donc de s’extirper d’une caractérisation sommaire pour les uns et les autres, au milieu de ce fatras reposant sur une histoire de complot entre agence gouvernementale et crime organisé.
Espoir déçu
Toutefois, l’aspect le plus regrettable de cette entreprise ne réside pas dans ce navire qui tangue de toutes parts, mais bel et bien dans les promesses affichées par moments, à commencer par la prestation de Marine Vatch, assez convaincante, qui s’affranchit d’une certaine routine, pour se glisser dans la peau d’une héroïne dopée à l’adrénaline. Si les passages de composition ne la valorisent pas forcément, toujours à cause des lacunes de développement inhérentes aux maigres une heure vingt-quatre du long-métrage, les séquences de poursuite ou de fusillades soulignent son implication et sa bonne volonté.
D’ailleurs, durant ces instants frénétiques, Guillaume de Fontenay renoue avec la verve de Sympathie pour le diable, adoptant une sécheresse de ton bienvenue et optant pour un cadre rapproché, caméra à l’épaule, pour mieux intensifier les tours de force de ses protagonistes. Certes, il ne réinvente rien, mais il instille un équilibre entre lisibilité à l’écran (relative néanmoins) et tension dramatique. Cet équilibre brillera notamment dans une conclusion située en zone portuaire, filmée avec le soin nécessaire et d’identité.
Or, ces éclaircies accentuent le sentiment de gâchis et on déplore ce qu’aurait pu et dû être Badh. Enraciné dans les démons minimalistes et paresseux de bon nombre de tentatives du même genre, le long-métrage de Guillaume de Fontenay déçoit et ne devient jamais l’objet fascinant souhaité à la base.
Film français de Guillaume de Fontenay avec Marine Vatch, Emmanuelle Bercot, Niels Schneider. Durée 1h24. Sortie le 6 août 2025
François Verstraete
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