Avant de s’attaquer à la figure de Lee Marvin, le journaliste Christophe Leclerc avait livré chez Capricci un autre essai consacré à une légende d’Hollywood, Gary Cooper (1901-1961). Véritable icône du western, Cooper mérite qu’on revienne sur son itinéraire et aussi sur son style de jeu.
Une star tranquille
Cooper voulait devenir cowboy dans son enfance, balloté entre Amérique et Angleterre. Sa grande taille et son sourire attirent l’œil des producteurs. Il commence comme cascadeur puis joue des seconds rôles au temps du cinéma muet avant de devenir une star grâce à son rôle dans Wings de William A. Wellman. Puis c’est Sternberg, au moment du passage au parlant, qui achève d’en faire une figure de légende du cinéma américain. Le tournage, pourtant, se passe mal car Sternberg n’en a que pour Marlene Dietrich avec qui Cooper a une liaison (sa spécialité durant les tournages). Cooper a comme particularité d’en faire le moins possible face à la caméra. Il est toujours plus à l’aise dans des dialogues courts que dans de grandes tirades théâtrales. Il est le contraire d’un histrion, comme Wallace Beery ou Lionel Barrymore. Cooper se révèle idéal pour des metteurs en scène adorant la sobriété comme Hawks.
Sous contrat à la Paramount, Cooper enchaîne les films, fait face à la concurrence du jeune Cary Grant (ce dernier récupère à ses débuts des rôles dont ne veut pas Cooper). Cooper s’entend bien avec Henry Hathaway avec qui il tourne Les trois lanciers du Bengale, film exaltant le courage des soldats coloniaux – au moment où, Christophe Leclerc le note avec sagacité, Gabin tourne La Bandera -, film un peu difficile à notre époque. L’auteur du livre ne mentionne pas Peter Ibbetson du même Hathaway, pourtant bien meilleur et encensé par les surréalistes. Par contre, Leclerc montre combien cet adepte de l’underplay se révèle doué pour la comédie, comme dans Sérénade à trois de Lubitsch.
La politique malgré lui
Plutôt conservateur, votant républicain, Cooper ne fait pas de politique. Trop vieux pour rejoindre l’armée en 1941, Cooper se contentera de faire des films patriotiques. Il avait même anticipé en tournant Sergent York sous la férule de Hawks (avec qui il avait fait Après nous, le déluge), l’histoire d’un pacifiste qui devient un des meilleurs tireurs américains en 1918. Peu de chefs d’œuvres même si Cape et poignard de Fritz Lang vaut le détour. Après-guerre, Cooper passera une audition devant le comité des activités antiaméricaines où ses réponses laconiques valent le détour. Avoir tourné Pour qui sonne le glas, adaptation d’Hemingway par l’ultraconservateur Sam Wood (un tâcheron) a-t-il entraîné des soupçons ? Avec Le train sifflera trois fois, il montre un certain courage en soutenant le scénariste Carl Foreman, convoqué pour témoigner devant la commission McCarthy. Le film sera un succès, Cooper gagnera un oscar, au grand dam de John Wayne et d’Howard Hawks : Rio Bravo sera leur réponse au film de Zinnemann.
Une fin de carrière plus ambiguë
Cooper ne se voyait pas comme un grand acteur. Cela ne l’empêcha pas, la cinquantaine venue, de reprendre des cours et de s’intéresser à la Méthode. Entrant dans la cinquantaine, Cooper traverse une grave crise personnelle : son histoire d’amour avec Patricia Neal prend de telles proportions que sa femme le quitte. Pire, Neal tombe enceinte et Cooper la pousse à avorter. Puis cette dernière finit par le quitter. Cooper s’efforce désormais de rester fidèle à son épouse. Se sent-il coupable de quelque chose ? Ses personnages deviennent plus durs, plus ambigus. Ses prestations dans Vera Cruz d’Aldrich, Le Jardin du Diable d’Hathaway s’en ressentent, jusqu’au sommet de L’homme de l’Ouest d’Anthony Mann. Côté comédie, il campe dans Ariane de Billy Wilder un séducteur sur le retour qui emberlificote la jeune et gracile Audrey Hepburn, malgré leurs trente ans de différence. Le mariage final n’enlève rien au sentiment de malaise que dégage le film.
Cooper meurt à soixante ans, on peut estimer comme Christophe Leclerc qu’Eastwood lui a beaucoup emprunté pour son jeu minimaliste. Robert Mitchum aussi.
Sylvain Bonnet
Christophe Leclerc, Gary Cooper, personne n’est parfait, Capricci « stories », janvier 2024, 116 pages, 11,50 euros
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