Afin d’aider de jeunes imitateurs, Les Cavaliers effectuent leur retour en grande pompe. Leur objectif cette fois, dérober le plus gros diamant du monde et démasquer une riche héritière.

En 2013, le très modeste artisan Louis Leterrier accouchait d’un film de casse ambitieux, entrelaçant les codes du genre avec l’univers de la prestidigitation moderne. Bien que très limité, en raison d’un récit mal troussé, le long-métrage connut un authentique petit succès au box-office, raflant au passage la bagatelle de trois cent cinquante millions de dollars, rentabilisant ainsi les soixante quinze investis initialement (bon certes, la production n’a environ encaissé que cent millions sur les trois cent cinquante, mais c’est amplement suffisant). Il faut avouer que la distribution a énormément contribué à cette réussite, Mark Ruffalo, Jesse Eseinberg, Woody Harrelson, Morgan Freeman et compagnie s’étaient montrés convaincants en magiciens voleurs.

Bien entendu, les studios, amateurs de franchise, ont lancé une suite en 2016, plus coûteuse et qui n’amassa que quelques deniers supplémentaires par rapport à l’opus d’origine. Sa conclusion annonçait un autre volet, qui aura mis presque dix ans avant de voir le jour, sous la houlette de Ruben Fleischer, connu pour ses travaux assez médiocres, mais populaires (Venom, les Zombieland). La question légitime se profile alors, les illusions frelatées fonctionneront-elles encore auprès du public ? Rien n’est moins sûr.

Au pays des merveilles

Le gang des 8

L’exposition annonce fièrement et clairement les enjeux de cet épisode, sous la forme d’un numéro tapageur dont la saga a le secret, avec un retournement à la clé, censé créer la surprise. Ici, il est question de legs, d’héritage, ou comment la jeunesse prend le pouvoir et prouve que les talents d’aujourd’hui n’ont rien à envier à ceux d’hier (avec cette envie de balayer les « c’était mieux avant », ou la nouvelle génération ne possède pas le niveau requis). Ainsi, le plaidoyer réprobateur de Jesse Eseinberg, à l’occasion d’une rencontre mal orchestrée (un comble) est rapidement contredit par l’étalage de compétences dont dispose Charlie, Bosco et June.

La scène d’une banalité confondante, pendant laquelle June surpasse Jack dans l’exercice du crochetage atteste du manque d’imagination de Ruben Fleischer en termes de mise en scène. Seul importe de présenter des protagonistes dans l’air du temps, conscients des préoccupations sociétales et politiques contemporaines et non pas de justifier son rôle derrière la caméra. Sommet de la fainéantise, le concours amorcé par la rivalité entre Daniel et Bosco, conduisant de fait à une démonstration de testostérone mal placée.

Sois vilaine et tais toi

En outre, n’attendez pas du réalisateur une quelconque direction de sa distribution, en roue libre, plus encline à percevoir leurs émoluments qu’à exceller. Il est préférable d’obéir aux contraintes de ce satané fan service, en s’amusant avec son armada de vedettes, de Jesse Eseinberg à Morgan Freeman et en se référant de manière nonchalante aux précédents opus. Même Rosamund Pike, en méchante du jour, déçoit au plus haut point, dans la peau d’un personnage caricatural à souhait. Quant à Justice Smith, symbole de la relève, il abandonne son poste de jeteur de sort dans Donjons & Dragons : l’Honneur des voleurs pour celui de magicien de pacotille.

C’est la police !

Et n’escomptez pas une once d’ingéniosité scénaristique, puisque Insaisissables 3 se pose en copie conforme du premier, avec plus de protagonistes, la qualité chorale en moins. Pourtant, un éclair surgit dans la nuit, quand tout ce petit monde se rend au château de Roussillon, sorte de parc d’attractions idéal pour les prestidigitateurs de tout poil. Ruben Fleischer s’accorde un moment récréatif bienvenu qui, s’il ne sauve pas l’ensemble du naufrage absolu, lui offre une bouffée d’oxygène inespérée. Hélas, le pire est à venir avec un enchaînement de mauvais goût non assumé.

Prêts au combat

On s’interroge en effet sur les préparatifs du tournage, dès qu’apparaît la police municipale française, qui s’octroie ici les pouvoirs des forces de l’ordre nationales, avec tous les clichés les accompagnant (tout comme Interpol…). Tous les stéréotypes d’usage sont déployés (les nazis, les trafiquants, le passé peu reluisant de Rosamund Pike), jusqu’à la course-poursuite improbable entre une formule 1 et les autorités dans les rues d’Abu Dabi. Une séquence aussi ridicule qu’hideuse, dont ne rêveraient même pas Vin Diesel et consorts.

Le plus triste dans cette histoire réside dans la foi de Ruben Fleischer, persuadé que son étron raflera la mise, allant jusqu’à annoncer le futur de cette franchise inutile lors d’une conclusion navrante, à l’image du reste. Il serait donc judicieux d’enterrer définitivement les aventures de ces Robin des Bois et leurs astuces éventées.

Film américain de Ruben Fleischer avec Jesse Eseinberg, Woody Harrelson, Dave Franco, Isla Fisher, Rosamund Pike. Durée 1h52. Sortie le 12 novembre 2025.

L’avis de Mathis Bailleul : Suite honorable mais… moins magique que les deux précédents parce que Fleisher sait faire quelques trucs, mais pas autant que ses deux prédécesseurs. C’est peut-être le récit qui a le plus à offrir en revanche, mais il est trop classique et manque de relief, de prise de risque.

François Verstraete

 

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