Tout le monde ou presque a oublié la figure de Lee Marvin, acteur disparu trop tôt en 1987. On le vit pourtant dans pas mal de films marquants des années cinquante à soixante-dix, commençant dans les seconds rôles. Toujours excellent pour jouer un psychopathe, fascinant au moment du pétage de plombs, Lee Marvin fut un des meilleurs antihéros des années soixante : ses prestations dans Le Point de non-retour de Boorman ou dans Les Douze Salopards d’Aldrich en sont le meilleur exemple. Mais qu’est-ce qui faisait courir Marvin ?
Le trauma originel
L’homme n’était pas beau, soyons clairs. Avec une tronche cabossée pareille, impossible de jouer les jeunes premiers à la Rock Hudson. Mais il y avait plus car Christophe Leclerc est remonté à la source : Marvin fut un marine avant d’être acteur, combattant dans le Pacifique. Il y vit la violence à l’état brut, la mort, fut blessé. Il fut semble-t-il victime de ce qu’on appelle aujourd’hui un syndrome post-traumatique qu’il sublima au cinéma. Aucun problème chez lui pour jouer le sadique qui défigure Gloria Graham dans Règlement de comptes de Fritz Lang.
Aucun problème non plus pour occuper l’écran face à Brando dans le médiocre et mythique L’Équipée sauvage. Durant les années cinquante, Lee Marvin est un des meilleurs seconds rôles du cinéma américain avant d’accéder au vedettariat grâce à une série télé (M Squad) puis de donner la réplique à John Wayne et James Stewart dans L’Homme qui tua Liberty Valance. Cela n’empêche pas l’acteur de boire, fuyant ainsi ses cauchemars de la guerre…
Le grand rendez-vous manqué
Il y a un metteur en scène qui semble ressembler, qui semble programmer pour croiser la trajectoire de Lee Marvin : Sam Peckinpah, ancien du Pacifique, alcoolique lui aussi. De fait, ils ont collaboré ensemble sur deux téléfilms mais pas plus. Marvin a beaucoup travaillé avec Peckinpah lors de la préparation de La Horde sauvage et devait interpréter le personnage finalement dévolu à William Holden mais déclina au dernier moment : il estimait avoir déjà creusé le même sillon avec Les Professionnels de Richard Brooks. Peckinpah travailla également longtemps sur la préparation de L’Empereur du Nord avant de céder la place à Robert Aldrich qui engagea Marvin et Ernest Borgnine, ancien de La Horde sauvage. Dommage.
Un beau petit livre sur l’itinéraire d’un acteur hors normes.
Christophe Leclerc, Lee Marvin, personne ne connaît mon nom, Capricci, novembre 2025, 120 pages, 11,50 euros
Sylvain Bonnet
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