Patron d’une entreprise de construction navale, Paul coule des jours paisibles auprès de son épouse Élise et de sa fille Mia.  Sa vie bascule quand il est confronté à un étrange phénomène météorologique. Il commence à rétrécir sans aucune explication. Le début de l’enfer…

Quatre écrivains américains auront marqué de leur empreinte la littérature fantastique. Edgar Allan Poe, Howard Philip Lovecraft, Stephen King et… Richard Matheson. Or, si ce dernier a quelque peu été oublié par un large public ces dernières années, il ne faut pas néanmoins négliger son impact sur tout un genre et sur la culture populaire en général. Je suis une légende, L’Homme qui rétrécit ou encore ses scénarios pour la série télévisée La Quatrième Dimension ont contribué à sa notoriété. Voilà pourquoi, le cinéma s’est emparé de ses travaux. Je suis une légende a bénéficié de deux adaptations, Le Survivant avec Charlton Heston et une deuxième, éponyme avec Will Smith.

Descente aux enfers

Quant à L’Homme qui rétrécit, ce fut le modeste artisan Jack Arnold qui s’en chargea, pour un résultat mitigé. Désormais, c’est au vétéran français Jan Kounen qu’incombe la tâche délicate de transposer ce récit à l’écran. Une entreprise hautement risquée et surprenante, tant l’univers de Richard Matheson, mesuré et assez subtil, s’éloigne des outrances chères au réalisateur de Vibroboy et de Dobermann. Jan Kounen a acquis ses lettres de noblesse par le biais de ces longs-métrages crétins (pour rester poli) et un Blueberry au contenu psychédélique édifiant.

Par conséquent, on pouvait craindre le pire ici, bien que la présence de Jean Dujardin rassurât sur deux aspects bien spécifiques ; la capacité de l’acteur à se sublimer dans des rôles dramatiques (Contre-enquête, J’accuse) et son amour proclamé envers le roman original. En effet, il rêvait d’une résurrection du titre et produit donc, dans cette optique, en grande partie le film (doté d’ailleurs d’un coquet budget dépassant les vingt millions d’euros). Suffisant pour garantir sa réussite ? Rien n’est moins sûr.

Indice inquiétant

Inéluctable

Certes, plusieurs facettes positives se dégagent de l’ensemble et L’Homme qui rétrécit s’impose sans peine, comme le meilleur travail de Jan Kounen jusqu’à présent. Le réalisateur s’affranchit non pas de ses limites supposées (et authentiques), mais de sa propension à recourir à des méthodes tapageuses, voire vulgaires. Ici, il pose sa narration avec rigueur, bien que l’introduction de l’élément fantastique aurait mérité davantage d’attention et d’originalité. En revanche, la progression du mal qui ronge Paul et le passage à l’aventure au sein d’une cave presque abandonnée sont traités efficacement.

Le mari aimant et aimé, devient malgré lui un monstre de foire, un jouet parmi d’autres (la scène dans la maison de poupées rappelle d’ailleurs un épisode célèbre de La Quatrième dimension) et tombe peu à peu dans l’oubli. Les dangers se multiplient et le chasseur d’antan se mute en proie pour de créatures de plus en plus petites, mais tout aussi féroces. Du chat à l’araignée, les prédateurs guettent le moindre faux pas pour fondre sur lui. Le rapport d’échelle est remarquablement respecté, permettant de souligner le sort funeste réservé au protagoniste.

Constat douloureux

Jan Kounen retranscrit ici la sensation d’inéluctabilité qui anime toute l’œuvre de Richard Matheson. L’écrivain excellait dès qu’il décrivait la terrible spirale emprisonnant ses personnages, condamnés par le destin. Quels que soient leurs convictions, leurs repères et leurs forces, rien ne pouvait les sauver. Le compte à rebours enclenché, ils devaient patienter jusqu’à une fin, prévisible et horrible. Le cinéaste se plie à cet exercice avec un certain succès, aidé il est vrai par la performance de Jean Dujardin, brillant en chef de foyer balayé par quelque chose qu’il ne comprend pas, n’explique pas et qui le brise à petit feu.

Trop grand pour lui

Ce tableau, assez flatteur du long-métrage induirait que Jan Kounen a remporté son pari. Hélas, il faut énormément tempérer un certain enthousiasme, tant le résultat est entaché de lourdeurs formelles irritantes, témoignant de la mise en scène très inégale. La première séquence s’érige en exemple éloquent ou en preuve accablante. On y voit un jean Dujardin immergé contempler l’immensité du ciel et constater sa petitesse, parmi le gigantisme du monde. Les multiples contre-plongées déployées pendant la première demi-heure, avant la transformation inexorable, constituent des métaphores grossières et surtout redondantes.

La proie

En outre, la voix-off récurrente annihile toute suggestion et toute interprétation d’un portrait psychologique, par des attitudes, des mouvements de caméra judicieux ou quelques paroles succinctes prononcées à bon escient. Comme tant d’autres aujourd’hui, Jan Kounen écarte les vertus de la litote et se contente du strict minimum. Point de poésie durant les moments de solitude ou de retenue lyrique, uniquement un épanchement lacrymal insupportable qui dessert la prestation de l’acteur principal.

Ainsi, en dépit de ses bonnes intentions et d’efforts notables, L’Homme qui rétrécit échoue et Jan Kounen tente d’ajuster à sa taille un costume trop grand pour lui, à l’image de son protagoniste. Il rejoint cette génération d’auteurs désireux d’apporter leur pierre à un édifice monumental, qui prend désormais l’eau de toutes parts, à cause de la paresse, de l’orgueil et du manque de talent. Cet édifice, c’est malheureusement le septième art !

Film français de Jan Kounen avec Jean Dujardin, Marie-Josée Croze, Daphnée Richard. Durée 1h40. Sortie le 22 octobre 2025.

L’avis de Mathis Bailleul : Partagé entre des situations qui prêtent à sourire et un premier degré aussi bienvenu qu’étrange, L’Homme qui rétrécit bénéficie du savoir-faire de Jan Kounen, d’un Jean Dujardin des grandes heures et d’un côté fable mi fataliste mi optimiste pour maintenir le bateau à flot. OFNI.

François Verstraete

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