Suite à la défaite du régime nazi en 1945, plusieurs hauts dignitaires sont capturés par les Alliés. Parmi eux, Herman Göring, bras droit d’Hitler. Dans l’attente de son jugement, il passe plusieurs examens psychiatriques, supervisés par le docteur Kelley, avec qui il noue une singulière relation.
Le Procès de Nuremberg, qui se déroula de novembre 1945 au mois d’octobre 1946, constitua une étape charnière dans la conception des relations internationales et de l’application de la justice. En effet, la cour composée de membres d’horizons divers (issus des pays victorieux) devait établir la culpabilité puis rendre le verdict à l’encontre des chefs de l’Allemagne nazie, qui devraient alors répondre des crimes contre l’humanité (du jamais vu alors) durant la guerre. Cet événement d’envergure marqua les esprits et continue aujourd’hui d’alimenter certains fantasmes autour de ses coulisses tandis que de nombreux essais cinématographiques, généralement assez médiocres, se sont penchés sur son cas.
Fort heureusement, le documentaire De Nuremberg à Nuremberg émergea de cette nasse de travaux et reste, à ce jour, l’étude à l’écran la plus probante sur le sujet. Voilà pourquoi, l’annonce du projet de James Vanderbilt, Nuremberg, ne présageait pas du meilleur. D’abord, on s’interrogeait sur l’angle de vue qui serait adopté. Ensuite, le cinéaste est capable du très bon comme du pire. Ses scénarios varient de l’excellent (Zodiac de David Fincher, Spider-Man de Sam Raimi) à l’infamant (White House Down, Independance Day : Resurgence). Et son unique réalisation, Truth : Le Prix de la vérité n’est point entré dans les annales du septième art.
Néanmoins, l’idée de transposer le récit de Jack El-Hai, Le Nazi et le Psychiatre, qui relatait les transcriptions de Douglas Kelley, psychiatre de Göring au moment des faits, s’avérait sur le papier judicieux et originale. Une telle proposition induisait une manière très différente d’aborder les choses, au-delà du contexte purement historique. On n’attendait donc pas de révélations révolutionnaires (on doit d’ailleurs se contenter de raccourcis réducteurs et fallacieux) sur ce dernier point puisque l’intérêt du long-métrage résidait dans l’exploration d’un esprit malfaisant.
L’attrait du mal
Dans cette optique, James Vanderbilt rappelle que les adeptes d’un parti inique étaient avant tout des hommes avant d’être des monstres, renforçant davantage le poids de leur responsabilité et suggérant que n’importe qui peut succomber à ses plus vils instincts. Toutefois, ce n’est pas tant par l’intermédiaire de leur conduite ignoble que le cinéaste appuie sa démonstration, mais en soulignant leurs faiblesses, presque infantiles. Inaptes à avouer leurs péchés, ils se retrouvent coincés, pris sur le fait et contraints à s’humilier pour échapper à leur sort.
S’ils n’étaient pas associés aux décisions les plus abjectes, on s’amuserait presque des crises d’hystérie de l’un, de mégalomanie de l’autre ou d’une amnésie feinte, presque à la perfection. Cette approche, authentique réussite de la mise en scène, contraste avec l’académisme d’un ensemble formel assez pauvre. Certes, les performances de Russel Crowe et de Rami Malek sont plutôt satisfaisantes. Quant au lien unissant les deux hommes, entrelaçant professionnalisme, séduction, attirance pour le mal, amitié voire quasi sympathie, est assez bien développé (sans doute grâce à la prestation des deux interprètes).
Par contre, on regrette que la profondeur de leurs échanges repose uniquement sur quelques bons mots ou joutes verbales acérées, qui, s’ils valorisent le charisme et l’intelligence de Göring (des qualités qui lui ont octroyé sa place dans la hiérarchie nazie), ne brillent pas sur la facette purement stylistique. Les limites de James Vanderbilt affleurent, en dépit d’une réelle volonté d’exceller. Pire encore, l’esquisse des portraits secondaires souffre d’un manque de consistance, à commencer par celui du juge Jackson, incarné pourtant par Michael Shannon (que l’on a connu bien plus inspiré). L’écriture des autres personnages répond aux standards d’usage, de même que leurs relations.
Procès en carton
Par conséquent, on n’est point étonné par la littéralité apposée pendant quelques séquences, notamment celles concernant les entretiens entre Kelley et la famille de Göring ou celles avec son traducteur, confident faussement privilégié. Les intrigues de cour ou plutôt diplomatiques ne se distinguent pas non plus par un traitement adéquat, mais ces écueils auraient pu être occultés lors du clou du spectacle, le procès en lui-même. Bien entendu, n’est pas Otto Preminger qui veut (ah Autopsie d’un meurtre) voire même David E. Kelley, le créateur de séries juridiques réputées (Ally Mc Beal, The Practice).
Ainsi, les instants de prétoire n’occasionnent que des débats sans saveur, à peine pimentés par le cynisme destructeur de Göring et les vociférations de Jackson. En outre, le récit se remémore de la tâche attribuée au psychiatre par une pirouette maladroite dans le final. Aucune précision mécanique, sécheresse de ton ou au contraire flamboyance baroque n’insufflent une âme quelconque à un pensum vidé de son substrat. Et la scène de la projection des horreurs perpétrées dans les camps pendant l’audience ne se hisse pas au niveau des exigences souhaitées, toujours sur le plan formel.
James Vanderbilt ignore peut-être le sens de ce mot, une impression renforcée par l’absence totale de maîtrise temporelle, ce qui plombe la cohérence narrative. Le réalisateur ne parvient jamais à respecter les frontières chronologiques, si bien que ce procès parait durer quelques jours au lieu d’un an. Problématique, puisque le dispositif ne retranscrit pas ces périodes interminables de délibération ou de réflexion, qui instillent le doute dans le cœur des prévenus ou de l’accusation.
Nuremberg s’apparente à un gâchis organisé de toutes pièces, malgré de belles promesses affichées d’entrée, mais qui ne se confirment jamais. Le long-métrage émeut, mais pas de la meilleure des manières, se complaît quelque part dans la facilité, voire la vulgarité. Navrant.
Film américain de James Vanderbilt avec Russel Crowe, Rami Malek, Michael Shannon. Durée 2h25. Sortie le 27 janvier 2026
François Verstraete
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