Un Predator chassé de son clan, échoue sur une planète hostile. Il trouve l’aide d’une alliée inattendue, un androïde synthétique nommée Thia et part traquer avec elle, l’adversaire ultime.

À l’instar de Robocop, le Predator, adulé à juste titre de John McTiernan n’aurait jamais dû engendrer une franchise, tant le long-métrage d’origine se suffisait à lui-même. Hélas, Hollywood et son amour des billets verts en ont décidé autrement et une pléthore de petits frères au film avec Arnold Schwarzenegger vire le jour par la suite, des mal-nés en puissance, sans âme et sans saveur. Et le mariage forcé avec les Aliens de Ridley Scott ridiculisa davantage un concept solide à la base. Comme quoi, les studios essuient des revers et n’apprennent jamais de leurs erreurs.

Voilà pourquoi la relance de la saga sur Disney + en 2022 inquiétait. On s’interrogeait sur la capacité de la firme à reconstruire un tel monument bien que placer derrière la caméra Dan Trachtenberg, qui avait convaincu par le passé avec 10 Cloverfield Lane, rassurait quelque peu. Le résultat fut plutôt satisfaisant à l’arrivée, tant Prey renouait avec le travail de McTiernan tout en s’éloignant des standards attendus en contextualisant le récit au cœur de la culture amérindienne. Fort de ce succès, le cinéaste supervisa le long-métrage d’animation intéressant, mais inégal, Predator : Killer of the Killers, tout en préparant le retour sur grand écran du protagoniste avec Predator : Badlands.

Robin des bois ?

Son défi s’avère de taille, car il doit désormais confirmer, d’autant plus qu’il dispose d’un budget coquet de cent millions de dollars et de la comédienne talentueuse Elle Fanning comme tête de gondole au niveau de la distribution. En outre, autre préoccupation majeure, consolider un univers et un historique (sempiternelle licence et fan service) tout en annonçant une jonction avec Alien ! La catastrophe se profile déjà et le public est piégé dans une boucle temporelle : ne manquent plus que Thor et Iron man pour s’opposer aux hordes extra-terrestres (et c’est envisageable puisque des comics books Batman versus Predator, Superman contre Aliens ou Green Lantern contre Aliens ont fleuri durant les années deux-mille). L’industrie est capable de tout, surtout du pire…

En terre étrangère

Fort heureusement, il n’est point encore question de surhommes dans le cas présent (juste de synthétiques). L’exposition et le générique barbare clament haut et fort les intentions de Dan Trachtenberg, celles de se concentrer essentiellement sur le parcours initiatique d’un jeune Predator, sauvé in extrémis d’une mort certaine, à cause de sa supposée faiblesse. En l’intronisant en tant que protagoniste de l’Histoire, le réalisateur prend énormément de risques et répond de fait aux attentes du spectateur, friand des anti-héros, monstrueux et violents. Et avec le Predator, il devrait être servi.

En détresse

Les quarante-cinq premières minutes, bien que dénuées de toute subtilité dans le profilage psychologique, donnent raison au metteur en scène. Sa démarche brute de décoffrage séduit notamment quand il immerge le chasseur dans un environnement plus dangereux que lui et qu’il est confronté à des créatures encore plus féroces que sa lame. Équipé du strict minimum, il est contraint de s’associer avec des partenaires improbables. D’ailleurs, son duo avec Elle Fanning s’apparente à celui de Chewbacca transportant C3PO sur son dos dans L’Empire contre-attaque, ou toute proportion gardée, le loup solitaire et l’enfant de Baby Cart (qui inspira Jon Favreau pour The Mandalorian).

Dan Trachtenberg ajoute une touche de western avec ses plans larges sur les grands espaces et de survival à son dispositif. Ici, ce n’est plus la faune locale qui craint le Predator, mais l’inverse, quitte à ce que ce dernier use des ressources de ce décor inhospitalier pour triompher… ou comment puiser dans les forces primaires et revenir au final dantesque du premier opus, quand Arnold Schwarzenegger, dépouillé de ses certitudes et de son armement, se servait de la boue pour échapper au système de détection de son adversaire.

C3PO et Chewbacca ?

Revirement délicat

Cette approche osée déconcerte et convaincrait presque si la décision d’humaniser le Predator ne prêtait pas à maintes controverses. On comprend ce désir d’inoculer des sentiments à sa galerie de personnages atypiques ; androïde, guerrier ou étrange créature, tous aspirent à fonder une famille ou un clan. Or le développement de cette thématique éculée s’enlise au fur et à mesure que Dan Trachtenberg caricature les relations entre les uns et les autres, avec une surenchère lyrique malvenue. En déconstruisant l’image du Predator, il s’essaie à un exercice périlleux.

Ainsi, les gardiens de la pop culture, garants du respect des us et coutumes des Predators (mais aussi de Star Wars, Alien ou de Marvel) objecteront sur la direction prise ici. En dénaturant complètement le protagoniste de ses caractéristiques fondamentales, à commencer par son côté impitoyable et asocial, le réalisateur renie tout un pan de la mythologie. D’un autre côté, il est censé la refaçonner pour coller avec celle d’Alien, même de manière grossière. On regrette par conséquent davantage sa maladresse lors des envolées pseudo lacrymales ou ses clins d’œil forcés, avec, en guise de clou du spectacle, le déploiement de l’exosquelette utilisé par Sigourney Weaver dans Aliens, le retour.

The King

L’imposant cahier des charges nuit à l’ensemble et Dan Trachtenberg se démène tel un beau diable pour contenter tous les maillons de la chaîne… quitte à sombrer. Sans manquer de bonne volonté, il navigue à vue après un départ encourageant. Ses ambitions se heurtent à des obstacles quasi insurmontables, dont quelques-uns disséminés par sa propre arrogance.

Sans relever du désastre calamiteux, parfois même réjouissant, Predator : Badlands pêche par orgueil, égaré par ses démons intérieurs et une tonalité divergente. Regrettable pour son auteur et surtout pour une saga qui aurait dû s’interrompre pour de bon depuis fort longtemps.

Film américain de Dan Trachtenberg avec Elle Fanning, Dimitrius Schuster-Koloamatangi. Durée 1h47. Sortie le 5 novembre 2025

L’avis de Mathis Bailleul : Survival musclé et épique, Predator : Badlands confirme à nouveau le choix judicieux d’avoir laissé les commandes de la licence à Trachtenberg. Une décision payante tant on pioche justement chez les deux aliens de la FOX pour livrer l’actioner de l’année… et le meilleur Predator ?

François Verstraete

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