Au bord de la rupture mentale, James reçoit un courrier de son ex-fiancée Mary. Il retourne alors à Silent Hill dans l’espoir de renouer avec elle. Son souhait ne tarde pas à se heurter aux forces des ténèbres qui habitent la ville.

Silent Hill est avant tout une franchise vidéoludique japonaise juteuse développée par la société Konami, à l’aube du nouveau millénaire. Série de jeux de type survival horror, elle confronte le joueur à des créatures terrifiantes, au cœur d’une enclave frappée par une étrange malédiction. Nimbée de mystères, le récit opte pour un caractère malsain et indicible, revendiquant de multiples influences, de L’Échelle de Jacob d’Adrian Lyne à Howard Philip Lovecraft. L’atmosphère dérangeante, unique a conquis un vaste public et fut portée à l’écran en 2006 par Christophe Gans, nanti d’une belle réputation après les succès de Crying Freeman et du Pacte des Loups.

En adaptant le premier volet de la saga, il s’est attelé à une tâche quasi impossible pour un résultat mitigé. Néanmoins, il fut loin d’être ridicule, ce contrairement à M.J Basset, dont le Silent Hill : Révélation 3D de 2012 mérite d’être effacé de l’Histoire. Voilà pourquoi l’annonce d’un troisième épisode cinématographique étonna, d’autant plus quand on apprit que Christophe Gans rempilait pour un nouveau travail d’Hercule, en transposant cette fois le cultissime Silent Hill 2. Et on imaginait que cette entreprise audacieuse ne sortirait jamais en salles, tant l’attente parut interminable alors que le tournage était censé être bouclé. Conflits, soucis de production ou peur de l’échec, les hypothèses affluèrent. Quoi qu’il en soit, les spéculations doivent cesser désormais puisque l’on peut juger sur pièce de Retour à Silent Hill.

Bonheur fugace

L’antre de la folie

D’emblée, il faut signaler les carences techniques de l’ensemble, notamment concernant la photographie, pas toujours à son avantage, surtout durant certains dialogues, ce qui est curieux. En revanche, en dépit des coupes budgétaires, la direction artistique s’avère honorable et diffuse assez bien l’ambiance perturbante de cet univers singulier, en particulier lors des transitions entre les supposées dimensions. Dans tous les cas, ce qui intéresse Christophe Gans, c’est bel et bien la plongée dans la psyché de James, bouleversé par sa séparation avec celle qui comptait le plus pour lui.

Il est donc prêt à tout pour reconquérir ce qu’il a perdu jadis, quitte à risquer sa propre existence, à négliger les principes élémentaires de survie et à foncer droit vers l’enfer. Si le personnage nous paraît insupportable de prime abord, voire totalement stupide, son évolution relève d’un processus assez fascinant et presque convaincant. En esquissant un portrait psychologique certes balisé, mais bien troussé, le réalisateur égare le spectateur dans les méandres de la folie du personnage (l’ombre d’Adrian Lyne n’est pas loin ainsi que celle des héros lovecraftiens).

Un visage bien connu des joueurs

Plus il explore les tréfonds de sa conscience, plus les secrets inavouables sont dévoilés. La vérité retentit quand sonne le glas du destin. On regrette néanmoins que dans sa démonstration, Christophe Gans déploie des artifices illustratifs malvenus (comme la psychiatre), un écueil épineux contrastant avec des effets de montage assez maîtrisés et quelques séquences chocs (sans verser dans l’outrance toutefois). En outre, la volonté louable ou non du cinéaste de résoudre tout ou partie de l’équation, dissipant de fait le mythe et portant préjudice à sa conclusion. Retour à Silent Hill accomplit son office quand il se concentre uniquement sur cet homme accablé par son passé.

Les affres de l’adaptation

Ainsi, ce tableau résume aisément les forces et surtout les lacunes de ce Retour à Silent Hill. En revanche, quand on se penche sur l’adaptation en elle-même, il serait facile, peut-être logique de blâmer les nombreux écarts que s’est autorisé Christophe Gans vis-à-vis du matériau original et de remettre en cause sa fidélité au contenu du jeu. Et une telle posture relèverait d’une authentique paresse intellectuelle, puisque seul le traitement général, de par sa qualité ou de sa médiocrité importe. Quand on analyse la transposition d’une œuvre, l’élément prépondérant réside dans la capacité de l’auteur à plier la lecture de son modèle à sa vision.

En enfer

Pour exemple, Blade Runner a été renié par Philip K. Dick lui-même, qui craignait qu’à cause du crime de lèse-majesté de Ridley Scott (selon lui), plus personne n’essaierait de porter un de ses romans au cinéma. La raison d’une pensée aussi morbide : le long-métrage ne respectait en rien l’essence de son ouvrage. Pourtant, le film est considéré aujourd’hui comme l’un des travaux de science-fiction les plus aboutis du septième art. Comme quoi, les a priori et les diktats qui intiment aux réalisateurs de coller au pied de la lettre à l’histoire qu’ils transposent nuisent à toute créativité.

Et c’est d’autant plus vrai pour Retour à Silent Hill, puisque retranscrire la notion de système de jeu (primordial pour l’immersion) s’apparente à une mission presque impossible (ou en tout cas difficilement concevable, après cela dépend de la nature même du jeu). Par conséquent ne subsistent que des protagonistes, leur quête et leur environnement, vidés quelque part de la substance qui les anime.

Vu sous cet angle, l’envie de défendre ce Retour à Silent Hill se profile, bien que l’essai de Christophe Gans ne soit point concluant, pour ne pas dire raté. Néanmoins, la foi indéfectible du metteur en scène et son amour pour son sujet évitent une catastrophe programmée. Comme si les pires aspérités étaient comblées par une démarche sincère.

Film américain de Christophe Gans avec Jeremy Irvine, Hannah Emily Anderson, Robert Strange. Durée 1h46. Sortie le 4 février 2026.

François Verstraete

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