Près de trente ans après la première apparition du Ghostface, Sidney Prescott a refait sa vie, bien qu’il lui soit impossible de conserver son anonymat. Quand un nouveau tueur débarque en ville et menace ses proches, elle reprend le combat de plus belle.

Un couple se rend sur les lieux d’un massacre qui s’est déroulé avant leur naissance : une maison transformée en centre d’attraction d’épouvante pour influenceurs, en mal de sensations fortes. Ils s’amuseraient presque du drame jusqu’à ce qu’ils deviennent les cibles d’un prédateur sans pitié… qui finit par incendier le bâtiment. Une métaphore peu subtile censée nous faire comprendre que le réalisateur compte bien régénérer une franchise à bout de souffle depuis plusieurs volets déjà. Et le spectateur replonge dans le dédale sanguinaire imaginé à l’origine par Wes Craven.

Beaucoup se sont interrogés sur la viabilité d’un Scream 7, après l’éviction des nouveaux visages de la saga, écartés pour des raisons politiques et qui devaient insuffler une deuxième genèse à une œuvre horrifique culte et prolifique. Fort heureusement pour le studio, la tête d’affiche de la licence, Neve Campbell décida de revenir après des divergences avec la direction concernant ses émoluments. Ce retour presque inespéré devrait permettre au réalisateur de voguer sur cette fibre nostalgique et ce fan service qui structurent la plupart des longs-métrages de la culture populaire désormais, une posture généralement exécrable.

On brûle tout !

Néanmoins, recourir à la nostalgie s’avère logique dans le cas présent, car le premier opus élaboré par Wes Craven reposait sur les codes mêmes du film d’horreur et du Halloween de John Carpenter. Avec cette mécanique, il s’attira les bonnes grâces des critiques et du public. Or cette démarche masquait habilement la réflexion crasse de l’ensemble ; le cinéaste crachait sur le genre qui avait fait sa gloire, puisqu’il arguait à demi-mot que les slashers s’appuyaient sur des schémas réducteurs et insipides. Une dissertation menée avec la collaboration du scénariste Kevin Williamson (l’homme qui créa la série Dawson) qui travaillera sur l’intégralité des scripts jusqu’à ce septième épisode et qui passe également cette fois, derrière la caméra. Pour un résultat probant ? Rien n’est moins sûr…

Retour vers le passé

La première demi-heure, même si elle ne réinvente en rien le procédé conçu par Wes Craven, surprend par l’orientation du récit, maline sur le papier. Sidney, hantée par ses démons, a refait sa vie, aux côtés de son époux et de ses filles. L’aînée, incarnée par l’insupportable Isabel May, soucieuse d’en apprendre davantage sur sa mère, la taraude tandis que cette dernière se referme. L’unique préoccupation de cette survivante, protéger les siens à tout prix, à l’intérieur de sa forteresse. Kevin Williamson en profite alors pour abuser des clins d’œil au volet originel, afin de soutenir sa démonstration.

Un air de déjà vu

L’irruption du petit ami dans la chambre d’une lycéenne renvoie à des passages bien connus de la vie de Sidney Prescott. Une allusion comme une autre, utilisée pour instiller le malaise. Kevin Williamson espère par ce parallélisme démultiplier les pistes, surtout les fausses, dans le but de dissimuler les véritables intentions de l’assassin. Or, dès qu’il active l’engrenage infernal, il néglige totalement cet aspect névralgique à même d’humaniser sa narration. Au départ, on devine que ces rapports filiaux devaient consolider un édifice fragile.

Et on était presque enclins à apprécier l’esquisse du portrait de Sidney, lasse de sa notoriété et qui n’existe aux yeux des autres, qu’en raison de son lien avec des meurtriers. Phénomène de foire, elle aspire au calme tandis que son entourage proche l’admire pour sa force combative, à commencer par sa fille. Elle hait cette facette que tous lui envient. Et c’est quand il s’attarde sur ces atermoiements que Kevin Williamson convainc… c’est-à-dire durant de très courtes minutes.

Une belle brochette de victimes

Circulez, y a rien à voir !

Les paroles s’envolent et les écrits restent. Au cinéma, ce sont les promesses qui s’évaporent, car seule importe la mise en scène à l’arrivée. Et sur ce point, peu d’éléments de celle adoptée par le réalisateur extirpent le long-métrage du naufrage total. Il est condamné, à l’instar de sa bande de protagonistes décérébrés. Soumis aux stéréotypes et sujets à tous les soupçons, cette galerie de fiers-à-bras ou bras cassés est destinée à subir les dernières outrances, qui prêteraient presque à rire, tant Kevin Williamson en rajoute pendant les exécutions ; elles perdent de fait en saveur et en sécheresse.

Quant aux séquences d’introspection, elles relèvent d’une illustration forcée désastreuse. L’entretien entre Gale et Sidney vire au quasi-pugilat ; l’occasion pour le réalisateur d’accentuer le calvaire par l’intermédiaire des mots d’une amie fidèle. Hélas, il préfère s’adonner à la facilité via une réplique faussement cinglante, se référant à l’époux décédé de Gale, qui verse quelques larmes de crocodile. Avec cette conversation futile, Kevin Williamson s’enfonce définitivement tandis que le spectateur s’est déjà ravisé depuis de nombreuses minutes.

Coupable désigné ?

Néanmoins, le pire ne réside même pas dans cet amas de fautes de goût, mais bel et bien dans l’hypocrisie intellectuelle déployée. Kevin Williamson brandit ses thématiques à cor et à cri, surlignant son approche tout en atténuant sa portée. Lutte contre l’Intelligence Artificielle (le cheval de bataille à la mode), contre le fan service et contre le rejet des actrices âgées pour des rôles d’action sont donc au programme. On peut répondre à cette entreprise malhonnête, par des contre-arguments un poil réfléchis.

S’attaquer à l’IA à l’écran quand Stanley Kubrick, Ridley Scott et Mamoru Oshii sont déjà passés par là, s’avère vain tandis qu’écarter le fan service après en avoir abusé revient à se moquer de ses admirateurs. Quant au problème de l’âge, il concerne tous les interprètes (masculins et féminins) ; Mel Gibson clamait dans L’Arme fatale 4 qu’il était trop vieux pour ces conneries ; un conseil que tous et toutes devraient appliquer pour ne pas se ridiculiser (même si pour Brad Pitt, Tom Cruise et Denzel Washington, la leçon n’a pas été visiblement retenue).

Ainsi, avec Scream 7, Kevin Williamson gâche le peu de potentiel entrevu durant l’introduction pour se ranger dans la lignée des longs-métrages dépourvus d’intérêt. On peut aussi se questionner sur la légitimité d’une saga, largement surévaluée, qui ne réussit jamais à se hisser à la hauteur d’un modèle qu’elle s’est évertuée à détruire… mais n’est pas John Carpenter qui veut.

Film américain de Kevin Williamson avec Neve Campbell, Courteney Cox, Isabel May. Durée 1h54. Sortie le 25 février 2026

François Verstraete

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