La princesse Peach, Mario, Luigi et leurs nouveaux compagnons s’envolent vers une galaxie lointaine afin de contrecarrer le projet destructeur du fils de Bowser…

Le studio d’animation francophone Illumination s’est taillé une belle part dans le gâteau de l’industrie et ses productions enregistrent des recettes très importantes au box-office, confirmant le talent de ses équipes techniques. Si son savoir-faire en la matière n’est plus à démontrer, on peut néanmoins relever sa propension à surexploiter des concepts faussement originaux et à les user jusqu’à la moelle. Imitant ses confrères d’Hollywood, l’entreprise se vautre désormais dans la facilité créative, engendrant de nombreuses suites, en s’appuyant sur des pseudo propriétés intellectuelles, à commencer par les Minions dont le prochain volet débarque en juin.

Et puis il y a le cas spécifique de Mario, le héros interplanétaire vidéoludique de l’écurie Nintendo, auquel Illumination a consacré un long-métrage il y a trois ans, Super Mario Bros. Ce dernier a engrangé plus d’un milliard de dollars en salles et prouvé que la puissance de la franchise prévalait sur une quelconque mise en scène ou un scénario très fonctionnel. En assurant l’aspect fan service au maximum et en s’appuyant sur une distribution solide côté voix originales, le bébé de Michael Jelenic et d’Aaron Horvarth avait rassemblé tous les ingrédients nécessaires à son succès.

De nouveaux arrivants en vue ?

Pas étonnant que ce raz de marée ait incité les pontes de Nintendo, Universal et d’Illumination à développer un deuxième opus, en reproduisant cette formule qui avait conquis le public. Toutefois cet empressement augurait du pire quant au résultat. En effet, si le premier volet s’avérait tout de même digeste, la mise en chantier très rapide de Super Mario Galaxy, le film, basé sur les jeux éponymes, supposait une baisse drastique de la qualité, voire un abandon total de structures fondamentales au profit d’un unique objectif : vendre !

Panneau publicitaire

Certes, se comporter telles des vierges effarouchées en se cristallisant sur l’aspect publicitaire de l’ensemble ne fera en aucun cas avancer une problématique bien plus complexe qu’il n’y paraît. Il ne faut pas oublier que Nintendo a accordé l’usufruit de ses personnages afin d’en retirer un véritable bénéfice et d’asseoir davantage son image auprès des jeunes, mais aussi des joueurs nostalgiques qui ont connu les débuts des aventures du plombier moustachu. Ce serait hypocrite de prétendre que l’on ignore la facette commerciale du long-métrage quand on se rend à la projection.

Oh mon dieu pas d’idée

En outre, Nintendo n’est pas la première firme et ne sera pas la dernière à s’emparer du septième art afin de valoriser sa marque et de diffuser des articles dérivés. De Disney à Star Wars, nombreux sont ceux à Hollywood qui ont précédé l’entreprise nipponne. De toute façon, la pop culture s’est érigée d’une certaine manière comme l’un des vecteurs ultimes du capitalisme (mais ceci est une autre histoire). Et la horde d’admirateurs l’accepte et en contrepartie, on leur offre les clins d’œil ou références, ce jusqu’à la nausée.

D’ailleurs, la stratégie déployée par Illumination et Nintendo, s’avère claire ; chaque épisode se doit d’inclure un élément ou un protagoniste supplémentaire issu de la franchise, comme quoi, Kevin Feige a engendré de multiples émules. Dès la bande-annonce, on savait d’ores et déjà qu’Harmonie, Bowser Jr. Yoshi et Fox se joindraient à l’anarchie ambiante, censée être cool. Or, cette profusion d’ajouts contribue plutôt à une diarrhée visuelle, tant la cohérence de ton s’est diluée dans le décor bariolé.

Bienvenue chez Nintendo

La 3D et du vide

Super Mario Bros bénéficiait d’une certaine attention (relative certes) des scénaristes. Si aucun génie littéraire ne s’était attelé à l’écriture des protagonistes ou du récit, une construction logique se dégageait de l’ensemble, surnageant parmi les renvois à l’univers vidéoludique, de Donkey Kong à Mario Kart. Ainsi, on suivait les tribulations des héros sans déplaisir, bien que le long-métrage n’ait pas vocation à révolutionner le média et que les défauts affleuraient de toutes parts. Les auteurs de Super Mario Galaxy, le film n’articulent même plus la narration autour d’un quelconque synopsis.

Ils préfèrent introduire de plus en plus de personnages de l’écurie Nintendo et se dispersent en cours de route. Aucune ligne directrice ne vient fluidifier à un moment ou un autre une action débridée et décousue, presque vide de sens, dont les enjeux se tarissent aussi vite qu’ils éclosent. Ainsi le public navigue dans une voie lactée concentrée sur une relation filiale frelatée, une romance digne d’une cour de récréation ou une recherche des origines de Peach au mystère rapidement divulgué ; rien d’alléchant. Et pour instiller un semblant de mise en scène, les réalisateurs s’évertuent à se rattacher aux codes vidéoludiques, puisque revenir aux racines constitue une bouée de sauvetage pour eux.

Par delà les étoiles…

Ils se confortent dans un océan de médiocrité, au sein duquel surgissent de temps à autre, quelques idées ou séquences qui extirpent le spectateur de sa torpeur. L’affrontement entre Peach et ses adversaires intergalactiques dans un casino reflétant l’immersion d’un joueur dans un environnement en trois dimensions, se distingue par sa fluidité et son dynamisme. Quelques secondes épiques qui n’empêchent pas le navire de sombrer définitivement à l’arrivée !

Cependant, n’allez pas imaginer que ce naufrage enterre dans un avenir immédiat, les ambitions et le programme de Nintendo, Universal et Illumination. Nul ne doute qu’il récoltera moult bénéfices et que pour circonvenir à leur politique cynique, ces géants nous prépareront un troisième volet ; avec Zelda et Link cette fois ???

Film d’animation franco-nippo-américain de Michael Jelenic et Aaron Horvarth avec les voix orginales de Chris Pratt, Charlie Day Anya Taylor-Joy, Brie Larson. Durée 1h40. Sortie le 1er avril 2026

L’avis de Mathis Bailleul : Super Mario Galaxy hérite des mêmes qualités que son prédécesseur… mais aussi de ses défauts. Donc côté animation ça t’en mets plein les yeux, c’est spectaculaire. Et niveau scénario c’est un rush effréné de saynètes raccordées prétexte à saturer le spectateur de fan service. Ok.

François Verstraete

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