Acteur talentueux, mais têtu, Simon Williams n’arrive pas à faire décoller sa carrière. Il rencontre Trevor Slattery, célèbre pour avoir joué le Mandarin, pour le compte de terroristes internationaux. Ensemble, les deux hommes vont collaborer afin de décrocher un rôle dans le futur film de super-héros Wonder Man, personnage culte aux yeux de Simon. Tout irait pour le mieux, si le tandem ne dissimulait pas son lot de secrets…

Alors que la notoriété du Marvel Cinematic Universe s’étiole peu à peu, victime à la fois de ses productions ternes pour ne pas dire catastrophiques et des diatribes émanant d’acteurs majeurs de l’industrie, on s’interroge si un sauveur extirpera la franchise de sa torpeur actuelle. Si Les 4 Fantastiques : Premiers pas et Thunderbolts ne déméritaient pas, ils ne connurent pas un énorme succès en salle. Les résultats décevants pressurisent de fait Kevin Feige et son équipe tandis que l’avenir de la marque suscite des questions.

La rage facile

Et les audiences déclinantes des séries sur la plateforme Disney + ne plaident pas en la faveur du studio, hormis les scores relativement satisfaisants de Daredevil Born Again. Il faut avouer que la qualité est de moins en moins au rendez-vous, le récent Iron Heart incarne ce constat navrant. Voilà pourquoi, peu attendaient du projet Wonder Man, dédié à un personnage de second calibre aux yeux du public, mais membre important des Avengers dans le comic book.

Néanmoins, la présence de Destin Daniel Cretton à la supervision intriguait, puisque le réalisateur s’en était tiré avec les honneurs lors du développement de Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux. Ici, il s’écarte du matériau de base, avec un certain aplomb, renouant avec l’esprit des années soixante-dix, La Nouvelle Vague française et l’univers du théâtre. Un cocktail étrange, pas toujours maîtrisé, mais suffisamment audacieux pour s’y intéresser davantage.

Au sommet d’Hollywood

Le rôle de sa vie

Le créateur ne dépayse pas le public, en optant pour des lieux exotiques ; il préfère situer l’action au cœur de la sempiternelle Los Angeles, maintes fois vue et abordée sous tous les angles possibles. Il ne se distingue pas de la concurrence, mais puise plutôt dans ce terreau favorable, une source d’inspiration assez singulière. En apposant une direction esthétique dans la lignée des années soixante-dix, Cretton s’appuie sur une période faste pour Hollywood, devenue par la force des choses une référence pour les jeunes générations, en matière de cinéphilie.

Simon Williams partage donc ce goût pour cette ère qui a redéfini le septième art, portée par Coppola, Scorsese et consorts. Surtout, il symbolise les rêveurs, les appelés, mais non élus et autres écartés par les diktats d’un monde féroce, où tous doivent gagner leur place, par chance, fourberie ou au culot. Si cette démonstration s’avère simple et n’exige pas un talent monstre, elle relève en revanche d’une mécanique suffisamment authentique pour séduire. D’autant plus que comme beaucoup de ses confrères, Simon doit dissimuler ses failles afin de se conformer au système et de décrocher le Saint Graal, le rôle de sa vie. Difficile alors de concilier son ambition avec ses capacités hors normes.

Un rôle mythique

Mentorat

Tout laisse croire que Wonder Man va se plier aux contraintes programmatiques habituelles imposées par le MCU et basculer dans sa veine spectaculaire. Que nenni, puisque Destin Daniel Cretton se réapproprie l’essence soap opera qui anime les comic books pour se pencher sur l’homme derrière le surhomme, revendiquant par conséquent l’originalité de son entreprise. Le potentiel de Wonder Man réside non pas dans les exploits de son protagoniste, mais dans ses atermoiements et sa relation entretenue avec le faux mandarin, mais authentique acteur Trevor Slattery, mentor par défaut. Et ce lien est rendu d’autant plus crédible que les interprètes Yahya Abdul Matten II et Ben Kingsley délivrent une prestation impeccable.

Si les enjeux primaires, clairement illustrés, ne révolutionnent en rien la narration (cacher sa force pour l’un, percer le mystère chez l’autre), les rapports cultivés par le duo reposent quant à eux sur cette passion même pour la comédie, que le tandem clame à tout bout de champ, prônant des valeurs désuètes qui lui feraient négliger ses devoirs et objectifs initiaux. Pour ces joyeux drilles, seul importe la qualité de la performance et on est convaincu par l’énergie qui se dégage des répliques, avec en point culminant, cet enchaînement de citations dans l’appartement de Simon.

Élève appliqué

Un air de Truffaut

Cette naïveté touchante se conjugue à une forme de sincérité, au service d’une réflexion que beaucoup estimeront hypocrite, mais qui se doit d’être envisagée. Conspué par énormément d’observateurs et de réalisateurs d’envergure, le genre super-héroïque essuie des attaques parfois injustifiées. La mauvaise foi fausse le discernement critique et on omet un point prépondérant au moment de juger les œuvres qui en sont issues : le traitement prévaut sur le sujet ! Dans cette optique, on devine les intentions de Cretton concernant le personnage de Von Kovak dans la série, réalisateur unanimement reconnu dans le milieu qui souhaite accoucher d’un monument à partir d’un matériau décrié par l’intelligentsia.

L’allégorie du créateur, brute de décoffrage, a pour but de convaincre les élites du cinéma qu’un auteur sauvera les films de super-héros et les délestera de cette réputation médiocre. Une démarche gonflée quand on sait que Chloé Zhao et Sam Raimi ont été broyés en partie par la machine de Kevin Feige (pour Les Éternels et Docteur Strange 2). Toutefois, on a envie d’y croire cette fois, dès que Cretton instille le souffle et les ressorts de La Nuit américaine de François Truffaut dans son long-métrage, avec efficacité. Et dans une certaine mesure, Yahya Abdul Matten II rejoint les personnages campés par Jean-Pierre Léaud, cinéphile invétéré, amoureux de son art jusqu’au bout des ongles.

Ainsi, en dépit de ses imperfections, Wonder Man régénère tout un pan d’un univers sur le point de s’effondrer. Surtout, grâce à cette réussite, Destin Daniel Cretton s’érige non pas en sauveur, mais en artisan habile et consciencieux. Prochaine étape pour lui, son Spider-Man : Brand New Day, qui sortira cet été 2026 !

Série américaine créée de Destin Daniel Cretton avec Yahya Abdul Matten II, Ben Kingsley. 8 épisodes de 30 minutes environ. Disponible sur Disney + depuis le 28 janvier 2026

François Verstraete

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