L’hégémonie inéluctable des androïdes s’impose finalement. Cinquante années séparent les événements vertigineux capturés jadis par Denis Villeneuve et cette nouvelle ère de ténèbres. Amazon Prime video vient de dévoiler la bande annonce de sa série Blade Runner 2099. Un aperçu qui révèle une tonalité aussi sombre et carnassière que les opus précédents et dans lequel l’humanité contemple son propre naufrage.
Le spectateur est d’emblée plongé dans les abysses d’un conflit achevé. Une voix grave scande l’échec définitif d’une guerre passée, tandis que défilent des mégalopoles écrasées par un soleil maladif. Ce retour dans l’univers initié par Philip K. Dick renverse les fondations originelles : les réplicants constituent désormais la caste dominante, dépossédant leurs démiurges de tout pouvoir. Le récit, chapeauté par la créatrice Silka Luisa et par le producteur exécutif Ridley Scott, assume une posture âpre coutumière. L’enjeu n’est plus la simple traque d’entités rebelles, mais bien l’observation de la lente agonie de l’espèce humaine, réduite au rang d’esclave.
Au cœur de cette dystopie poisseuse, l’intrigue s’articule autour de deux figures égarées. Michelle Yeoh prête ses traits à Olwen, une synthétique au crépuscule de son existence, tragiquement consciente du temps infime qu’il lui reste à parcourir. À ses côtés, Hunter Schafer incarne Cora, une humaine fugitive contrainte de renier sa propre nature pour survivre, feignant d’être une machine. L’inversion des trajectoires s’avère ici totale. L’œuvre vide les archétypes de la franchise de leur substance pour mieux exécuter une démonstration cruelle sur l’effacement de la condition humaine.
L’obsession du néant
Esthétiquement, ces premières séquences posent un cadre respectueux du mythe, refusant fort heureusement de se noyer dans des fioritures visuelles excessives. Les néons perçants, les pluies perpétuelles et les architectures industrielles titanesques composent un ballet d’une brutalité sourde.
Toutefois, c’est l’obsession de l’obsolescence, éternel fléau du cinéma d’anticipation, qui retient véritablement l’attention. Les opprimés s’interrogent douloureusement sur le temps qu’il leur reste avant le néant absolu. Une perspective funeste qui hante chaque plan de cette fresque monumentale, jusqu’à cette promesse implacable lâchée en fin de vidéo : « c’est notre heure à présent.
Le rendez-vous est fixé au 25 novembre, date à laquelle cette nouvelle descente aux enfers étalera l’étendue de sa beauté macabre.
François Verstraete
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