La saga Captain Tsubasa, baptisée Olive et Tom dans l’hexagone a marqué plusieurs générations de lecteurs et d’amateurs, friandes d’animation japonaise. Elle perdure aujourd’hui sous la forme d’esquisses grâce au soutien presque indéfectible de son créateur Yoichi Takahashi. Elle retrace l’ascension d’un élève nippon et de ses compagnons au sein de l’élite du football mondial, à l'aide d'actions spectaculaires surréalistes qui occasionnent fous rires et moments épiques. Elle a bien entendu suscité l’attention des développeurs vidéoludiques et bon nombre de produits ont bénéficié de cet univers fantasque et sympathique.
Il y a six ans, l’éditeur Bandai Namco proposa Captain Tsubasa : Rise of New Champions, un titre prometteur sur le papier, mais qui avait du mal à trouver un juste équilibre dans son système de jeu, entre phases de football classique et spécificités grandioses (ou grandiloquentes) propres au matériau d’origine. En outre, l’aspect technique laissait à désirer) ; si la direction artistique restait fidèle au manga, elle pâtissait d’un retard sur le plan graphique très prononcé.
Voilà pourquoi on attendait énormément du nouveau volet consacré aux prouesses de Tsubasa Ozora et de ses coéquipiers, Captain Tusbasa 2 : World Fighters. On espérait un résultat digne des capacités de la PS5, Switch 2 ou des PCs gamers avec des mécaniques au point. Le bilan s’avère, hélas, tout autre, en dépit d’efforts concédés indéniables…
Du neuf avec du vieux
La refonte esthétique tant souhaitée n’a pas été réalisée par les développeurs. Si l’on reconnaît aisément les protagonistes, aucun soin n’a été apporté à leur apparence physique. L’ensemble, assez pauvre, n’exploite jamais les performances des machines contemporaines. On croirait être revenu quinze ans en arrière, le charme du rétrogaming en moins. L’animation est relativement fluide, mais elle se contente de détails minimalistes dans les étapes de mouvement. D’une certaine manière, cette mouture afficherait presque une nette régression technologique.
En outre, on peste contre les temps de chargement immondes, inimaginables en 2026 avec les disques SSD. Seules les cinématiques déclenchées pendant les tirs spéciaux remplissent leur rôle. On se souvient du fameux Tir du Tigre ou de la Feuille Morte. Par ailleurs, l’impact des chocs et la sensation de vitesse durant les accélérations et les séquences de dribbles sont assez bien rendus. Un bon point puisque ces éléments foisonnent lors des matches, peut-être un peu trop.
Un système enfin au point ?
La grosse faiblesse du précédent opus relevé manette en main résidait dans la simulation de football quasi inexistante et des gardiens trop vulnérables, dont l'efficacité reposait bien trop sur leur barre de vie. Trop souvent, les rencontres donnaient lieu à un enchaînement de tacles appuyés et de phases de débordement irréalistes, afin de coller à l’univers du manga et des animés. Et la tactique de bombarder le dernier rempart de tirs pour qu’il s’épuise et se mute en passoire s’avérait trop optimale. Captain Tsubasa 2: World Fighters corrige quelques écueils, même si certains persistent.
Le jeu n’a toujours que faire des fondamentaux du football, qui sont réduits à leur plus simple expression. Le système ne se base pas sur un plaisir arcade, mais sur la retranscription des frappes époustouflantes et des feintes surhumaines qui dynamisent le récit de Takahashi. Il ne se concentre donc ni sur les fautes éventuelles ou les passes courtes. Seule importe la flamboyance et l’exubérance et cela fonctionne sur les aficionados du manga. Toutes les options à la disposition du joueur servent les duels dantesques et soulignent la démesure ambiante.
Et il y a quelques ajouts bienvenus concernant l’opposition entre tireur et gardien ; chacun choisit son côté et la prise de décision juste ou non, affaiblit plus ou moins le second. La jauge de combos accroît la possibilité de marquer et les esquives frame perfect (il faut posséder une excellente coordination pour les exécuter) injectent de la tension pendant les parties. Néanmoins, de temps à autre, la succession des tacles et des dribbles spéciaux déstabilise et génère un chaos généralisé à l’écran. Après tout, c’est dans l’esprit.
Fan service assuré
Il ne faut pas négliger un point essentiel : Captain Tsubasa 2: World Fighters s’adresse avant tout aux inconditionnels de la série. Et dans une certaine mesure, il répond à leurs attentes, en leur permettant d’incarner un personnage unique, qui se greffe naturellement à l’histoire de l’arc World Youth ou Coupe du Monde des juniors. Le joueur fera progresser son héros fabriqué de toutes pièces et pourra, de fait, participer aux rencontres grandioses présentes dans la bande dessinée, aux côtés des légendes Tsubasa, Santana et consorts.
Bien entendu, le scénario a été modifié et réserve son lot de petites surprises. Les créateurs l’ont d’ailleurs étoffé afin d’étirer la narration qui débute à partir des matches de Tsubasa au Brésil, se poursuit pendant le championnat des lycées japonais jusqu’au cheminement pour le sacre suprême. On apprécie de fait la densité des épisodes, bien que très prolixes tandis que les « quêtes annexes » sont assez anecdotiques. La durée est assez conséquente, même si allongée superficiellement.
Sans être totalement honteux, Captain Tsubasa 2 : World Fighters ne révolutionne en rien la formule du premier opus et le studio n’apprend pas assez de ses erreurs. Une belle ode homérique au manga, mais en aucun cas un jeu à la hauteur des ambitions proclamées.
Jeu vidéo édité par Bandai Namco, disponible sur PS5, XBox séries, Nintendo Switch 2 et PC. Test réalisé avec une version PS5
François Verstraete
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