Depuis quelques années, chaque mouvement de l’Académie des Oscars est scruté comme une prophétie par la sphère cinéphile. L’institution, naviguant souvent entre choix consensuels et quête désespérée d’audience, tente inlassablement de se moderniser. En vue de la 99e édition, qui se tiendra le 14 mars 2027, le conseil des gouverneurs vient d’acter un nouveau règlement pour l’attribution des Oscars qui pourrait bien redessiner les contours de la saison des récompenses. Entre un refus catégorique de céder à l’intelligence artificielle et une véritable reconnaissance pour les auteurs internationaux, Hollywood prouve qu’il n’a pas tout à fait renié l’essence du septième art.

L’adage, certes très réducteur, voudrait qu’un grand acteur ne puisse cannibaliser une même catégorie au cours d’une seule cérémonie. Une règle obsolète que l’Académie vient enfin d’enterrer. Désormais, un comédien pourra cumuler plusieurs nominations dans une catégorie d’interprétation unique s‘il parvient à placer plusieurs rôles dans le top cinq des suffrages. Cette révolution permet aux acteurs de s’aligner enfin sur les réalisateurs — on pense inévitablement à la virtuosité d’un Steven Soderbergh, nommé deux fois pour la mise en scène d’Erin Brockovich et Traffic en 2001.

Maintenant j’ai deux fois plus de chances de l’emporter !

Néanmoins la véritable bataille de ce nouveau millénaire se joue ailleurs, dans les limbes de la création artificielle ; l’Académie a décidé d’imposer un garde-fou salutaire. Les catégories d’interprétation et d’écriture seront dorénavant strictement réservées aux œuvres humaines. Pour être éligible, une performance devra être « démontrablement interprétée par des humains avec leur consentement ». Une clause qui résonne comme une réponse directe aux récentes dérives, et tout particulièrement aux questions éthiques soulevées par la participation posthume via l’IA par Val Kilmer, décédé en 2025.

Et ce n’est pas tout, puisque du côté des frontières géographiques une autre décision fort réjouissante a été prise. Il s’avérait regrettable que le prestigieux Oscar du Meilleur Film International soit jusqu’ici attribué formellement à un pays plutôt qu’à un créateur, dépossédant souvent le metteur en scène de son propre triomphe. Fin de l’anomalie : la statuette sera désormais décernée et créditée directement au réalisateur. Une victoire donc pour la politique des auteurs. Plus fort encore, le carcan des comités de sélection nationaux se desserre. Une œuvre non anglophone pourra se qualifier d’office en remportant la distinction suprême dans un grand festival (Cannes, Berlin, Venise, Sundance…), permettant ainsi à un même pays de voir plusieurs de ses œuvres nommées dans cette même catégorie.

On notera également en filigrane quelques ajustements techniques non négligeables, comme l’élargissement de l’éligibilité à trois professionnels pour la toute récente catégorie de casting, et une liste courte consolidée à vingt candidats pour l’Oscar de la meilleure photographie. Cette série de décisions ravira par conséquent bon nombre d’artistes et de spectateurs, sans garantir forcément, au meilleur candidat de remporter le fameux trophée… mais c’est une autre histoire !

François Verstraete

Share this content: