Le septième art vient de perdre l'un de ses plus illustres artisans. Le réalisateur et scénariste Jean-Paul Rappeneau s'est éteint ce mardi 1er septembre 2026 à Paris, à l'âge de 94 ans. Cinéaste singulier et exigeant il laisse derrière lui une filmographie éclatante, ramassée sur huit longs-métrages seulement, mais incontestablement marquée par une quête absolue de perfection formelle.
Avant de passer derrière la caméra, le nom de Jean-Paul Rappeneau brille d'abord au générique de succès monumentaux en tant que scénariste. Sa plume rythme des œuvres cultes telles que L'Homme de Rio ou Le Magnifique, instillant une dynamique redoutable qui deviendra sa signature. Lorsqu'il s'essaie à la réalisation en 1966 avec La Vie de château, le succès est immédiat : la critique salue l'œuvre et le film est couronné du prix Louis-Delluc.
La suite de sa carrière confirme ce goût pour l'aventure virevoltante, le verbe haut et le mouvement perpétuel. Les Mariés de l'an II (1971) avec Jean-Paul Belmondo, puis Le Sauvage (1975) réunissant Yves Montand et Catherine Deneuve, imposent un style où le tempo comique s'allie à une ampleur romanesque rare dans le paysage cinématographique hexagonal.
Le triomphe absolu de Cyrano
S'il ne fallait retenir qu'une seule œuvre pour mesurer l'impact de Jean-Paul Rappeneau sur l'industrie, ce serait incontestablement Cyrano de Bergerac. Sorti en 1990, ce pari fou d'adapter la pièce d'Edmond Rostand au cinéma se transforme en un véritable raz-de-marée au box-office. Porté par un Gérard Depardieu incandescent, le long-métrage séduit massivement le public et rayonne à l'international.
L'Académie s'incline face à ce chef-d'œuvre. Le film récolte dix César, dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur, un Golden Globe, ainsi que de multiples nominations aux Oscars. Ce triomphe mondial prouve la capacité unique du cinéaste à conjuguer rigueur littéraire et grand spectacle populaire.
Fort de ce succès sans précédent, le réalisateur s'attaque à un autre monument de la littérature avec Le Hussard sur le toit (1995), d'après le roman de Jean Giono. À l'époque de sa production, le film s'impose comme l'un des budgets les plus importants du cinéma français, confirmant l'ambition d'un homme qui ne concevait le grand écran que pour y déployer des fresques grandioses. Ses apparitions derrière la caméra se feront ensuite de plus en plus espacées, fidèles à son perfectionnisme. Il faudra attendre 2003 pour découvrir l'excellent Bon voyage, comédie d'espionnage trépidante sous l'Occupation, puis 2015 pour son ultime réalisation, Belles familles.
Le cinéaste comparait volontiers sa fin de tournage à l'état d'un naufragé sur une plage, dans l'attente du prochain voyage. Ce dernier vient de s'achever, mais le souffle épique de ses travaux et sa maîtrise absolue du rythme continueront de faire battre le cœur des spectateurs pour les décennies à venir.
François Verstraete
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