En 1928, James et Henry, membres d’une tribu de Minions, débarquent à Hollywood et deviennent rapidement des vedettes du septième art. Chassés en raison de l’apparition du parlant, ils décident de tourner un film de monstres, avec de véritables créatures infernales. Le début de la catastrophe !

L’industrie, toujours prête à recycler ses propriétés intellectuelles avec une ferveur religieuse, déniche fréquemment une nouvelle idée à exploiter jusqu’à l’épuisement, dès que le concept fonctionne. Ainsi, les Minions, les fidèles serviteurs débiles de Gru, protagoniste de Moi, Moche et Méchant, ont conquis le public et ont de fait incité les studios à développer leur univers sur grand écran. Résolus à essorer le spin-off, les producteurs proposent un troisième volet consacré à leurs aventures, Des Minions et des monstres.

Après tout, autant battre le fer tant qu’il est chaud, d’autant plus que les résultats récents concernant les entrées en salles démontrent que le cinéma d’animation a toujours le vent en poupe. En revanche, si on ne doute point d’un succès au box-office qui leur est promis, on peut tout de même s’interroger sur la capacité de la saga à se régénérer. Au-delà de l’éventail de gags déployé, Pierre Coffin et son équipe ont-ils encore quelque chose à offrir ? La réponse est évidente (et navrante sur certains aspects) :  apporter sur un plateau (de tournage) une bonne dose de fan service, la formule en vogue.

Les nouvelles stars

Hommage, hommage

Recourir à cette méthode racoleuse ne surprend plus désormais et la licence conçue par Illumination l’a d’ailleurs souvent exploitée. Ici, le renouvellement dans son utilisation repose dans un étonnant amalgame : marier les monstres imaginés par Howard Phillips Lovecraft avec les moments iconiques de l’Histoire du cinéma. Or, combiner ces deux cultures a priori antinomiques relève de la gageure, voire de la mission impossible (aussi impossible que les missions effectuées par les personnages). Toutefois, Pierre Coffin se frotte à ce défi avec une certaine malice.

Il affiche un authentique amour à son art, à travers quelques images fortes, empreintes d’humour, dans lesquelles ses protagonistes s’intègrent dans le cadre de la caméra. Le réalisateur apprécie autant les monuments du cinéma muet que de la série B et les références se multiplient. Ainsi, les monstres, extra-terrestres et autres soucoupes volantes, rencontrent le film noir ou la comédie musicale. Cette approche séduit davantage qu’une exposition, dénuée d’imagination, prenant place dans un musée renfermant des effigies légendaires (E.T) et des emblèmes vivants (Georges Lucas).

Pactiser avec le diable

Et puis il y a ce morceau de bravoure, presque flamboyant, quasi plan-séquence parcouru par une énergie folle et un souffle épique. À la recherche d’un nouveau maître, les Minions se joignent à une course-poursuite ébouriffante, tirée d’un western. Les situations burlesques s’enchaînent durant une scène quasi absurde, abordant différents genres et époques, au sein de laquelle les joyeux drilles s’insèrent naturellement. Le tout s’achevant dans un final digne des frères Lumières.

 Anarchie narrative

Or, Pierre Coffin aurait dû se contenter peut-être de cet hommage sincère, plutôt que d’empiler les enjeux artificiellement, en sus des clins d’œil à la pop culture. Certes, puiser dans l’œuvre d’Howard Phillips Lovecraft est monnaie courante, voire tendance ; néanmoins dans le cas présent, ce n’était sans doute pas nécessaire. Le cinéaste semble se plier à un cahier des charges programmatique, bien que les quelques traits comiques extirpent son ensemble de la routine prévisible. Les apparitions d’un Cthulhu miniature et celle d’un ersatz de Yog-Sothoth arracheront quelques sourires aux initiés, moins aux enfants pour qui le film est destiné.

Transmission d’un art

Le réalisateur démultiplie les pistes, sans jamais les approfondir. Ainsi, l’amitié entre Max, Henry et James est à peine esquissée et se base sur une multitude de poncifs. La discorde entre James justement et son clan conduit à une sous intrigue bancale, avec ce pseudo robot qui s’amourache d’une militante féministe. Le chaos visuel se mute en anarchie narrative, nuisant par conséquent au rythme du récit. En l’espace d’une quarantaine de minutes, Pierre Coffin conclut sans convaincre, laissant ses antihéros charmer le public afin de combler les trous béants de son dispositif.

Un constat assez navrant se dégage, comme une évidence ; hormis cette fameuse séquence évoquée précédemment, une absence de cohésion naturelle surplombe le long-métrage. Tout paraît factice à cause de l’essence même des Minions ; ils jouissent et souffrent de leur stupidité native. Aussi attachants soient-ils dans leur idiotie, leurs relations primaires ne susciteront jamais une véritable empathie.

Projet faussement ambitieux, Des Minions et des monstres piétine dans sa démarche, sans verser dans l’infamie. Il serait temps cependant pour Illumination de passer à autre chose… mais rien n’est moins sûr !

Film d’animation de Pierre Coffin avec les voix originales de Pierre Coffin, Trey Parker, Allison Janney. Durée 1h30. Sortie le 24 juin 2026

François Verstraete

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