Alors qu’un conflit s’apprête à éclater entre les États-Unis et la Russie, une présentatrice d’une télévision locale, un spécialiste en cybersécurité et sa compagne sont embarqués dans un étrange périple, à même de bouleverser le monde.

Jadis coqueluche du public, Steven Spielberg peine désormais à séduire les foules et à les attirer en salles. Ce constat s’avère d’autant plus navrant que son art est parvenu à maturité avec le formidable The Fablemans, un drame autobiographique, hommage avoué à son modèle John Ford et portrait fantastique à la fois d’une époque et d’une communauté. The Fablemans essuya un revers identique aux derniers travaux du cinéaste, de Pentagon Papers à West Side Story. Or, Hollywood, toujours prête à jeter en pâture ses anciennes idoles, pourrait donc bien envoyer Spielberg en retraite anticipée, en cas de nouvelle catastrophe financière.

On comprend ainsi aisément pourquoi son projet, Disclosure Day, n’a bénéficié que d’un budget modeste par rapport à d’autres entreprises du genre, puisque le film n’aurait nécessité que 115 millions de dollars. Une somme assez facile à rentabiliser sur le papier, même si rien n’est certain en raison des courants changeants de l’industrie, surtout que les prévisions concernant les entrées pour son premier week-end d’exploitation outre-Atlantique ne sont guère encourageantes.

Le grand méchant

Quoi qu’il en soit, le long-métrage constitue une belle occasion pour le réalisateur de renouer avec la science-fiction et plus précisément avec les récits d’extra-terrestre, emmenant par conséquent le spectateur avec lui dans les confins de son imaginaire foisonnant. Et si à la lecture du synopsis, les images de Rencontres du troisième type, Premier Contact de Denis Villeneuve ou de Contact de Robert Zemeckis affleurent, c’est plutôt du côté de Chris Carter que Disclosure Day puise son inspiration. En effet, très vite, les trois leitmotivs chers à Fox Mulder dans X-Files se posent sur les lèvres des protagonistes : ne faites confiance à personne, la vérité est ailleurs et je veux croire.

Ne faites confiance à personne

Même s’il est toujours attaché à une approche délicieusement naïve de son univers, Steven Spielberg compte bien rebattre les cartes ici, en décontenançant ses fidèles admirateurs et ses protagonistes. Cette volonté s’affiche dès l’exposition, menée tambour battant, qui induit de multiples ellipses, laissant de fait peu de repères au spectateur. On comprend néanmoins que l’avenir de la planète est dans la balance, tandis qu’un couple s’échappe des griffes d’une énigmatique agence. Très vite, un climat paranoïaque s’installe et on ignore à qui se vouer.

Rêve ou réalité ?

Cette crainte, présente dans Minority Report ou la saga des Indiana Jones, a toujours reflété la suspicion du cinéaste envers les hautes instances. Dans Disclosure Day, elle est davantage renforcée, non seulement en raison des enjeux, mais aussi à cause d’un mystérieux artefact, permettant à l’utilisateur de s’immiscer dans les esprits et de prendre leur contrôle. Certes, le subterfuge ne date pas d’hier et la manière dont Spielberg décrit son fonctionnement ne brille pas par son originalité. La longue séquence durant laquelle Scanlon prend possession du corps de Jane, sent a priori le réchauffé.

Cependant, l’essentiel ne repose pas tant dans le procédé que dans le développement à venir ; le calvaire enduré par la jeune femme se substitue à bataille pendant laquelle s’entrechoquent deux volontés de fer. Et au lieu de surenchérir sur cette voie de la méfiance, le réalisateur choisit de restaurer la confiance, à travers un message pacifique lumineux, capable de tisser des liens et de sauver ce qui peut l’être. Quelques paroles rassurantes et enjôleuses prononcées par une Emily Blunt habitée, charment et désarçonnent les interlocuteurs. Un phénomène prouvant que le discours est plus puissant que l’épée.

Quelles sont les instructions ?

La vérité est ailleurs

Par ce biais et de fil en aiguille, Steven Spielberg dévoile le cœur de sa trame narrative, loin d’être étonnante. Habitué à pointer du doigt les secrets des gouvernements, le réalisateur héroïse des lanceurs d’alerte, à l’instar du journaliste incarné par Tom Hanks dans Pentagon Papers. Toutefois, son script, élaboré par David Kœpp se révèle plus efficace que révolutionnaire, puisqu’il s’appuie sur toute la mythologique qui entoure la fameuse Zone 51 et les extra-terrestres présumés de Roswell. Ainsi, le long-métrage s’articule autour d’un mélange fastidieux entre éléments merveilleux, un poil irritants et un florilège de stéréotypes… légèrement déplorable donc !

Pourtant, tout comme chez Chris Carter, la vérité se situe ailleurs et la subtilité du propos du cinéaste également. Il instille une dose de cynisme et de barbarie inattendue au traitement de l’exploitation des extra-terrestres et de leurs ressources par une agence voyou. L’ombre de La Liste de Schindler (un peu) et de X-Files plane sur les documents vidéo rassemblés par Daniel (et les amateurs du jeu de rôle Delta Green ne seront pas non plus dépaysés). Surtout, ici, ce ne sont pas les mystères qui seront relatés à la une qui importent.

OVNI en approche

Le principe de vérité implique la connaissance de soi ; la part d’enfant qui se dissimule dans un corps d’adulte, les souvenirs enfouis et la confrontation à un dilemme impactent bien plus le quotidien qu’une guerre qui profile à l’horizon. Steven Spielberg touche presque au but quand il s’attarde sur les introspections nécessaires pour chacun de ses protagonistes, majeurs ou mineurs. Il place alors sa foi dans des vertus terrestres plutôt que dans des divinités officielles ou supposées.

Je veux croire

Le réalisateur s’interroge, pas forcément avec finesse, sur les fondements des croyances, leur solidité et ce qu’implique un socle dogmatique. Ancienne novice dans un couvent, Jane demande conseil auprès de son aînée afin de discerner le vrai du faux dans la conception du sacré. La réponse, pas ambigüe pour deux sous, souligne la maladresse d’un auteur limité non pas par son ambition, mais plutôt par son analyse théologique et philosophique. On peut accorder à son initiative tout de même un certain courage, d’autant plus qu’il ne s’était plus attaqué aux questions métaphysiques de cet ordre depuis Indiana Jones et la dernière croisade (avec plus de succès).

Contact !

Croire ou non dans l’existence de Dieu ou des êtres issus d’une autre galaxie le préoccupe moins que de croire en l’Homme, en dépit de ses faiblesses et de ses errements. Le visage éclairé et apaisé de Wyatt Russel quand tout est clarifié en atteste. Le futur s’inscrit dans la communication plutôt que dans l’illumination, un message salvateur, bien qu’empreint de cette niaiserie propre à certains films de Steven Spielberg et qui agace ses détracteurs depuis E.T.

Or c’est cette facette regrettable qui guide la longue conclusion de Disclosure Day. Cette chute pataude s’étire bien trop, sabordée par l’effusion à peine crédible de bons sentiments. L’émotion de The Fablemans est galvaudée ici par un désir de bien faire ou d’en faire trop. Les quinze ultimes minutes nuisent à la fluidité de l’ensemble et leur contenu ne surprend jamais (ce au contraire de son introduction). Ne reste plus qu’alors qu’un plan final judicieux et un mot d’Emily Blunt pour amoindrir ce gâchis relatif.

Steven Spielberg ne démérite donc pas avec Disclosure Day bien qu’un sentiment d’inachevé entache le résultat. En entrelaçant deux tonalités radicalement opposées, le metteur en scène s’est aventuré peut-être plus loin qu’il n’aurait dû sans maîtriser totalement les tenants et les aboutissants. Le film surpasse aisément Rencontres du troisième type, mais n’égale jamais la forme épurée de The Fablemans.

Film américain de Steven Spielberg avec Emily Blunt, Josh O’ Connor, Colin Firth. Durée 2h25. Sortie le 10 juin 2026

François Verstraete

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