Depuis le 6 juillet 2026, L’Esport World Cup (EWC) a débuté dans l’enceinte du Palais de la Porte de Versailles à Paris. Cette compétition, financée par l’Arabie Saoudite, regroupe plusieurs branches axées sur les univers vidéoludiques ; différents tournois sont organisés autour des jeux les plus pratiqués du moment de Valorant à Counter-Strike, en passant par les Échecs, League of Legends et Street Fighter 6. Les équipes espèrent obtenir le Graal ultime sous la forme de 20 millions de dollars en se hissant au sommet du classement (chacune récolte des points selon les résultats de leurs membres à chaque jeu). Quant aux participants, ils peuvent également décrocher des récompenses individuelles, s’élevant souvent à plusieurs centaines de milliers de dollars.

Et parmi les différentes épreuves, on relève la présence étonnante d’une autour de Fatal Fury ; City of the Wolves, un jeu de combat dans la veine de Street Fighter (des jeux qui opposent deux personnages sélectionnés au préalable, aux capacités bien distinctes). Peu populaire, il est inclus à l’événement uniquement en raison du lien entre son éditeur SNK et l’Arabie Saoudite ; cette dernière détient en effet la société et souhaite renforcer son aura à l’international. Il est d’ailleurs dommage que Fatal Fury n’ait pas remporté le succès escompté. Conspué par les critiques et les influenceurs, le jeu possède pourtant d’indéniables qualités, à commencer par sa mécanique, il est vrai, exigeante, qui n’a rien à envier à la concurrence.

La scène du rêve

En outre, les matches proposent généralement un spectacle fort agréable pour le public, grâce à son rythme percutant et le dynamisme affiché à l’écran. Ainsi, on a pu apprécier l’an dernier une finale de toute beauté entre le vainqueur, le japonais GO1 et le chinois Xiaohai, deux légendes du milieu du vs fighting (l’autre dénomination des jeux de combat). Avec une année d’expérience supplémentaire sur Fatal Fury, les qualifiés pour cette édition avaient à cœur de démontrer tout leur talent, en sus de remporter la coquette somme de 300 000 dollars pour le gagnant. Et ce tournoi allait offrir non seulement son lot de rencontres passionnantes, mais aussi une dramaturgie inattendue.

Les contours du programme

Au nombre de 32, les qualifiés proviennent de tous les horizons. Parmi eux, on retrouve le tenant du titre GO1, le finaliste de l’an dernier Xiaohai, le champion du monde de la discipline, Laggia et le dernier finaliste de L’EVO us (un immense tournoi open regroupant tous les jeux de combat), le nippon Mi2ha4. S’ajoute à cette distribution prestigieuse, une horde d’outsiders aux dents longues, les vétérans taïwanais ZJZ et américains Reynald, le Mexicain Dark Angel qui finit troisième de l’édition précédente, plus de nombreux prétendants venus notamment du Japon, pays phare du jeu de combat.

La chute d’un mythe

Il faut savoir d’emblée que Fatal Fury : City of the Wolves (à l’instar des autres produits du genre) nécessite une exécution des coups et des enchaînements parfaits, une grande maîtrise des déplacements ainsi qu’une anticipation des actions adverses. Par ailleurs, la palette très variée de personnages disponibles est assez élevée et bon nombre d’entre eux se révèlent efficaces, bien que ces derniers temps, Mr Karaté se détache par sa polyvalence (voilà pourquoi beaucoup de participants ont décidé de l’utiliser).

Le tournoi se déroule quant à lui en trois étapes. Une première série de poules qui éliminera la moitié des joueurs (ceux qui auront subi deux défaites, c’est le système de la double élimination). Une seconde phase de poules qui écartera encore la moitié des joueurs restants (toujours sous le principe de double élimination). Lors de ces deux phases, les matches se décident au meilleur des cinq manches. Enfin, les huit survivants se départagent en une série de confrontations à élimination directe, cette fois au meilleur des neuf manches (afin de réduire au maximum la variance).

Face-à face

Un forfait, la chute d’une légende et une sensation

La première phase de qualification n’aurait dû être qu’une formalité pour les favoris. Néanmoins, les dieux du versus fighting en avaient décidé autrement. Bien que la plupart des champions aient décroché  sans trop de mal leur billet pour le deuxième tour (Laggia, Go1, ZJZ, Mi2ha4 ou Dark Angel), le milieu trembla après la sortie de route inattendue de Xiaohai. Après avoir remporté difficilement son premier match contre le japonais Kindevu, le chinois affronte ensuite le grec de l’équipe française Vitality, K-Top, afin d’assurer sa place dans le top 16.

Les deux joueurs usent d’un personnage identique, Mr Karaté, très versatile, capable d’éliminer son adversaire en deux ouvertures de garde ou presque. Cette confrontation miroir tourne à l’avantage de Xiaohai qui mène 2-1 et obtient une balle de match. Dans un round étouffant, il exécute un superbe enchaînement, qui laisse, hélas pour lui, son opposant au bord de la mort. Ce dernier n’hésite pas et effectue une remontée magnifique et sauve sa balle de match. Affecté, Xiaohai est finalement battu durant le face-à-face décisif.

Karaté passe un sale quart d’heure

Il ne se remettra pas de cette défaite ; alors qu’il lui fallait remporter absolument la rencontre suivante pour éviter l’élimination, il chutera sous les coups du Billy Kane de son compatriote NaiWang, subissant même les paris risqués de son adversaire (ou pifs dans le jargon du jeu de combat). Le ciel lui tombait sur la tête tandis que K-Top s’affirmait peu à peu comme la sensation de cette épreuve. Quasi inconnu dans le circuit il y a quelque mois (il s’est révélé pendant l’Evo en juin), il scalpait ZJZ et Mi2ha4 au terme de matches épiques, accédant de fait au top 8 de l’événement. Le tournoi s’ouvrait un peu plus d’autant que le tenant du titre, GO1, déclarait forfait en raison de problèmes de santé (il souffre des séquelles d’une importante insolation contractée à Lyon).

Domination japonaise et émotion

Orpheline de deux de ses vedettes principales, la compétition proposait cependant un très beau plateau pour les play-offs. Le top 8 réunissait les Japonais Nemo, Mi2ha4 et Laggia (lauréat des championnats du monde), l’Américain Reynald, le Mexicain Dark Angel, le Taïwanais ZJZ, le Chinois NaiWang et enfin K-Top. Les quarts de finale opposèrent Laggia et ZJZ, Mi2ha4 et NaiWang, Nemo et K-Top et Dark Angel et Reynald. Et l’armada nippone rappela alors pourquoi l’archipel était tant redouté dans la sphère du jeu de combat.

Effervescence

Mi2ha4, Laggia et Nemo balayèrent leurs adversaires avec une facilité déconcertante. Nemo écrasa K-Top, dont l’aventure s’arrêtait brutalement. Le grec fut impuissant face à la stratégie savamment élaborée par Nemo, qui punissait certaines options de Mr Karaté avec aisance. Quant à Dark Angel, il s’extirpa du piège de Reynald. Si le Krauser de l’Américain emballa très vite la rencontre, le Mexicain s’accrocha et l’emporta sur le fil. Et il allait se défaire de Nemo en demi-finale, démontrant au passage sa maîtrise technique et sa folle créativité.

Dans l’autre demi-finale, 100 % japonaise, la tension était à son comble. Mi2ha4 s’échappait rapidement et dominait Laggia. L’orgueil du champion reprit le dessus et il égalisa à quatre manches partout. Au terme d’une ultime bataille, Mi2ha4 terrassait son aîné et s’accordait le droit de décrocher un titre, après son échec en finale de l’Evo en juin dernier. Submergé par l’émotion, Mi2ha4 fondit en larmes et saluait la foule.

La concentration du champion

Impérial Dark Angel

Après un match pour la troisième place un poil décevant, remporté par Nemo (Laggia était marqué sans doute par son revers contre Mi2ha4), la finale débutait. La conflagration entre deux étoiles, deux techniciens au sommet de leur art, allait avoir lieu. Malheureusement, la conclusion de ce tournoi s’acheva très rapidement tant l’écart entre les participants s’avérait abyssal. Dark Angel s’installait aux commandes pour ne plus les lâcher. Outre la fatigue nerveuse, Mi2ha4 ne parvint jamais à contrecarrer les attaques ingénieuses du mexicain.

Les ratés se succédaient et Dark Angel exultait. Beau perdant, Mi2ha4 le félicitait en l’applaudissant sincèrement. Dark Angel savourait sa revanche après avoir échoué l’an passé contre GO1. Il prouvait que l’école sud-américaine n’avait rien à envier à sa rivale asiatique, empochant 300 000 dollars et se qualifiant pour les championnats du monde. Une apothéose à la fois pour lui et pour un jeu qui mériterait davantage d’exposition à l’avenir.

François Verstraete

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