La 79e édition du Festival de Cannes vient de refermer ses portes. Après douze jours de frénésie sur la Croisette, le jury, présidé par le maître de cérémonie sud-coréen Park Chan-wook, a rendu son verdict. Un palmarès dense, teinté d’une noirceur politique évidente, qui écarte d’emblée des œuvres non engagées (réfutant de fait les qualités évidentes de certains long-métrages).

La rumeur enflait depuis sa projection, la voilà confirmée. Fjord, drame réalisé par le cinéaste roumain Cristian Mungiu, s’empare de la prestigieuse Palme d’or. Dix-neuf ans après 4 mois, 3 semaines, 2 jours, le réalisateur intègre le club très fermé des doublement palmés.

Portée par les performances Sebastian Stan et Renate Reinsve, cette fresque sur une famille catholique pieuse confrontée aux services sociaux dissèque la polarisation de la société contemporaine. On traitera de sa pertinence lors de sa sortie en salles prévue pour fin aoüt.

Des maîtres russes et polonais toujours au sommet

Dans le sillage de cette Palme, le Grand Prix revient à Minotaure d’Andreï Zviaguintsev. Le réalisateur russe propose nouvelle tragédie contemporaine. Ce remake de La Femme infidèle de Claude Chabrol, transposé dans la Russie contemporaine à l’aube de l’invasion de l’Ukraine, se teinte d’une aura politique Le Prix du Jury met en lumière le travail naturaliste de Valeska Grisebach avec L’Aventure rêvée.

Quand Chabrol inspire le présent

Le Prix de la mise en scène est ainsi partagé entre deux univers radicalement opposés : La Bola Negra signé par le duo espagnol Javier Calvo et Javier Ambrossi, à l’esthétique flamboyante et viscérale et Fatherland du Polonais Paweł Pawlikowski, empreint de sa mélancolie classique et monochrome habituelle.

Même constat pour les prix d’interprétation, qui saluent la force des duos : ainsi le Prix d’interprétation féminine honore Virginie Efira et Tao Okamoto pour leur partition bouleversante dans Soudain de Ryûsuke Hamaguchi, tandis que le Prix d’interprétation masculine récompense les jeunes Emmanuel Macchia et Valentin Campagne qui raflent la mise pour Coward, confirmant la capacité de Lukas Dhont à diriger de jeunes talents avec une sensibilité inouïe.

Du côté du scénario, c’est la plume d’Emmanuel Marre qui est célébrée. Notre salut, drame historique suivant un fonctionnaire sous le régime de Vichy, incarné par Swann Arlaud. Enfin, la Caméra d’or vient encourager Marie-Clémentine Dusabejambo pour Ben’imana, tandis que la Palme d’or du court métrage est décernée à Federico Luis pour Aux Adversaires.

Un cru conforme aux exigences contemporaines qui refuse encore une fois un prix à James Gray. Ce dernier devra patienter avant d’être enfin consacré…

François Verstraete

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