Vaincue par les troupes allemandes, la France capitule face à son ennemi juré et confie son avenir au Maréchal Pétain. Néanmoins, un obscur général, résolu à poursuivre le combat, se réfugie à Londres et entame une résistance acharnée.
Un homme enregistre un discours passionné à la BBC, exhortant ses concitoyens à se battre, à refuser la défaite. En exil, loin des siens, ses propos n’auront pas la portée souhaitée sur l’instant. Le fameux appel n’a été entendu que par une poignée d’habitants d’un pays occupé. Qu’importe, puisque l’individu compte bien revenir à la charge dès que possible. Ces quelques minutes, concluant une exposition sommaire, mais efficace, offrent une tribune à un comédien au sommet de son art, tout en reflétant une réalité des plus justes. Elle annonce surtout l’une des entreprises cinématographiques hexagonales les plus ambitieuses de ces dernières années.
Figure majeure de l’Histoire française, le Général de Gaulle nourrit nombre de fantasmes aujourd’hui, très éloigné pourtant de la vérité et des sources vérifiées par les spécialistes sérieux. Voilà pourquoi consacrer un biopic au personnage relève d’une énorme gageure, à même de susciter moult controverses. Néanmoins, le choix de placer Antonin Baudry aux commandes d’un ensemble composé de deux volets s’avérait judicieux. Tout d’abord parce qu’il s’est distingué favorablement avec l’excellent thriller politique, Le Chant du Loup, ainsi que par son script pour le très bon film de Bertrand Tavernier, Quai d’Orsay.
En outre, sa carrière dans le corps diplomatique lui permet de retranscrire avec une authentique acuité les jeux de pouvoir qui ont alimenté les relations internationales durant La Seconde Guerre mondiale dans ce premier opus, La Bataille de Gaulle : L’âge de fer. Par ailleurs, en s’appuyant sur l’immense biographie de Julian Jackson, De Gaulle, une certaine idée de la France, afin de construire son scénario, il affichait sa volonté de se conformer aux faits. Tout en respectant les notions de mise en scène élémentaire ?
Une certaine vision de la France
Il répond à cette question lors de la manœuvre exécutée par De Gaulle au début du film. À la tête de on unité de chars, le soldat contribue à abattre un blindé adverse, grâce à un stratagème élaboré. Si ces quelques minutes sont montrées avec précision, elles témoignent toutefois de la véritable faiblesse du travail d’Antonin Baudry. Pour ceux et celles, non-initiés aux événements en cours et à la carrière de De Gaulle, il sera parfois très difficile de comprendre certaines séquences dont celle-ci, qui ne peut être expliquée qu’en raison de la formation du général au fonctionnement des tanks. Un élément relaté… dans l’ouvrage de Julius Jackson.
Qui plus est, l’un des sujets qui passionne visiblement Antonin Baudry et traité par Julian Jackson par l’intermédiaire de son portrait de De Gaulle, est bel et bien la place de la France dans le monde et comment elle est perçue de l’extérieur et de l’intérieur. Il interroge ainsi sur la légitimité à représenter un peuple, à parler en son nom, surtout dans des conditions proches de la fin d’un continent. En sus de De Gaulle se dressent des hommes et des femmes de bonne volonté, tandis que d’autres hésitent à rejoindre leurs rangs. Et en reposant sa narration sur ces hésitations, Antonin Baudry fait mouche. Les alliés de circonstance ou de plein gré affluent, pactisent avec le diable ou se rachètent.
Et pendant les rares instants de grâce, les mots de Danton résonnent hors champ, « De l’audace, toujours de l’audace et la France sera sauvée ». D’un plan de bataille osé à une manifestation contre l’occupant, le réalisateur souligne magnifiquement que chaque acte compte et que le pas, même trébuchant, conduit à la victoire. Il n’écarte jamais néanmoins la barbarie, les compromis amoraux et les conclusions funestes ; alors qu’un couple est sur le point de s’enlacer, la foule autour de lui est dispersée quand retentissent les armes à feu.
Seul contre tous
Dans ce chaos ambiant émerge le visage d’un chef, ce chef dont De Gaulle a cité les qualités idoines dans Le Fil de l’épée. Interprété par un impeccable Simon Akbarian, le militaire désavoué par sa hiérarchie s’échine à se frayer un chemin à travers le dédale diplomatique. Adepte des bons mots, il se démarque par sa culture et son amour de l’écriture, par le biais d’oraisons de haute tenue. Antonin Baudry fait preuve de talent quand il retrace le parcours d’un combattant, qui se doit de fédérer, alors qu’hier il n’était qu’un inconnu, aux yeux du public et même de son administration.
Raillé sur son physique (il faut savoir que du haut des un mètre quatre-vingt-dix, De Gaulle était moqué pour son allure décharnée), le charisme de son protagoniste affleure par ses réactions ; certes, ses accès de colère légendaires ne sont jamais omis ici. Néanmoins, Antonin Baudry met en exergue la patience et la résilience, les deux atouts qui ont permis au général de rassembler autour de lui. Et si son obstination agace, confinant à l’obsession, elle lui ouvre des portes de manière inattendue. Quoi qu’il en soit, le réalisateur n’oublie jamais que dans la difficulté ou dans l’échec on est souvent seul.
Et il y a cet enchaînement de séquences furtives poignantes, maîtrisées avec sobriété. On y voit De Gaulle, de nuit, dans son bureau, fumant et faisant les cent pas. À l’autre bout du monde, ses troupes subissent les assauts de l’ennemi, inlassablement. Lui espère secrètement, sans même murmurer ou souffler. Des images précieuses, dépourvues de fioritures, qui en disent long sur la situation, mais aussi sur l’inventivité du réalisateur.
La garde meurt mais ne se rend pas
En parallèle, l’armée française libre, dirigée par Kœnig (impressionnant Benoît Magimel), tente désespérément de déjouer l’attaque de Rommel et d’enrayer sa progression, protégeant le repli des Britanniques (tout comme à Dunkerque). À l’instar de leur chef, le mot d’ordre est résilience, tenir bon, coûte que coûte, quelles que soient les pertes. Si la visite de l’officier à l’infirmerie illustre plus qu’elle illumine le récit, elle n’entache pas l’approche formelle d’une bataille, très éloignée des envolées épiques coutumières.
Beaucoup déploreront l’abord antispectaculaire déployé pour transposer à l’écran le combat mené pendant le siège de Bir Akeim. Antonin Baudry refuse l’esbroufe, au profit du naturalisme plus crédible et fidèle au déroulement des affrontements. L’héroïsation passe autant par le sacrifice d’un artificier, que par les chants funèbres des indigènes. Et puis il y a l’attente, interminable : on guette l’arrivée des belligérants, afin de frapper au moment opportun. Durant des minutes, des heures et des jours, la tension s’intensifie et les possibilités de survie s’amenuisent.
D’ailleurs, le réalisateur surprend et brille quand il gère l’attente globalement et toute la pression palpable qu’elle occasionne dans le long-métrage. Il choisit de ne pas étirer le temps, mais plutôt de le suspendre avant de décider du sort de ses protagonistes. Deux regards se confrontent et un homme se soumet, un autre se retire, veillant à saisir une seconde chance, un condamné s’apprête à être fusillé et les forces en présence se préparent à l’entrée de la plus grande puissance mondiale dans le conflit.
Et s’il se pare des atours d’un biopic ordinaire, La Bataille de Gaulle : L’âge de fer constitue le socle d’un diptyque conçu non pas dans la démesure, mais dans ses détails insignifiants qui honorent aussi bien l’objet de sa réflexion que le cinéma. Voilà pourquoi on a hâte de découvrir, J’écris ton nom !
Film français d’Antonin Baudry avec Simon Abkarian, Simon Russel Beale, Florian Lesieur. Durée 2h40. Sortie le 3 juin 2026
L’avis de Mathis Bailleul : Dès l’intro spectaculaire et grave, le ton est donné. Le souci de La Bataille de Gaulle : L’âge de fer, c’est que rien ne suit cette ambition de singer le cinéma américain. VFX, dialogues, direction d’acteur : à la ramasse. Démesuré, grotesque, gauche comme son général mais pas sans âme.
François Verstraete
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