Médecin exerçant en banlieue parisienne, Judith s’apprête à se retirer. Alors qu’elle entame son déménagement, Aïda, une jeune femme enceinte vient lui demander de l’aide. D’abord réticente, Judith s’engage avec cette dernière patiente, dans une odyssée bouleversante.

Le film s’ouvre sur une séquence significative ; un lever de soleil, un ciel grisâtre, les immeubles délabrés d’une banlieue typique. Une femme, dans un appartement, entourée par les cartons, souvenirs d’une vie, essaie vainement d’utiliser un inhalateur à bout de souffle…  à l'instar de l’appareil de santé du pays. Son accessoire cesse de fonctionner ; cet événement a priori anecdotique annonce une journée inhabituelle, ou au contraire symptomatique d’un quotidien émaillé par les embûches et les rencontres mémorables.

Comme pour toute première réalisation, on pouvait craindre que La Dernière Patiente appartienne à cette catégorie de travaux de jeunesse, pétris de bonnes intentions, mais qui peinent à confirmer les promesses initiales. Le cinéaste, Rémi Bassaler, avait déjà accouché d’un scénario oubliable pour Netflix, celui de Paris est à nous. Heureusement, il revient avec un sujet assez passionnant pour susciter un minimum d’espoirs quant au résultat final, d’autant plus qu’il s’est octroyé les services de l’expérimentée Anouk Grinberg, une idée fort judicieuse.

Judith, pas vraiment retraitée

Médecin de banlieue

Thomas Lilti immergeait François Cluzet et Marianne Denicourt au cœur de la province et s’intéressait au sort des soignants isolés dans Médecin de Campagne. Rémi Bassaler désire faire de même avec La Dernière Patiente, en se concentrant, de son côté, sur l’activité d’une généraliste proche de la retraite dans une de ces banlieues, devenues des déserts administratifs pour la population, y compris sur le plan médical. Le réalisateur n’a pas besoin e forcer le trait pour évoquer des situations que beaucoup ont vécues ; la salle d’attente bondée des urgences, les rendez-vous avec des spécialistes impossibles à obtenir.

Sans surligner ces moments agaçants, il dresse un terrible bilan et injecte un minimum de crédibilité à l’ensemble. Anouk Grinberg brille dans son rôle de praticienne dévouée jusqu’au bout, impliquée physiquement et moralement dans le suivi de ses patients. Aïda n’est pas une malade de plus pour elle, mais un cas symbolique qui a été délaissé par le système. La relation qu’elles tissent s’étend au-delà de la sphère professionnelle ; ce n’est point nouveau pour Judith comme en atteste cette scène avec le vendeur de cigarettes. La force des trente premières minutes d’ailleurs de La Dernière Patiente réside dans la faculté du cinéaste à établir un cadre crédible et un portrait authentique.

Un compagnon inquiétant

S’il se livre quelquefois à des raccourcis racoleurs (on est médecin de génération en génération, un adage de moins en moins vrai), Rémi Bassaleur rapporte fort bien la dévotion d’une femme qui a su conserver son éthique et surtout son pragmatisme, loin des diktats de Doctolib ou des contraintes calendaires. On est stupéfait par la réponse du secrétariat qui lui interdit de pénétrer dans une clinique alors qu’elle accompagne un cas inquiétant.

24 heures chrono

Les refus et les complications existent pour accentuer une atmosphère tendue. Ces éléments indispensables se soumettent à un compte à rebours, puisque le récit s’étend sur une période de vingt-quatre heures. On saisit rapidement qu’une course contre la montre est lancée et que l’état d’Aïda, enceinte, risque de s’aggraver, d’autant plus qu’elle est harcelée par un compagnon loin d’être compréhensif et agressif. Le long-métrage se transforme en thriller et abandonne par conséquent sa facette docu-fiction fascinante.

Urgences

Et la mutation s’avère délicate, puisque Rémi Basseler tergiverse et ignore comment greffer une cohésion à sa narration. La Dernière Patiente s’éparpille dans ses enjeux et aborde des pistes sans les approfondir ou leur inoculer une réelle personnalité. Les stéréotypes affleurent et réduisent à néant tous les efforts consentis jusque-là. On frôle la caricature, en dépit de ce postulat si attirant. Pourtant ces écueils sont insignifiants en comparaison avec la véritable faiblesse du long-métrage.

Le metteur en scène n’exploite jamais les atouts de sa narration resserrée, propre à instiller une tension palpable et plausible, au vu de l’Épée de Damoclès qui plane sur les protagonistes. Son 24 heures chrono s’apparente plutôt à un 24 heures pathos, sans subtilité. Il ne reproduit de fait jamais le petit miracle d’Élie Wajeman avec Médecin de nuit.

L’interrogation légitime se profile avec ce constat saisissant et regrettable : comment une direction d’interprètes de cette qualité bénéficie à un numéro d’équilibriste raté, faux polar haletant et pamphlet inoffensif ?

Film français de Rémi Bassaler avec Anouk Grinberg, Luàna Bajrami, Félix Lefebvre. Durée 1h20. Sortie le 2 septembre 2026

François Verstraete

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