Exilé sur terre, Adam, prince d’Eternia, part à la recherche de l’Épée du Pouvoir afin de rentrer chez lui et sauver son monde des griffes de l’infâme Skeletor.
Phénomène marketing des années quatre-vingt, la série d’animation Les Maîtres de l’univers a marqué toute une génération, avec sa direction artistique imprégnée d’un mélange de fantasy et de space opera classique. Son héros Musclor (ou He-Man en anglais) est le descendant direct du Conan de Robert Howard et est devenu une icône planétaire. Résultat, une transposition en prises de vues réelles avec Dolph Lungren naquit (un authentique navet) ainsi qu’une flopée de jouets dérivés, en sus d’un spin-off féminin, She-Ra.
Et récemment, Netflix, conscient du potentiel nostalgique de la saga (étonnant, non ?) a proposé une suite aux aventures du champion du Château des Ombres, dans une veine identique à la production d’antan. De son côté Amazon Prime video, a récupéré les droits d’exploitation d’une nouvelle version des Maîtres de l’univers. La gestation douloureuse du projet, dont le scénario est passé d’un auteur à un autre, a considérablement accru les coûts de développement.
On évoque à l’arrivée un budget dépassant les deux-cent millions de dollars, alors que le long-métrage ne comporte que très peu de vedettes (hormis un Jared Leto en roue libre et Idris Elba). L’exploitation en salles calamiteuse outre-Atlantique (un revers effroyable au box-office) a contraint le studio à reléguer le film sur sa plateforme. Une occasion de découvrir une curiosité, loin de la catastrophe redoutée, mais qui s’essouffle très vite, une fois le concept de base surutilisé.
Au-delà de la nostalgie ?
Désigné pour diriger cette entreprise très risquée, Travis Knight n’est point un inconnu. On lui doit notamment le sympathique Kubo et l’armure magique, ainsi que long-métrage dérivé de la licence Transformers, Bumblebee (loin d’être le plus mauvais d’ailleurs). La tâche, peu aisée, consiste à s’affranchir du sempiternel fan service irritant, dans lequel se vautrent la plupart de ses confrères, au moment de se concentrer sur des récits issus de la culture populaire qui ont marqué la jeunesse d’hier.
Dès l’exposition, il se distingue favorablement de cette tendance, avec sa présentation exhaustive d’Eternia et de son histoire. Le rendu visuel s’avère convaincant et alors que l’on craignait une approche au premier degré, ringarde au possible, le réalisateur clôt son introduction avec un revirement malin. Il limite les clins d’œil au maximum, hormis l’apparition furtive attendue d’un certain acteur… En effet, son ambition se précise dès lors ; accoucher d’une comédie et déconstruire totalement le support initial. Un tel pari, osé, a déjà fonctionné, avec Donjons et dragons : L’Honneur des voleurs.
Ici, il enracine sa démonstration à travers la caricature des deux antagonistes, Adam et Skeletor, vidés de leur substrat épique et transformés respectivement en sauveur maladroit et en bouffon pathétique. D’ailleurs, on loue les vingt-minutes durant lesquelles Adam, réfugié sur terre, est considéré par son entourage comme un illuminé crédule, qui frise la démence. Et quand il renoue avec les siens, ces derniers l’érigent en maillon faible d’une résistance jusqu’à ce qu’il brandisse enfin son glaive. Le mythe resurgit pour le meilleur et un peu pour le pire.
Les limites de la déconstruction
Le problème résiduel de l’ensemble repose justement sur sa singularité, héritée des pratiques super-héroïques de Kevin Feige, tant décriées. Travis Knight recourt à l’humour afin de désamorcer les diverses tensions dramatiques. Et quand il tente de s’extirper de cette formule, il s’embourbe dans une construction psychologique factice et racoleuse. Les conseils d’Idris Elba à son protégé symbolisent cette énorme lacune ; d’ailleurs, durant ces moments, l’acteur n’émeut jamais, tant il paraît emprunté dans son interprétation.
Et quand Travis Knight désinhibe enfin son protagoniste, c’est pour souligner un pathos exagéré et décrypté de manière lénifiante. Quant à l’ascension du héros et le secret qui en découle, elle renvoie à celles de Thor : Ragnarok et de Wonder Woman. Dommage, tant Nicholas Galitzine se démène tel un beau diable dans la peau du personnage omnipotent ; sans accomplir une performance exceptionnelle, il convainc a minima, tandis que Jared Leto n’a pas besoin de forcer dès qu’il arbore avec déférence les traits de Skeletor.
Les regrets affleurent par conséquent, d’autant plus que tout avait si bien démarré. Les affrontements, loin d’être homériques, ne brillent pas par leur imagination en termes de chorégraphie. En revanche, il faut saluer leur lisibilité. En outre, l’énergie qui animait le matériau d’origine transpire durant quelques secondes charnières, quand Adam, acculé et raillé par ses adversaires, empoigne la fameuse épée et prononce la réplique légendaire.
Certes, Les Maîtres de l’univers est loin d’être infâmant ou désastreux. Néanmoins, on ne peut-être totalement satisfait par un long-métrage qui souffre des carences inhérentes à un dispositif malicieux, mais incapable de se sublimer.
Film américain de Travis Knight avec Nicholas Galitzine, Camila Mendes, Idris Elba, Jared Leto. Durée 2h21. Disponible sur Amazon Prime video
François Verstraete
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