Au sein d’un milieu vidéoludique saturé par les sorties incessantes, il est étonnant que le jeu de combat, genre réservé désormais à une niche, voire à une élite en raison de son manque d’accessibilité, diversifie encore et toujours son offre. On croirait presque qu’il connaît un nouvel âge d’or, amorcé par le triomphe de Street Fighter 6 et ses 7 millions de copies vendues depuis près de quatre ans. D’autres titres ont suivi sans rencontrer toutefois un succès identique. On peut citer pêle-mêle Tekken 8, Mortal Kombat I, Under Night in Birth, Fatal Fury : City of the Wolves, 2XKO en attendant la sortie l’an prochain de Virtua Fighter 6.

Pour le moment, Sony distribue depuis peu son dernier bébé reposant sur la juteuse marque Marvel, Marvel Tokon Fighting Souls. La firme omnipotente a confié le développement à l’éditeur Arc System, plébiscité pour ses travaux sur les licences Blazblue et Guilty Gear, ainsi que sur le formidable Dragon Ball Figther Z pour le compte de Bandai Namco. D’ailleurs, quand le projet a été annoncé en 2025, la surprise fut totale. Beaucoup espéraient que Capcom s’attèle à sa saga Marvel vs Capcom et les rumeurs sur un cinquième opus circulaient.

C’est pourtant Sony et Arc System qui remportèrent la mise en décrochant les droits d’utilisation des super-héros. Les concepteurs allaient bien entendu puiser dans les mécaniques chères à la franchise de Capcom (et surtout à ses pratiquants), tout en remaniant certains fondamentaux, ce pour un résultat emballant !

Un peu de spectacle

Le savoir-faire d’Arc System

Marvel Tokon met à disposition vingt protagonistes au départ, tous issus de la Maison des Idées. Si le nombre paraît peu élevé pour un jeu de combat en équipe (Marvel vs Capcom 3 en proposait 36 à son lancement en version vanilla), ils possèdent tous leur propre esthétique et une palette de coups uniques bien que les manipulations se ressemblent toutes. Surtout, Arc System ne surexploite point de modèle, ce contrairement à Dragon Ball Fighter Z, à la distribution composée de multiples clones de Goku et de Vegeta.

Ainsi, on retrouve dans le cas présent des figures célèbres, connues du public (merci les films), telles que Captain America, Storm, Wolverine, Iron Man, Magneto ou encore Deadpool ainsi que d’autres visages moins familiers, qui raviront les aficionados des comics-book. Se joignent à la lutte, Danger (incarnation physique de la Danger Room des X-men), Ghost Rider le motard damné par l’Enfer, Carnage, la version sanguinaire de Venom et Doctor Doom (ou Fatalis en français), qui sera interprété par Robert Downey Jr dans le long-métrage Avengers Doomsday.

Affrontement entre mutants

Il faut relever le soin apporté à la direction artistique de l’ensemble, que ce soit pour les protagonistes ou les décors. Spécialité d’Arc System, cette personnalité graphique se distingue dans l’industrie. La société a l’habitude de manier avec élégance, cet emploi de la 3D, reproduisant fidèlement l’esprit 2D d’une époque bénie révolue. Et ici, cet art s’entrelace avec cette vision des créateurs de réinventer l’esthétique Marvel.

Cette réappropriation, souhaitée par Marvel et par Sony, accouche d’un aspect manga/japonais fascinant. Par conséquent, l’armure d’Iron Man revêt des allures de Gundam. Quant à Deadpool, chacune de ses attaques ou de ses poses se réfère à d’autres de jeux du même genre (de Naruto à Fatal Fury en passant par Dragon Ball Fighter Z). L’animation n’est pas en reste et la mise en scène des affrontements s’avère spectaculaire. L’expérience de Dragon Ball Fighter Z et de Guilty Gear Strive bénéficie à Marvel Tokon, qui n’a donc rien à envier à Marvel vs Capcom.

Narration format comic book

Entre tradition et révolution

Il comporte plusieurs modes, qui se conforment au genre. On retrouve le sempiternel mode arcade (incluant également un principe de battle royale avec ses avatars, amusant mais limité ainsi qu’un mode survie), un mode de formation (entraînement libre, didacticiel et défis combos) et un mode Histoire (ou Épisodes). Ce dernier introduit la lutte entre les protagonistes (regroupés par faction) et le Champion, l’un des fameux Doyens de l’Univers, qui intègre les personnages jouables, une fois vaincu.

La durée de vie du mode Épisodes avoisine la dizaine d’heures et nécessite de recommencer avec une équipe différente, pré sélectionnée à chaque fois. La narration repose sur des cinématiques d’assez bonne facture et des tranches de bande-dessinée. Il faut noter que la difficulté s’accroit au fur et à mesure et que défaire le Champion pourra relever de la gageure (sans égaler non plus la puissance des bosses made in SNK !). Les différents tutoriels, quant à eux, souffrent parfois d’un certain manque de clarté rendant l’apprentissage fastidieux.

Un roster intéressant

Le mode d’entraînement libre ne se hisse pas au niveau de celui de Street Fighter 6 (dont la jauge d’exécution clarifie la notion d’enchaînement et de frame data) tandis que celui visant à initier ne possède pas une pédagogie aussi poussée que celle d’Under Night in Birth. Et cela pose problème, tant comme pour tout jeu de combat, progresser s’apparente à gravir un petit Everest. Outre les codes propres au genre, si complexes à appréhender pour les néophytes, il faudra maîtriser des mécaniques ici très diversifiées et très distinctes de celles existantes dans d’autres propositions de ce type.

En effet, Marvel Tokon appartient à une sous-catégorie des jeux de combat, dénommée tag battle. Cette branche induit de contrôler plusieurs personnages et d’éliminer tous ceux de son partenaire pour l’emporter. Généralement, il est envisageable de changer de personnage en plein combat (en respectant certains pré requis) voire de faire appel à l’un d’entre eux pour appuyer celui utilisé ; c’est le tag assist, qui permet d’asséner un coup fixe toujours selon certaines conditions. Il est évident qu’il est nécessaire de mémoriser toute la palette de possibilités de chaque membre de l’équipe afin d’exploiter au maximum son potentiel durant les matches, ce qui accentue davantage la difficulté pendant l’apprentissage.

Danger prête à frapper

De la profondeur et quelques erreurs

Toutefois, Marvel Tokon se distingue nettement de ses prédécesseurs, par son approche et ses choix pour son système de jeu. Certes, la composition d’une équipe implique la présence de quatre personnages (ce qui inquiétait tous les pratiquants occasionnels). Néanmoins, il n’y a qu’une seule barre de vie à gérer ; de fait, il n’est plus indispensable de maîtriser sur le bout des doigts plusieurs personnages, un seul suffit puisque de toute façon, quand vous perdez un personnage, la rencontre s’arrête (à l’inverse de Marvel vs Capcom, 2XKO ou Dragon Ball Fighter Z, où il faut se débarrasser de chaque élément de l’équipe adverse).

Si cette facette simplifie pas mal de choses, elle ne nuit pas à la profondeur d’un tout assez sophistiqué. Outre le niveau de vie, on doit surveiller celui d’Assemble (les assists) et celui de Skill, déterminant la capacité à effectuer ou non un coup spécial renforcé voire une super attaque. Sur ce point, les habitués apprécieront le rendu des attaques combinées à l’écran ! Quant aux joueurs occasionnels, ils se contenteront d’une maniabilité plus aisée en échange d’une diminution des dommages et de l’augmentation des barres de Skill et d’Assemble.

Nerveux et dynamique

Les vétérans, de leur côté, loueront sans doute des stratégies stupides inapplicables ici. Chacun ne démarre qu’avec un seul assist disponible (et en récupère au fur et à mesure), tandis que faire appel à eux exige d’avoir touché l’adversaire avant (en garde ou non). Ainsi, en théorie, il est inenvisageable d’accomplir ce que l’on baptise un touch of death dans le jargon (écarter un personnage dès la première ouverture alors qu’il n’a pas subi le moindre dégât) dès le commencement du match, puisque toutes les ressources ne sont pas encore accessibles. Par ailleurs, terminées les phases dîtes de neutral (durant lesquelles chacun se jauge à distance, avec ses déplacements, afin d’attaquer) en démultipliant les utilisations des assists. Deux très bons points… qui n’effacent pas, hélas, le gros écueil souligné par la communauté.

Ce test a été réalisé à l’aide de la version PS5, impeccable il faut l’avouer. Ce qui n’est pas le cas côté PC, dont l’optimisation laisse fortement à désirer. En sus du fait que Sony contraigne les adeptes PC à s’inscrire sur sa base de données (une polémique qui avait frappé déjà Helldivers 2), Marvel Tokon sur PC est critiqué pour de graves problèmes, sans doute inhérents à certains programmes antitriche. Sony et Arc System auront fort à faire pour corriger tout cela avec une mise à jour rapide.

Quoi qu’il en soit, cela n’empêche pas de savourer (au moins sur PS5) toutes les qualités de Marvel Tokon, qui succède dignement à la lignée des Marvel vs Capcom, sur le fond et sur la forme. On surveille de pied ferme l’arrivée des DLC (onéreux il est vrai) et notamment de Cyclops Phœnix Force.

Disponible sur PS5 (en version physique et dématérialisée) et PC depuis le 6 août 2026. Prix conseillé 69.99 euros. Ce test a été réalisé avec une copie PS5

François Verstraete

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