L’ascension de Michael Jackson, passé de chanteur au sein d’un groupe familial à icône musicale planétaire.
Hollywood a besoin de franchises ou de standards préétablis pour survivre, tant la créativité de ses auteurs s’est envolée depuis longtemps. La machine financière doit être alimentée par n’importe quel moyen, par les super-héros, la nostalgie ou les biopics musicaux… Ces derniers sont revenus sur le devant de la scène (une formule appropriée) depuis les succès en salles du frelaté Bohemian Rhapsody dédié à la vie de Freddy Mercury et d’Elvis de Baz Lhurman. Et en attendant le futur portrait des Beatles, toujours en gestation, celui sur Michael Jackson débarque sur les écrans.
L’ombre de Graham King, producteur de Bohemian Rapsodhy, se dissimule derrière ce projet au budget pharaonique, tandis que la famille du chanteur défunt a beaucoup contribué à son développement. D’ailleurs, c’est le neveu de la vedette disparue qui incarne le rôle phare, un choix fort discutable qui annonce une hagiographie détestable à venir. En outre, la présence d’Antoine Fuqua aux commandes n’augure rien de bon ; la notoriété du réalisateur repose sur le très surévalué Training Day et il ne s’est jamais distingué favorablement par sa forme ou la profondeur de ses scripts.
Qui plus est, comment aborder le parcours de l’une des plus grandes gloires planétaires de l’Histoire de la musique, tout en s’attardant sur ses failles (quitte à brusquer ses proches). Au risque d’éventer un élément important de l’intrigue, le récit s’achève sur le concert londonien de 1988, permettant au cinéaste d’éviter de traiter de l’affaire Chandler et de marcher, par conséquent, sur les charbons ardents de la pensée unique. Par ailleurs, il essaie d’intégrer maladroitement tous les détails d’une carrière ici composée surtout de hauts faits.
Une autre approche ?
Or, comment évoquer ce que bon nombre de documentaires ou de fictions (des séries d’animation à celle en live-action des années quatre-vingt-dix, The Jacksons : Un rêve américain) ont déjà retracé, avec plus ou moins de précision ? Tout est question de mise en scène me direz-vous et les problèmes se profilent à l’horizon pour un Antoine Fuqua au talent limité (ou plutôt dépourvu de talent pour les bêcheurs et les éclairés).
Quand Clint Easwtood s’attelait à une tâche similaire avec Bird, biopic autour de Charlie Parker (avec un formidable Forest Whitaker), il s’affranchissait de toute programmation et laissait libre cours à son expression formelle. Le long-métrage d’Antoine Fuqua ne répond en aucun cas à ses critères et se concentre presque exclusivement sur la relation compliquée, toxique et abusive entre Michael et son père. L’emprise de ce dernier a largement influencé le caractère de son fils, affecté son enfance et sa perception de son environnement ou de son entourage.
The Jacksons : Un rêve américain rapportait ces éléments sans inventivité. Et dans le cas présent, le cinéaste n’ajoute rien de probant au procès à charge contre un sinistre personnage. Certes, il s’intéresse aux conséquences de cette éducation violente, à travers les images d’un zoo domestique ou du dessin décrivant le monde imaginaire qui lui permettrait de s’évader (qui deviendra bien plus tard, un parc d’attractions). Néanmoins, le résumé psychologique sommaire sans aspérités ni nuances gâche l’essence même de la narration.
Les uniques embellies dans ce ciel orageux surviennent quand le réalisateur s’attarde sur les sources d’inspiration de l’artiste, du mime Marceau à Gene Kelly. Sans parler d’emploi total de la litote, il suggère à demi-mot que les moments de complicité avec sa mère, devant la télévision ou un spectacle lui ont procuré ses seules occasions d’ouverture culturelles. Une idée assez pertinente, tout comme cette séquence transposant une séance d’enregistrement durant laquelle le jeune Michael trépigne en chantant, prédisant ses dispositions de danseur hors pair.
Sans relief
Bien entendu, si Antoine Fuqua avait suivi cet axe, son long-métrage se serait extirpé d’une lourdeur entropique. Hélas, on comprend très vite que l’attitude aphasique de son personnage en présence de son géniteur tyrannique affiche, sans aucune subtilité, tous les contours de son dispositif démonstratif. Le cinéaste se contente de fait d’une mécanique initiatique sans saveur. Michael Jackson atteindra une forme de maturité quand il se sera libéré des chaines d’un esclavage moderne et intime. La réplique qu’il y parviendra les yeux dans les yeux, maintes fois réitérées, confirme une démarche inappropriée, car redondante.
Or, le principe même de répétition aurait pu soutenir une plongée dans les coulisses d’un univers hors normes, quitte à se vautrer dans ce tableau complaisant. On aurait apprécié que la représentation des concerts et de leur conception se distingue par un sens du rythme, du tempo et soit imprégnée de l’énergie dégagée à l’origine par Michael Jackson. Malheureusement, l’imagination se substitue ici à des reconstitutions laides et sans aucun relief. Très ennuyeux puisque ce point épineux contraste avec la force du Bird de Clint Eastwood, ce qui explique sa réussite rarissime dans le genre.
Peu de mots sont adéquats pour qualifier Michael, sans verser dans l’opprobre gratuit. Toutefois, au-delà de la flatterie imposée par un ensemble paresseux et des décideurs appâtés par l’argent facile, se dessine l’incompétence avérée d’un metteur en scène.
Film américain d’Antoine Fuqua avec Jafaar Jackson, Colman Domingo, Nia Long. Durée 2h10. Sortie le 22 avril 2026
François Verstraete
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