Voici la réédition d’un texte de Marc Cerisuelo, auteur de Comédies américaines (Capricci, 2021), paru en 2002 aux PUF dans la collection « Perspectives critiques » et consacré à un cinéaste américain justement spécialisé dans la comédie, Preston Sturges. Homme au parcours entre deux continents, scénariste surdoué (on lui doit La vie facile et L’Aventure d’une nuit, réalisés par Mitchell Leisen, et La bonne fée de William Wyler), Sturges devient réalisateur au début de la décennie 1940, connait le succès, avant de retomber dans l’anonymat pour tenter une carrière en Europe avant de mourir d’une crise cardiaque en 1959.

Un petit prodige

Contrairement à Welles, Sturges a connu le système hollywoodien des studios en profondeur, travaillant sur différents films durant les années trente, observant Wyler, Leisen ou Walsh au travail. Il se spécialise dans la comédie au moment ou la Screwball Comedy est à son apogée, sans compter les chefs d’œuvres de Lubitsch. Sturges est bien payé, très bien même et est sous contrat à la Paramount à laquelle il propose de réaliser son premier film en étant payé… dix dollars. Gouverneur malgré lui est un succès, le voilà lancé.

Il enchaîne des chefs d’œuvres comme The Lady Eve (avec le grand Henry Fonda), brillamment dialogué, avec Barbara Stanwyck en aventurière à la recherche du milliardaire. Les voyages de Sullivan se veut un film réflexif. Joel McCrea/Sullivan est un réalisateur de comédies qui veut faire des films sérieux, sociaux même. A l’issue de son odyssée dans l’Amérique profonde, devenant sans-abri (avec Veronica Lake, quand même), il finit au bagne où il redécouvre le rire face à un dessin animé de Mickey.  Voilà un film très ambitieux, une comédie sophistiquée où les cotés sombres de l’Amérique sont bien montrés.

Les voyages de Sullivan, petit classique

Un petit tour et puis s’en va

Le tour de piste de Sturges dure toute la décennie 1940, les années de guerre mais le déclin commercial survient rapidement, après un autre chef d’œuvre, The Palm Beach Story sur l’amour et le mariage ; Claudette Colbert et Joel McCrea mais elle veut être riche et lui ne perce pas comme inventeur. Ils se quittent, elle trouve des milliardaires sur sa route, cherche à les intéresser aux projets de son ex-mari, toujours jaloux. Je vous laisse deviner la fin. Dernier chef d’ouvre avec Infidèlement vôtre, avec la sublime Linda Darnell et Rex Harrison. Harrison joue un chef d’orchestre persuadé que sa femme le trompe. Il s’imagine la tuer de trois manières différentes sur des airs de Rossini, Wagner et Tchaïkovski. A quoi est dû la progressive disparition de Sturges ? A un changement des goûts du public ? A un changement d’époque ? Au fait qu’il ne retrouva plus ni le bon environnement créatif, ni les bons acteurs une fois parti de la Paramount (c’est l’hypothèse de Cerisuelo). Reste les films.

Sylvain Bonnet

Marc Cerisuelo, Preston Sturges, Marest Bis, janvier 2026, 143 pages, 9 euros

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