Bryan, un coursier médical, est chargé d’une dernière livraison à destination de l’hôpital de Racoon City. Il ignore que cette mission va le conduire tout droit en enfer…
Cette année 2026 n’est pas uniquement placée sous le signe des superproductions super-héroïques ou animées ; les adaptations vidéoludiques ont été également mises à l’honneur, même si la qualité ne fut pas souvent au rendez-vous pour l’instant, loin de là. Ainsi, après Retour à Silent Hill, Super Mario Galaxy : le film et Mortal Kombat II et avant Street Fighter le mois prochain, voici que débarque une nouvelle transposition de la franchise de Capcom, Resident Evil. L’industrie a toujours cru dans le potentiel de cet univers fascinant, versant aussi bien dans l’hommage à Georges Romero que dans le récit d’épouvante bon marché, à la limite de la caricature.
Hélas, le rendu sur grand écran ne satisfit ni les admirateurs de la saga et encore moins les observateurs. Les épisodes navrants signés Paul W. Anderson et la tentative courageuse, mais ratée plus récente, Bienvenue à Racoon City auraient dû épuiser le crédit alloué à cette licence (les longs-métrages d’animation et la série Netflix ne convainquirent pas davantage non plus d’ailleurs). Néanmoins, par pur cynisme mercantile, les décideurs ont choisi de persévérer et de confier la tâche ardue d’accoucher d’un résultat enfin à la hauteur des enjeux, au petit chouchou de la critique spécialisée dans le cinéma de genre, Zach Cregger.
Le réalisateur s’est distingué avec deux travaux assez astucieux (bien que surévalués), Barbare et Évanouis. Il a affiché lors de ces diverses occasions, son amour pour l'horreur, respectant ses codes à la lettre, tout en s’adaptant aux thématiques contemporaines. Voilà pourquoi beaucoup estimèrent qu’il possédait les qualités suffisantes pour accomplir une prouesse herculéenne en réussissant là où tous ont échoué en s’attaquant à ce monument de la pop culture. Une épreuve qu’il relève avec le comédien Austin Abrams (avec qui il a collaboré sur Évanouis) en s’écartant complètement des attentes initiales… quitte à choquer.
Bienvenue à Racoon City
Un individu détale à toute allure dans un boulevard jonché par des carcasses de voitures encore fumantes ; une artère à l’image d’une ville en proie au chaos, no man’s land désormais habité par des créatures maléfiques, infectées par un virus inconnu. Plusieurs d’entre elles d’ailleurs se jettent du haut des immeubles, attirées par le fuyard, non conscientes qu’elles périront en s’écrasant sur le sol. Ce moment glaçant se réfère à deux scènes similaires, vues dans Matrix Resurrections et dans Peninsula. Il confirme surtout l’attachement d’un auteur à un genre.
Zach Cregger applique sa leçon, tel un bon élève, souvent caméra à l’épaule à l’appui, afin de suivre les tribulations de son protagoniste. Il l’immerge en territoire hostile et décrit des endroits familiers pour tous ceux et celles qui se sont essayés un jour au jeu vidéo socle du long-métrage. Les clins d’œil sont disséminés ça et là, mais le cinéaste refuse le fan service à outrance pour mieux proposer une expérience singulière, dérangeante et surtout imprévisible. D’une certaine manière, il déconstruit totalement le mythe à travers un personnage quasi insupportable.
Bryan n’a rien du héros traditionnel de la saga. Le réalisateur adopte un point de vue innovant et déstabilisant, celui d’un homme ordinaire, confronté au surnaturel et non formé au combat, à l’exploration ou à la survie. Il n’a pas hérité des gênes de Léon, Chris, Claire, Jill ou d’Alice chère à Paul W. Anderson. Pire encore, son personnage se pare des atours d’un idiot condescendant, qui agit avant de réfléchir et se dédouane de ses responsabilités. Cette posture, qui sera sans doute vilipendée par les défenseurs de la franchise, s’avère toutefois courageuse et injecte de la crédibilité à l’ensemble.
Pastiche et body horror
Dans le cas présent, monsieur tout le monde doit surmonter sa peur afin d’accomplir une quête impossible, presque saugrenue. Dépourvu des qualités quasi surhumaines détenues par les figures iconiques du jeu d’origine, Bryan doit se transformer en baroudeur chevronné et athlétique, habile au fusil d’assaut. Zach Cregger démontre que réussir une telle mue n’a rien d’authentique et préfère de fait le présenter en geignard incompétent, dont le vocabulaire se résume à fuck (il prononce le terme davantage de fois qu’Antonio Banderas dans Assassins).
Le réalisateur rappelle que le matériau vidéoludique recèle un vaste potentiel comique, tant on ne peut prendre au sérieux un scénario ubuesque, perclus d’incohérences et regorgeant de protagonistes tout droit sortis d’un mauvais film d’horreur. Voilà pourquoi son Resident Evil revêt des allures de pastiche et sa démarche intrigue et agace, à force d’abus. À l’instar du MCU, il désamorce la tension, non pas dramatique, mais horrifique par l’humour. On rit de la maladresse de Bryan, durant ses combats contre des adversaires qui suscitent le dégoût.
Se dévoile alors le véritable atout de ce Resident Evil, celui d’instiller des éléments de body horror dans l’entreprise. Les mutations des monstres confinent à l’immonde et les chairs s’entremêlent pour engendrer des amas répugnants. Unique solution pour Bryan pour s'en débarrasser, leur loger une balle dans la tête… ou plutôt employer l’infime once d’ingéniosité qu’il possède !
Zach Cregger déploie quant à lui tout son savoir-faire (relatif) afin de rendre une copie propre (ou sale, selon les situations). Sur bien des aspects, son bilan se révèle positif, en tout cas en ce qui concerne le domaine des adaptations vidéoludiques, sans atteindre non plus des sommets.
Film américain de Zach Cregger avec Austin Abrams, Paul Walter Hauser, Zach Cherry. Durée 1h37. Sortie le 16 septembre 2026
François Verstraete
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