Il y a des sagas qui semblent condamnées à errer dans les limbes de la série Z, marquées au fer rouge par les errances tapageuses et ringardes des années deux mille. Après les élucubrations cybernétiques et poseuses de Paul W.S. Anderson, puis le redémarrage anémié de Johannes Roberts, la franchise Resident Evil ressemblait à un cadavre putréfié qu’Hollywood s’obstinait à ranimer avec une ferveur presque nécrophile. Pourtant, à l’heure où les studios recyclent leurs pixels avec une complaisance souvent cynique, l’annonce d’une nouvelle mutation sous l’égide de Zach Cregger avait de quoi laisser la sphère cinéphile perplexe, partagée entre l’épuisement et l’appréhension.

Diffusée ce 30 avril, la première bande-annonce vient néanmoins bousculer nos certitudes. Stupeur, le spectateur sort de sa torpeur en voyant ce que l’auteur de l’étonnant Barbares a concocté. Le temps de la pyrotechnie décérébrée et la bouillie numérique semble achevé ; Cregger embrasse une radicalité visuelle qui frôle l’essai clinique. Dès les premières images, l’atmosphère s’impose, lourde, implacable, à mille lieues des vaudevilles horrifiques américaines contemporains. Le manoir Spencer, véritable monument du patrimoine vidéoludique, s’y dévoile tel un purgatoire gothique et organique. Il est filmé avec une rudesse viscérale qui réveille le traumatisme cathartique enfoui dans les entrailles du chef-d’œuvre vidéoludique originel de Shinji Mikami.

Bienvenue en enfer

Si le combat des producteurs pour imposer cette licence au cinéma s’est souvent avéré louable sur le papier, il relevait jusqu’ici d’une authentique hypocrisie artistique. Or, ces quelques minutes d’images inédites suggèrent un véritable geste de metteur en scène. Cregger s’éloigne des chimères du blockbuster formaté pour proposer un survival horror empathique, où chaque recoin d’ombre devient l’antichambre de la folie. Le bestiaire lui-même, traité hors-champ ou dans une pénombre étouffante, retrouve une aura quasi mythologique qui nous épargne le défilé du cynisme habituel.

Ainsi, cette promesse d’une angoisse à combustion lente fait naître un fol espoir, celui d’une œuvre de genre troublante, dans la lignée de l’univers de Georges Romero (sur lequel s’appuie la licence à la base). Reste à savoir si le long-métrage saura tenir cette note d’intention terrifiante sur la durée, sans sombrer dans les travers du fan-service mal digéré. En attendant, l’horreur semble avoir enfin retrouvé sa demeure.

François Verstraete

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