Il y a des franchises qui semblent condamnées à errer dans les limbes de la série B, marquées au fer rouge par les errances ringardes des années quatre-vingt dix. Pourtant, à l’heure où Hollywood recycle ses pixels avec une ferveur presque religieuse, Paramount Pictures vient de lâcher sa prétendue bombe, censée redéfinir le genre de la « baston » sur grand écran. Le premier trailer de Street Fighter est là, et force est de constater que Kitao Sakurai n’est pas venu pour compter les points.
Dès les premières secondes, on est frappé par un parti pris visuel assez austère. Loin du lissage numérique souvent reproché aux adaptations de jeux vidéo, Sakurai opte pour une esthétique brute, presque granuleuse, qui rappelle le cinéma d’action des années quatre-vingt-dix justement, l’époque dans laquelle le récit se situe. On y suit Ryu (Andrew Koji) et Ken Masters (Noah Centineo), deux frères d’armes que la vie a malmenés, recrutés par une Chun-Li (Callina Liang) mystérieuse pour participer au « World Warrior Tournament ».
Ce qui interpelle ici, c’est le travail très discutable sur la chorégraphie. Le montage ne cherche pas à masquer l’absence de savoir-faire par des coupes épileptiques. Au contraire, le trailer laisse entrevoir des plans-séquence de combats (inutiles ?) qui soulignent l’impact de chaque coup. Voir Andrew Koji enchaîner les mouvements avec une fluidité organique rassure ou effraie : l’acteur de Warrior apporte une crédibilité martiale relative à l’icône qu’est Ryu.
Une distribution éclectique
Le véritable tour de force de ce trailer réside dans son casting chorale, véritable kaléidoscope de visages iconiques. Si Centineo surprend en Ken Masters (son côté « golden boy » un brin arrogant fonctionne à merveille), c’est du côté des antagonistes que réside le peu d’intérêt. David Dastmalchian campe un M. Bison glacial, tandis que l’apparition de Roman Reigns en Akuma promet peut-être des affrontements dignes de ce nom (ou pas). Mention spéciale au Blanka de Jason Momoa, dont l’aspect oscille entre le grand guignol et l’amusant.
Paramount et Legendary semblent avoir retenu la leçon des auteurs de Mortal Kombat (donc enseignement inutile) : pour adapter Street Fighter, il faut respecter l’ADN arcade tout en ancrant le récit dans une réalité cinématographique tangible. Entre la mélancolie des décors urbains et la fureur des Hadoukens, cette bande-annonce installe une atmosphère de « drame martial » qui nous risque de nous renvoyer, paradoxalement, aux affres du passé. Verdict donc en octobre prochain.
Francois Verstraete
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