Hantée par son passé et incapable de se conformer à sa nouvelle vie, Kara alias Supergirl noie son chagrin dans l’alcool. Sur une autre planète, elle rencontre Ruthye, une adolescente avide de vengeance. Elle se joint en partie à sa quête afin de sauver son chien Krypto, empoisonné par un malfrat galactique responsable de la mort de la famille de Ruthye.
Avec l’arrivée de James Gunn aux commandes du DCU, Warner espérait enfin rivaliser pleinement avec Disney et son Marvel Studios, en confiant à un seul homme la vision de son univers cinématographique. Hélas pour la firme, le désintérêt progressif du public pour les super-héros n’aide point le réalisateur et producteur dans sa tâche ; ainsi, en dépit de retours critiques positifs, son Superman n’aura pas fait aussi bien au box-office que le Man of Steel de Zack Snyder. Son score, bien que correct (environ 620 millions de dollars engrangés en salles), ne l’autorisait pas à fanfaronner.
Néanmoins, la stratégie claire et précise de James Gunn laissa présager d’une authentique cohérence, inexistante auparavant. Le succès sera-t-il au rendez-vous par la suite ? Rien n’est moins sûr. Sorti outre-Atlantique le week-end précédent cet article, le dernier bébé en date de la franchise supervisée par James Gunn, Supergirl essuie pour le moment un sérieux revers sur le plan financier. La catastrophe se profile pour un long-métrage possédant pourtant de solides atouts sur le papier. La présence du vétéran Craig Gillespie derrière la caméra relevait du bon sens ; il appartient à cette catégorie d’artisans efficaces capables d’accoucher d’un résultat honnête.
Et il y a le choix de l’interprète principale, Milly Alcock qui interpelle. La comédienne s’est distinguée notamment dans le spin-off de la série Game of Thrones, House of the Dragon. Son apparence juvénile épouse une palette de jeu assez versatile. Par conséquent, tous les ingrédients étaient réunis pour un spectacle honorable, plus emballant et moins prétentieux que le très surévalué Superman. D’autant plus que le scénario de ce Supergirl repose sur un arc relativement récent et assez fascinant de la bande-dessinée d’orgine, Woman of Tomorrow.
De bonnes intentions…
Le comic book s’intéresse aux atermoiements de la fille de Krypton, la conduisant à une énorme introspection à l’occasion de son anniversaire. Elle s’interroge sur sa place dans le monde, alors que sa mission initiale, protéger son cousin, ne s’avère plus nécessaire. Elle vit dans l’ombre d’un demi-dieu adulé et peine à s’affirmer. Ce postulat passionnant sert donc de base au long-métrage de Craig Gillespie et les premières minutes entrelacent promesses et approche hasardeuse. La vulgarité chère à James Gunn se conjugue à une touche émotionnelle bienvenue.
Supergirl se conçoit comme un voyage initiatique tandis que le vernis intergalactique de l’entreprise injecte le souffle épique désiré. La direction artistique se cale quant à elle, sur des environnements désertiques et une ambiance de fin du monde se dégage de l’ensemble. On comprend très vite que le Mad Max de George Miller influence très fortement cette aventure et que Supergirl va se poser en Furiosa dopée par les radiations du soleil jaune. Et si une impression de déjà-vu prédomine, elle ne nuit pas forcément à la narration et à son symbolisme, certes primaire.
L’héroïne se meut dans un décor post apocalyptique depuis son enfance sur les vestiges de Krypton ; les vastes étendues qu’elle arpente lui sont familières. Greg Gillespie superpose deux périodes distinctes et les rassemble sous le signe de la désolation. Toujours meurtrie par la perte des siens, Kara vagabonde sans but précis. Millie Alcock rend d’ailleurs crédible le caractère mélancolique et autodestructeur de la protagoniste. Une performance appréciable, très loin des stéréotypes, ce contrairement à la mise en scène d’un réalisateur qui dépose les armes trop rapidement.
Exigent une bonne mise en scène
On déplore en effet une forme plombée par la paresse d’un cinéaste coincé entre une véritable ambition, un cahier des charges et l’ombre de son supérieur. L’humour gras et dénué de subtilité de James Gunn s’invite trop souvent, au point de pénaliser plusieurs séquences. Une faute de goût évidente, qui irriterait davantage s’il n’était finalement qu’un écueil mineur du long-métrage. Supergirl est perclus par les lacunes narratives grossières et l’absence flagrante de consignes à celles et ceux qui donnent la réplique à Millie Alcock.
Matthias Shoenaerts, Eve Ridley et Jason Momoa se complaisent dans une prestation non pas minimaliste, mais minimale et ne convainquent jamais. Ils ne sont pas aidés, il est vrai, par l’écriture de leurs personnages, d’une pauvreté abyssale. La relation entre Kara et Ruthye obéit à tous les poncifs du genre et l’évolution de leurs rapports se soumet aux rebondissements de rigueur, sans saveur. Et que dire de la némésis dépourvue du moindre charisme. Or, ces carences insupportables ne constituent même pas le problème central du film.
Comme beaucoup de ses confrères, Craig Gillespie cède aux sirènes de l’illustration, croyant lui aussi que la litote et la suggestion dérouteront les spectateurs. Il surexplique et surligne chaque pensée, chaque dialogue, s’enfonçant un peu plus dans la médiocrité. Les flashbacks incessants censés rappeler à la protagoniste les raisons de son combat, le sermon adressé à Ruthye surexploité ou la montre souvenir de Krypton sont autant d’éléments dispensables et d’exemples de ce qu’il ne faut pas faire.
Alors certes, Supergirl n’est point un pugilat et ne mérite sans doute pas d’être boudé dans les proportions actuelles. Néanmoins, il souligne l’échec non pas de son réalisateur, mais de l’équipe qui le chapeaute, à commencer par James Gunn. Insatisfaisant et un potentiel gâché.
L’avis de Mathis Bailleul : Le hic avec Supergirl c’est qu’il se calque sur le moins bon des Gardiens de la Galaxie (le 3) tout en étant encore plus faible et petit. Malgré quelques idées et son skin Mad Max, Gillespie ne peut s’exprimer correctement et semble forcé de singer à la lettre le style de Gunn.
Film américain de Craig Gillespie avec Milly Alcock, Matthias Shoenaerts, Eve Ridley. Durée 1h50. Sortie le 1er juillet 2026
François Verstraete
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