États-Unis, futur proche. Une pandémie a décimé la majeure partie de la population mondiale. Hig et Bangley, deux des survivants, s’organisent au quotidien afin de repousser les assauts des pillards. Quand Hig perd son chien lors d’une attaque, il décide de partir à la recherche du dernier endroit civilisé du pays…

Réveillé par les grognements de son chien, un individu saisit son arme et alerte son coéquipier… qui ne réagit pas. Très vite, il doit affronter plusieurs adversaires, résolus à l’éliminer afin de s’emparer du peu de biens qu’il possède. La bataille est violente et rapide. Et l’animal qu’il chérit tant périt sous les coups d’une brute. Cette scène pivot, aurait pu ou plutôt aurait dû démontrer le savoir-faire de celui qui fut un temps l’un des grands artisans d’Hollywood. Hélas, elle témoigne de l’impuissance chronique d’un auteur, devenu l’ombre de lui-même. En effet, ces quelques minutes n’émeuvent pas, ne révoltent pas, elles plongent plutôt le public dans une léthargie profonde. La forme insipide qui anime cette séquence atteste un constat navrant.

Qu’est-il arrivé au réalisateur de Blade Runner et d’Alien, le huitième passager ? Si Ridley Scott s’est attiré les faveurs du box-office film après film, après l’échec de Blade Runner, il a, en revanche, perdu peu à peu de sa superbe et a cédé aux sirènes racoleuses de la démonstration facile et du spectacle bon marché. Après tout, cette démarche lui a permis d’être sacré aux Oscars pour Gladiator… néanmoins, à force de se vautrer dans la suffisance, il a fini par récolter les fruits amers d’une politique à court terme, à savoir les quolibets.

Une belle brochette de vainqueurs…

Ainsi, les diatribes se sont substituées aux éloges d’hier pour Gladiator II. Un revers cuisant pour le cinéaste, qui attise de plus en plus les critiques. Il doit donc s’assurer des bonnes grâces d’une industrie volatile. Voilà pourquoi, sur le papier, The Dog Stars arrivait à point nommé. Reposant sur le roman plébiscité de Peter Heller sorti en 2012, La Constellation du chien, le long-métrage bénéficiait d’un socle solide pour son développement… une base dont Ridley Scott ne parvient pas à extraire la substantifique moelle, loin de là !

Prophétique ?

Le réalisateur ne renoue jamais ici avec la formule qui lui permit de transposer brillamment à l’écran l’ouvrage de Philip K. Dick, Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques avec Blade Runner. Ridley Scott pliait le matériau d’origine à sa propre vision et accouchait d’un résultat saisissant. Et on espérait qu’il ferait de même avec le récit de Peter Heller, en délivrant un regard prophétique sur notre société comme il le fit il y a plus de quarante ans. Le futur présenté dans Blade Runner, crédible à l’époque sur bien des points, s’est concrétisé en partie.

Pas si romantique

Or, La Constellation du chien prédisait la tragédie qui aurait lieu huit ans plus tard, avec la propagation du Covid-19. Si le virus n’a pas causé autant de victimes que dans le livre de Peter Heller, il aura tout de même engendré bon nombre de conséquences sanitaires et économiques, fragilisant les liens au sein même des communautés. Ridley Scott aurait donc pu puiser dans une authentique catastrophe pour nourrir celle qui hante The Dog Stars, tout en se soumettant aux exigences subtiles de la nuance et de la suggestion ; un exercice intellectuel qu’il avait superbement accompli dans Blade Runner.

Bien entendu, il n’applique plus cette rigueur depuis fort longtemps et se contente du minimum, se complaisant dans la vacuité. L’ouverture dans un environnement post apocalyptique, déserté de toute présence humaine, renvoie directement à celle de Je suis une légende. Si l’adaptation de la fable de Richard Matheson ne convainquait pas totalement, elle se distinguait tout de même par son exposition dantesque, dans un décor urbain au sein duquel la nature avait repris ses droits. Une séquence marquée par un brin de poésie bienvenue ! Ridley Scott reproduit maladroitement les images de Francis Lawrence sans ajouter une quelconque touche personnelle, si ce n’est de la paresse.

Jasper, le chien, seul personnage sympathique

Caricatural

Nulle audace ne se dégage d’un ensemble terne, ressassant des thématiques et usées jusqu’à la corde. La galerie de protagonistes répond à toutes les caractéristiques caricaturales et soutient une métaphore pataude et convenue. Les rares survivants se déchirent tandis que leurs profils se dessinent ; les complotistes qui attendaient leur heure, les groupes évangélistes, les néo-fascistes rassemblées en hordes sauvages et les adeptes de l’appropriation culturelle (les pseudos indiens). Ridley Scott portraiture une Amérique malade sans la moindre finesse et souligne ostensiblement la peur de l’autre.

Il embarque ainsi le spectateur dans une quête impossible, conscient des limites de son entreprise, à l’instar de son protagoniste. Il s’engouffre sur un chemin cahoteux, bercé par les illusions et ne reprend les rênes de la caméra à aucun moment. Il s’éparpille vainement et on est vite lassé par son histoire labyrinthique, complexifiée plus que de raison, faux western, mauvaise épopée et pamphlet grotesque. Et ce ne sont pas des interprètes en roue libre, à commencer par Josh Brolin et Guy Pearce, qui sauvent l’homme aux manettes du naufrage total.

Le couple et l’avion

 

Rien ne va plus

Ridley Scott n’instille jamais une unité globale à sa narration et s’égare en conjectures, sous intrigues et allers et retours. La traversée des espaces aériens n’est propice qu’aux atermoiements futiles d’Hig, qui pleure sur son sort et entame une odyssée autodestructrice. L’investigation psychologique s’embourbe dans le pathos, appuyée par des flashbacks réducteurs, noyant l’admirateur du réalisateur de la première heure dans une diarrhée mièvre. La véritable facette intéressante, celle du mimétisme n’est jamais exploitée.

Chaque personnage se reflète dans un double, Hig dans Cima, Bangley dans Pops : Ridley Scott n’extirpe pas le substrat fascinant de cette approche, la maintenant dans un état larvaire. Il préfère démultiplier les pistes, quitte à friser le ridicule pendant le passage de l’aéroport. Et quand la fin se profile, on peine à recenser les qualités… puisqu’elles n’existent pas !

 Avec The Dog Stars, Ridley Scott s’enlise dans la médiocrité et se prépare sans doute à recevoir un sévère contrecoup à sa carrière. L’ère bénie de Blade Runner remonte au siècle dernier et cela transpire cruellement dans ses travaux récents !

Film américain de Ridley Scott avec Jacob Elordi, Margaret Qualley, Josh Brolin. Durée 1h59. Sortie le 26 août 2026

L’avis de Mathis Bailleul : Si le programme de The Dog Stars est attendu pour une proposition du genre (si bien qu’il ne perd guère de temps en explication/prétexte, merci), reste un divertissement efficace aux petits plus qui l’empêchera d’entièrement sombrer dans l’oubli : son quatuor, son climax, l’avion.

François Verstraete

Share this content: