Un homme déterminé à retrouver sa fille enlevée par la pègre, arpente les lieux mal famés d’une mégalopole asiatique. Il s’allie avec l’époux d’une journaliste disparue, qui enquêtait sur un trafic d’enfants…
Tandis qu’un camion fonce dans les rues insalubres d’une ville du sud-est asiatique, un individu se lance à la poursuite du véhicule à pied, après avoir affronté les occupants. Ces derniers détiennent sa fille et il est bien résolu à l’arracher de leurs griffes. Son entreprise impossible puise dans cette folle énergie du désespoir et elle sera brisée quand une voiture le percute et le renverse. Un choc à l’écran. Ce morceau de bravoure ridicule sur le papier, au rendu pourtant spectaculaire souligne, une fois de plus, le savoir-faire d’une école singulière dans le domaine du cinéma de genre.
L’industrie hongkongaise n’a plus rien à prouver sur sa capacité à sublimer les échauffourées à mains nues dantesques ou les fusillades orchestrées avec la précision d’un horloger suisse. Si Tsui Hark, John Woo ou encore Ringo Lam ont perdu de leur superbe, leurs héritiers perpétuent leur art, avec une certaine habileté. Le japonais Kenji Tanigaki revendique avec fierté cette filiation, lui qui a surtout œuvré jusqu’à présent en responsable des scènes d’action sur plusieurs projets, notamment sur l’acclamé City of Darkness.
Il a également réalisé un premier long-métrage en 2020, Enter the Dragon, jamais distribué dans nos contrées. Fort heureusement, The Furious débarque à point nommé pour attester d’une maîtrise peu commune des effets martiaux. En outre, si le développement d’un postulat psychologique n’est pas le point fort de Kenji Tanigaki, la présentation de l’environnement, digne des travaux de Ringo Lam, témoigne d’un soin tout particulier.
Postulat simple…
Il est intéressant de constater que le cinéma asiatique s’attarde très peu sur la croissance économique continentale ou son urbanisation imprégnée par la technologie de pointe. La plupart des réalisateurs se concentrent plutôt sur les quartiers peu fréquentables, les inégalités sociales et dans le cas des polars ou films de genre, sur l’omnipotence de la pègre locale. Avec The Furious, Kenji Tanigaki s’engouffre dans la voie ouverte par ses aînés en s’appuyant sur les rapts d’enfants courants pour étoffer son intrigue, il est vrai fort mince.
Il compense ce manque d’épaisseur par sa direction artistique judicieuse. En ancrant le récit dans une ville inconnue, qui pourrait se situer à Hong-kong, en Indonésie ou en Thaïlande, le cinéaste souligne que la sphère interlope sévit partout et que ce sont souvent les pauvres qui subissent de plein fouet son joug inique. Le spectateur plonge avec les protagonistes dans des lieux ou des rues insalubres, sur lesquels planent les ombres des gangsters. Les innocents, à commencer par les enfants, sont à leur merci et paient le prix fort pour survivre, à l’image de ce jeune garçon, prêt à vendre les siens pour quelques friandises.
L’exposition, dans les couloirs d’un bâtiment désaffecté, annonce la couleur. Une journaliste essaie vainement d’extirper une victime des griffes de ses geôliers, distribuant les coups au passage. Son opiniâtreté, qu’elle partage avec les autres personnages, n’est pas récompensée… mais qu’importe. À défaut d’être caractérisés avec soin, les belligérants, héros y compris, vont alors s’exprimer par leurs prouesses martiales, sublimées comme rarement par un auteur en état de grâce.
Pour combats endiablés !
Ce qui frappe d’emblée dans The Furious, c’est bel et bien le traitement de la violence. Pendant les quarante premières minutes, les attaques portées, en dépit de leur férocité, voient leur impact suggéré hors champ. Certes on devine le résultat, mais Kenji Tanigaki ne verse pas encore dans les effusions d’hémoglobine. En effet, il préfère accentuer la brutalité des affrontements tandis que la tension monte d’un cran. Les arabesques spectaculaires se couplent alors aux gerbes de sang, à la cruauté des exécutions et à la tragédie en cours. Personne n’est épargné et les cadavres s’amoncellent.
La chorégraphie des rixes se complexifie au fil des minutes et on est ébloui par l’inventivité déployée durant des séquences homériques. Surtout, Kenji Tanigaki plie l’espace à sa volonté, le construisant et le déconstruisant, comme l’aurait fait King Hu pendant les années soixante. Certes, il s’y essayait déjà dans City of Darkness, quand il se chargeait d’organiser les combats : toutefois, un manque d’authenticité se dégageait alors, tandis que dans The Furious, tout concourt à immerger les protagonistes dans des décors étroits ou au contraire immenses, conçus spécialement pour accroître les sensations de vertige occasionnées.
Les scènes mémorables s’accumulent et impriment la rétine tant la folie et la démesure s’emparent de ces moments singuliers. Un père et sa fille traversent à moto un couloir où grouillent une horde d’ennemis. Deux gangsters qui n’ont plus rien à perdre prennent d’assaut un commissariat, l’un armé d’un arc et de flèches, reléguant l’attaque du Terminator aux oubliettes. Quant à l’ultime joute, elle se démarque par son audace visuelle et sa lisibilité exemplaire, ce en dépit du chaos général provoqué par une battle royale en règle.
Plus qu’un gigantesque défouloir dans lequel tout ou presque est permis, The Furious confirme surtout le talent d’un technicien, plus attentif aux cascades et aux castagnes qu’à son scénario. Peu importe puisqu’il accouche sans doute, de la meilleure réussite en la matière depuis The Raid 2 !
Film hongkongais de Kenji Tanigaki avec Xie Miao, Joe Taslim, Durée 1h53. Sortie le 10 juin 2026
François Verstraete
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