Après la chute de l’Empire galactique, plusieurs seigneurs de guerre issus de l’ancien régime, tentent de s’emparer du pouvoir. La Nouvelle République engage un chasseur de primes mandalorien et son jeune acolyte Grogu pour les traquer.
S’il y a bien une franchise avec le MCU, dont la notoriété s’est délitée ces dernières années, c’est bel et bien Star Wars. Certes, à l’instar de la licence super-héroïque, la baisse de qualité a nui à sa réputation, de même que la démultiplication des titres liés à la saga. Néanmoins, les admirateurs et les critiques, toujours prêts à s’engouffrer dans le sens de la marche, brûlent souvent ce qu’ils ont encensé jadis. Et c’est encore le cas, car tout n’était pas à jeter dans les productions récentes estampillées LucasFilms. Hélas, Stars Wars VIII : Les Derniers Jedis ont subi les foudres injustifiées du public et depuis la descente aux enfers pour les adeptes de la force n’en finit plus.
Parmi les rares éclaircies au sein d’un tableau ombragé, la série The Mandalorian, créée par Jon Favreau (l’homme derrière les deux premiers Iron Man) s’est attiré les bonnes grâces des observateurs et des fans. La présence du fameux bébé Yoda ou Grogu a également permis au studio de diffuser en masse un florilège de jouets dérivés, tandis que le concept même de Jon Favreau, reposant sur le manga Lone Wolf and Cub (adapté au cinéma par Kenji Misumi sous le nom de Baby Cart), sans innover, avait le mérite de proposer un divertissement efficace. En outre, en se concentrant sur la race extraterrestre mandalorienne, il nourrissait les fantasmes les plus fous des connaisseurs.
Malheureusement, tout ne se termine pas toujours bien dans les galaxies lointaines. Les revirements récents de la production mèneront sous peu à une relance complète de l’univers, quitte à éradiquer les travaux de la décennie passée. The Mandalorian ne fera sans doute pas exception et le film programmé depuis longtemps, The Mandalorian and Grogu devrait donc lui offrir un semblant de conclusion. Une conclusion à la hauteur ?
Pour une poignée de dollars
Il est évident que ce projet suscitait une crainte légitime, à savoir limiter ses enjeux et sa narration aux besoins d’un simple épisode de la série et ne pas correspondre aux attentes d’un long-métrage. Or, sur de nombreux aspects, cette appréhension se confirme et l’ensemble, dans sa cohésion et sa nature, s’en ressent durant deux-dix raccordées de manière artificielle. Il est nécessaire de rappeler qu’à l’origine, The Mandalorian s’articule autour de trois axes minimalistes : le rapport entre le protagoniste et Grogu, le respect du code mandalorien et l’exécution de contrats.
Si le format de la série permet d’approfondir des notions aussi élémentaires, celui d’un film contraint le cinéaste à condenser le tout, quitte à sacrifier les points les plus intéressants. Ici, Jon Favreau se débat comme un beau diable afin d’atténuer une impression de patchwork vidé de sa substance, sans liant, autre qu’une succession de séquences homériques et une segmentation du récit convenue. Toutefois, il évite le piège du fil décousu, bien que le recours au sempiternel fan service gâche les efforts consentis.
Il est vrai qu’il s’avère nécessaire dans le cas présent puisqu’il conforte les spectateurs dans leurs acquis et qu’il répond à des besoins d’homogénéité. Ainsi, la présence d’un personnage de la série d’animation Star Wars Rebels (remarquable d’ailleurs) ou celle d’un membre d’une famille bien connue (non ce n’est pas un Skywalker) relève d’une logique imparable. En revanche, recycler des moments mythiques de la licence (la scène de la fosse), sans en régénérer les fondements déçoit voire agace.
Sans fioritures
Pointer ces écueils inévitables ne précipite pas totalement le film dans les abysses. En effet, ils épousent en quelque sorte une entreprise vouée à l’échec au départ et une volonté louable de renouer avec une naïveté touchante, celle qui infusait le charme à la trilogie initiale. En se perdant en conjectures politiques et vaine bataille avec Disney, les analystes ont oublié (ou négligé) ce qui avait motivé George Lucas avec Un Nouvel Espoir. Présenter des fiers à bras de l’espace et rompre avec la science-fiction nihiliste des années soixante-dix qui avait cloisonner le genre dans une seule direction.
Or The Mandolorian and Grogu se pare de cette authenticité juvénile, revitalisante, qui sauve quelque part les maladresses de la mise en scène très fonctionnelle de Jon Favreau. En revenant à un manichéisme convenu, le réalisateur se risque à enterrer la crédibilité de cet univers… qui s’est construit sur un amalgame entre les écrits de Joseph Campbell, Le Château de l’araignée d’Akira Kurosawa et Flash Gordon. Le fruit non pas d’une imagination hors norme, mais d’inspirations judicieuses.
Voilà pourquoi tirer sur l’ambulance s’apparente à quelque malhonnêteté intellectuelle, puisque le film doit ses défauts au matériau mère. Et si peu de scènes resteront gravées dans les mémoires, elles n’ont point à rougir quant à leur élaboration assez soignée. L’introduction musclée ou les affrontements dans l’arène sont orchestrés et chorégraphiés avec limpidité et précision par exemple. Et en termes de spectacle, le long-métrage ne démérite pas face à des concurrents dont on a surévalué les qualités à tort ou à raison…
The Mandalorian and Grogu ne révolutionnera pas la science-fiction à l’écran et n’apportera qu’une petite pierre à un vaste édifice. Pourtant, il partage sur la forme, bien des similarités avec l’esprit désiré par George Lucas. Aller droit au but sans fioritures ; donnez-moi des plans, pas des scènes !
Film américain de Jon Favreau avec Pedro Pascal, Sigourney Weaver, Jeremy Allen White. Durée 2h12. Sortie le 20 mai 2026
L’avis de Mathis Bailleul : Par moments, la magie opère dans Star Wars : The Mandalorian And Grogu, grâce à ses musiques et quelques idées. Mais du reste, c’est pulp dans le mauvais sens et trop enfantin. Puis la recette Marvel est là : finitions douteuses, aucune ambition et cet humour qui annihile les enjeux.
François Verstraete
Share this content: