Après une croisade de longue haleine, Frank Castle alias The Punisher, a enfin abattu les derniers responsables du massacre de sa famille. Hanté par ses démons, il souhaite mettre fin à ses jours. L’irruption d’un ultime ennemi va le remettre néanmoins en selle et le carnage recommence…
Personnage iconique de l’écurie Marvel, Frank Castle plus connu sous son alter ego The Punisher a été le sujet de débats et de controverses durant des années. Si son portrait psychologique fascinait, en raison d’un itinéraire tragique, ses actions pour le moins critiquables s’apparentaient à celles de Charles Bronson dans Un justicier dans la ville. L’antihéros ne valait pas mieux que ses adversaires et ses méthodes expéditives choquaient. Et il aura fallu attendre les travaux du scénariste Garth Ennis, pour qu’il vive enfin des aventures dignes de ce nom.
La série Netflix aura quant à elle changé son image auprès d’un large public, peu familier avec celle des comics-book d’origine. En se concentrant essentiellement sur ses plaies béantes, elle humanisa davantage ses actions pour le moins répréhensibles. Toutefois, la qualité de l’écriture de l’ensemble et la prestation impeccable de Jon Bernthal dans le rôle phare conféraient au titre une aura indéniable, si bien que beaucoup réclamèrent le retour de l’ancien marine, quand Disney plus se réappropria les droits.
Réintroduit dans la première saison de Daredevil Born Again, The Punisher reprend donc son envol en solitaire, à l’occasion du moyen-métrage One Last Kill (qui se déroule sans doute avant les événements de Daredevil Born Again). La plateforme a déjà employé ce type de format avec plus ou moins de succès pour Les Gardiens de la Galaxie : Joyeuses Fêtes (médiocre) et pour le très satisfaisant Werewolf By Night. Et dans le cas présent, on constate rapidement les limites d’un tel format.
Trop court !
La durée hors générique, effective de quarante-deux minutes, nuit au bon développement du récit et on peine à s’attacher aux quelques figures secondaires qui le peuplent. La narration par conséquent très resserrée ne se dilate qu’au profit de séquences pendant lesquelles Frank hésite, assailli par les spectres du passé. Si l’approche s’avère louable, elle porte les stigmates d’une forme approximative, entachée à la fois par les affres de l’illustration et du fan service. En effet, One Last Kill s’inscrit en prolongement de l’entreprise de Netflix et la méconnaître nuit grandement à la compréhension des enjeux.
Fort heureusement, Jon Bernthal délivre encore une fois une performance tout à fait honorable et certains passages glacent le sang. Les moments durant lesquels, il se scarifie, impressionnent autant qu’ils écœurent. On devine que ces séances d’automutilation n’existent que pour soutenir une réflexion certes sans nuances, mais nécessaire à une introspection globale. Après avoir décimé ses ennemis, Frank Castle a-t-il encore une raison d’être, voire de vivre.
L’objectif de One Last Kill se dessine alors, très hypocrite sur le fond. Plus qu’un moyen-métrage, il annonce sans surprise, la relance de la saga, à condition que le public adhère et le visionne en masse. Le plan où on voit le protagoniste recouvert de flammes, prêt à en découdre et résolu à balayer ses adversaires s’accouple au mythe du phénix. The Punisher renaît de ses cendres pour le pire et pour le meilleur !
Renaissance
Le prétexte simpliste et explicite (trop même), mais efficace entraîne Frank Castle dans une guerre sans fin contre le mal, puisqu’il en incarne quelque part l’alpha et l’oméga, celui par qui la violence la plus viscérale se diffuse. Enfermé dans un cercle vicieux et vicié, le protagoniste, dénué de super-pouvoirs (il est d’ailleurs l’un des rares héros chez Marvel à ne posséder ni don ni gadgets sophistiqués) poursuit sa route à coups de couteau, de poing et de flingue. Le sang coule à flots alors et One Last Kill renoue aussi bien avec la série Netflix qu’avec l’esprit de la bande-dessinée.
Le réalisateur, sans verser dans le génie, affiche une maîtrise relative de l’espace, que ce soit en filmant les affrontements dans un appartement, dans les couloirs d’un immeuble ou dans les rues d’une ville en proie au chaos. Par instants, One Last Kill puise dans les racines visuelles de The Raid, pour mieux souligner le caractère impitoyable des combats, dans lequel un seul survivra à l’arrivée. Or, en ne négligeant jamais la présence de victimes collatérales, Reinaldo Marcus Green instille un degré de crédibilité bienvenue.
Bien que limité par le talent, sa représentation d’un quartier plongé dans l’anarchie suite à la chute de la pègre convainc. Et puis il y a cette scène, a priori anodine, qui se distingue. Dans une petite échoppe, le propriétaire tente d’appaiser un client en pleine crise hystérique. Frank décide de ne pas s’en mêler et l’orage se dissipe. Quelques minutes de folie, atténuées non pas par l’intervention du justicier, mais par l’attitude d’un homme ordinaire, déterminé à conserver son calme jusque coûte… avant la tempête !
Trop concentré de par sa nature, One Last Kill tient autant du procédé racoleur que d’une véritable réussite. Ainsi, cet intermède brille autant qu’il déçoit ; bien qu’il se conforme aux motivations profondes du studio, il n’en oublie pas son essence… et séduit de fait.
Moyen-métrage américain de Reinaldo Marcus Green avec Jon Bernthal, Jason R. Moore, Roe Rancell. Durée 50 minutes. Disponible sur Disney plus
François Verstraete
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