L’arrivée imminente de GTA6 dans les rayons occulte, hélas, des sorties de qualité. L’ombre de ce mastodonte est d’autant plus néfaste pour certains jeux déjà peu visibles, car réservés à une niche particulière. Généralement, les productions japonaises pâtissent de cette actualité, à l’exception des écuries telles que Capcom ou Square Enix. Voilà pourquoi, il n’est pas étonnant que le remake du studio Falcom, Trails in the Sky 2nd Chapter soit passé complètement (ou presque inaperçu). L’an dernier, le premier volet, en dépit de critiques dithyrambiques, avait été écarté aux nominations pour les prix annuels, éclipsé par Expédition 33 et relégué à la catégorie des titres estimés trop obscurs pour un large public. Regrettable !
Pourtant, la saga de Falcom a acquis ses lettres de noblesse depuis plus de vingt ans au Pays du Soleil levant et en Occident, les amateurs et spécialistes de jrpg (jeu de rôle japonais) considèrent Trails in the Sky 1st et 2nd Chapter comme des références incontournables du genre, dans la lignée de Final Fantasy, Persona ou Dragon Quest. Par conséquent, il serait bon de se pencher davantage sur les aventures de Joshua et d’Estelle, afin de comprendre l’engouement autour d’une franchise et d’un univers fascinant sur plus d’un point !
Pour les néophytes
Pour les non-familiers des séries vidéoludiques développées par Falcom (et ils sont nombreux), il est important de résumer quelque peu les propositions de la société nippone. Elle a accouché de deux licences phares, à savoir Ys (comparé à tort ou à raison à Zelda) et Legend of Heroes, qui se décline elle-même en diverses ramifications telles que celle des Trails… incluant la trilogie Trails in the Sky. Cette saga gargantuesque comprend, à l’heure où j’écris ces lignes, pas moins de douze épisodes : Trails in the Sky st, 2nd et Third Chapter, Trails from Zero, Trails from Azure, Trails from Cold Steel 1,2,3 et 4, Trails into Reveries et enfin Trails Through Debreak 1 et 2.
Pour ceux et celles qui n’ont pas encore décroché après cet exposé, ils doivent savoir que les différents opus des Trails se situent dans un monde unique en grande partie inexploré et plus précisément sur un continent spécifique, celui de Zémuria. Plusieurs nations entretiennent des rapports conflictuels ; parmi elles, on retrouve le royaume de Liberl, la cité-État de Crossbell, l’empire d’Erebonia et la République de Calvard. Historiquement parlant, ils héritent d’une technologie basée sur des orbes qui puisent leur énergie dans des minerais de septium. On peut ainsi croiser aussi bien des chars, des voitures et des mechas (robots géants) que des pratiquants de « magie » reposant sur les fameux orbes.
En termes de mythologie, la déesse Aidios avait confié sept artefacts surpuissants à l’Humanité. Or, en dévoyant leur utilisation, cette dernière a causé la perte d’une civilisation très avancée et il lui fallut plus d’un millénaire pour se reconstruire. Désormais, les dirigeants s’appuient sur plusieurs institutions afin de maintenir la paix. On retrouve la police bien entendu, l’armée, mais aussi les égides, un corps de d’investigateurs et de chasseurs de primes, dévolu aux besoins de la population. Enfin, il existe également le mystérieux ordre des caliciens, des templiers qui ont juré de protéger les secrets liés aux artefacts et de défendre la société contre Ouroboros, une organisation maléfique cryptique.
Retour à Liberl
Le récit de la trilogie Trails in the Sky se situe essentiellement dans le royaume de Liberl, dirigé par une souveraine juste et bienveillante, résolue à rétablir des relations harmonieuses avec les autres nations. Dans les deux premiers volets, on suit les tribulations d’Estelle et de Joshua, des égides juniors qui vont être confrontés à une vaste machination durant leur apprentissage. Estelle est la fille de Cassius, surnommé le Saint à l’épée, un héros qui a triomphé d’Erebonia à l’occasion de la guerre précédente et qui s’est retiré de l’armée après la mort de son épouse, lors d’un bombardement. Reconverti en égide, il forme les jeunes recrues et naturellement, Estelle a emprunté sa voie.
Joshua, quant à lui, a été recueilli par Cassius alors qu’il n’était qu’un enfant. On ignore au départ les circonstances de leur rencontre, mais on devine qu’une tragédie en est sans doute à l’origine. Trails in the Sky 1 st Chapter se distinguait déjà, à l’époque de sa sortie, avant son remake donc, par son intrigue très bien élaborée, centrée autour des sentiments naissants entre Estelle et Joshua. Leur parcours parsemé d’embûches, leur permettait de nouer des amitiés fortes avec toute sorte de personnages au caractère bien trempé : princesse, étudiants, autres égides, politiciens, militaires ou encore un professeur génial et sa petite fille.
Contrairement aux tendances en vigueur, Trails in the Sky 1 st et 2nd Chapter réfute toute amertume, en se plaçant sous la lumière presque incrédule de son héroïne Estelle. Les auteurs désirent conserver une foi indéfectible dans une communauté, ce qui est rarissime aujourd’hui. Et si les ténèbres affleuraient durant la conclusion de 1st Chapter, d’une noirceur absolue, elles sont vite dissipées dès l’entame d’un deuxième épisode, tout aussi époustouflant que le premier.
Indissociable
D’ailleurs, il est impossible de dissocier Trails in the Sky 1 st Chapter et 2nd Chapter, puisqu’ils forment un ensemble uni (et à la base, les développeurs souhaitaient qu’ils ne constituent qu’un seul et même jeu). Voilà pourquoi il est inutile, voire improductif, de se lancer dans 2nd Chapter sans avoir terminé 1st Chapter. Une telle entreprise gâcherait l’expérience et le joueur serait totalement perdu, en raison des renvois multiples à l’épisode précédent. 2nd Chapter se déroule quelques heures après la fin de 1st Chapter, ouvrant un gigantesque chantier auquel Estelle et ses compagnons vont devoir s’atteler.
Sur bien des points, 1st Chapter fait office d’introduction, sublime entrée d’un repas gastronomique copieux. Puis, les choses sérieuses commencent ! Sans divulguer trop d’éléments de 1st Chapter pour celles et ceux qui ne connaissent pas les rebondissements prépondérants à 2nd Chapter, il faut savoir que désormais, la quête initiatique se mute en course-poursuite incessante et en lutte contre un ennemi décidé à tout détruire, à commencer par les fondations d’un royaume aspirant à la tranquillité et à la stabilité.
La narration, bien que soucieuse de se soumettre aux différentes péripéties vécues par les protagonistes, alterne pics de tension et moments d’introspection. Elle s’intéresse, de fait, à l’évolution et au passé des uns et des autres, y compris celui d’adversaires retors. Certes, beaucoup reprocheront aux créateurs de forcer le joueur à retourner encore une fois dans les villes et villages visités déjà dans le volet antérieur. Néanmoins, si on tient compte de ce diptyque comme d’un tout, on pardonnera volontiers cet écueil et louera une authentique cohérence.
Le souffle épique
Le système de jeu s’articule autour de plusieurs axes malicieux, présents dans 1st Chapter et encore affinés ici. La progression des personnages est bien conçue et leur niveau avoisine le 100 à la fin de l’aventure. Ils ont à leur disposition à la fois de techniques spécifiques, qui exigent des points d’action (ou PT) et des magies dépendantes d’orbements (les orbes tout simplement), qui s’appuient sur un arbre de combinaisons ingénieux. Outre les soins ou les capacités d’attaque, il faut mettre en exergue la Tech S, un pouvoir dévastateur consommant l’intégralité de la jauge de PT et dont l’effet inflige des dégâts colossaux ou régénère totalement l’équipe. Surtout, elle est prioritaire en termes d’initiative, lors des combats.
La mécanique d’affrontement combine phases dynamiques (comme un action rpg) et tour par tour. Quand on la maitrise, on peut étourdir ses opposants et déclencher un assaut de groupe en transitant au mode tour par tour. Les personnages agissent selon leur score de vitesse, les plus rapides pouvant enchaîner plusieurs actions. La tactique la plus ardue est d’optimiser les pouvoirs retardant l’ennemi et être capable d’accumuler les PT afin de lancer une Tech S, volant par conséquent la priorité. Cela instille un peu de pression supplémentaire, surtout lorsque les némésis rejoignent le théâtre des opérations.
La difficulté monte d’un cran et le souffle épique transpire quand les coups ou les boules de feu pleuvent. Les enjeux d’envergure sont dévoilés et on est abasourdi par leur ampleur. Toutefois, Trails in the Sky 2nd Chapter ne néglige jamais cette facette intimiste qui lui confère tout son charme. C’est avant tout l’histoire d’une fille et d’un garçon, aussi vieille que le continent de Zemuria
Et cet entrelacs subtil entre sincérité et sophistication accouche sans doute d’un des plus grands chefs-d’œuvre du jrpg. S’il n’est point autant réputé que Final Fantasy 7 ou Persona 5, Trails in the Sky 2nd Chapter se doit d’être (re)découvert d’urgence avec ce remake remarquable !
François Verstraete
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