Il existe des franchises qui semblent condamnées à ressurgir inlassablement, repêchées par une industrie hollywoodienne naviguant souvent entre choix consensuels et quête désespérée de rentabilité. À l’heure où les studios recyclent leurs succès du passé, Universal Pictures et DreamWorks Animation ont dévoilé, une première bande-annonce pour Shrek 5. Plus de quinze ans après le quatrième volet, le monstre vert s’extirpe de son marécage, surfant de toute évidence sur la corde sensible d’un public attiré par la nostalgie de ce récit balisé.
L’échantillon d’une minute et vingt-deux secondes joue cartes sur table et repose sur cette folle énergie qui parcourait l’œuvre à ses débuts. La vidéo s’ouvre sur l’apparition d’un traditionnel grimoire, rappelant qu’un ogre exaspéré et un âne délirant s’embarquent pour une nouvelle épopée urbaine vers la cité de Fort Fort Lointain. Le ton irrévérencieux, véritable marque de fabrique de la saga, inonde instantanément l’écran. L’âne s’égosille, réclamant un ravalement de façade complet afin d’épouser son nouveau statut, pendant que son compagnon d’infortune lève les yeux au ciel. L’humour, qui a jadis érigé le conte au rang de monument populaire, s’immisce à nouveau pour flatter l’auditoire. L’entreprise va jusqu’à égratigner la concurrence aux grandes oreilles par l’intermédiaire d’un bonhomme de neige désireux de trouver l’amour — une parodie frontale d’Olaf, le comparse de La Reine des Neiges.
Au fil de ces séquences rocambolesques, le spectateur assiste également à l’incarcération de ce tandem emblématique, scène carcérale ponctuée par une reprise mélodramatique et inattendue du titre Baby Come Back. L’ensemble s’accompagne d’une avalanche de gags visuels caractéristiques, convoquant des protagonistes en pain d’épices à la plastique lourdement remodelée ou encore des métamorphoses capillaires hasardeuses pour le héros éponyme.
Du côté de la distribution vocale, la domination du casting original se maintient. Le trio historique composé de Mike Myers, Eddie Murphy et Cameron Diaz répond présent pour ranimer cette dynamique éprouvée. Afin de gonfler l’attrait de cette production auprès d’une génération plus jeune, le nom de Zendaya s’ajoute à cette liste prestigieuse de vedettes.
Annoncé pour une sortie en salles en juin 2027, ce cinquième opus suscite logiquement l’interrogation. S’agit-il d’un recyclage cynique destiné à pallier le manque de créativité ambiant et les failles d’un système hollywoodien pantelant, ou d’une résurrection justifiée, nimbée d’une sincérité confondante pour ces figures cultes de l’animation ? Les a priori et les diktats actuels imposeraient de formuler la plus grande prudence. Le public, seul juge face à cette mécanique procédurale, tranchera.
François Verstraete
Share this content: