Étoile montante d’Hollywood, Matt Hagen est violemment défiguré par un caïd de la pègre pour des questions de rivalité amoureuse. Brisé et ruiné, l’acteur suit un traitement expérimental qui le dote d’étranges pouvoirs. Il va les mettre à profit afin d’accomplir sa vengeance. Clayface est né.
Pour les préparatifs d’un tournage, une maquilleuse exerce ses talents sur un comédien en vogue. Elle s’applique, lui malaxe la peau du visage au point de l’étirer. Le réalisateur s’attarde sur cette scène durant l’exposition et annonce d’emblée la couleur de ses intentions… et la démarche illustrative qui en découle. En effet, par la suite, son protagoniste mutera et son épiderme deviendra malléable à souhait, sans l’intervention d’une aide extérieure. De fait, en quelques minutes, les réserves sont émises en dépit des immenses ambitions affichées !
Depuis qu’il a repris les rênes de la Maison DC, James Gunn tente d’insuffler un minimum de cohérence à une franchise désordonnée et orpheline de la vision (certes étriquée et au rabais) de Zack Snyder. Il doit surtout composer avec un univers composite, entre The Batman de Matt Reeves et son propre DCU avec Superman et consorts. Par conséquent, il est délicat pour le public de s’y retrouver, malgré les remises à zéro. Heureusement, au milieu de ce fatras émergent parfois des propositions singulières, plus ou moins réussies.
On relève ainsi la série Lanterns signée Damon Lidenlof, assez fascinante. Et voici que débarque Clayface, un projet intriguant pour deux raisons. Il s’articule sur l’un des ennemis de Batman, Clayface ou Gueule d’argile en français ; l’ombre (désagréable) du Joker de Todd Philips plane donc sur le film. Et le long-métrage repose sur le scénario de la coqueluche du cinéma d’horreur, à savoir le petit futé Mike Flanagan. Ces spécificités promettaient sur le papier un résultat final satisfaisant. Hélas, il n’en est rien, puisque confier un script (même le meilleur et c’est loin d’être le cas) à un âne n’accouche jamais d’une voiture de course…
Il était une fois à Hollywood
Réputé pour ses travaux anecdotiques, Bastille Day et Speak no Evil, James Watkins se débat comme il peut dès l’introduction fort convenue, sur la forme et sur le fond. Pour les non-initiés au comic book, Basil Karlo, acteur de film d’épouvante, devient Clayface afin d’éliminer les interprètes du remake du long-métrage dont il était jadis la vedette. Puis, l’éditeur développera le personnage de Matt Hagen, ancien comédien lui aussi et chasseur au trésor, qui se transformera en Clayface, après avoir été au contact d’un étrange protoplasme. À chaque fois, les créateurs se concentreront sur l’aspect horrifique du sujet.
Mike Flanagan extrait de ce substrat une matière première solide afin d’explorer l’ambivalence morale, la solitude et la névrose d’un individu, ce à travers sa chute puis sa résurrection. A priori, une excellente idée sur laquelle James Watkins ne parvient jamais à s’appuyer. La première demi-heure lui offrait l’occasion de briller, dès qu’il plonge dans les coulisses d’Hollywood, sans jamais négliger les fondamentaux de la bande dessinée et de la mythologie à laquelle il se rattache. Ou comment relier les artifices et les paillettes à la pègre de Gotham.
Le réalisateur peine d’ores et déjà dans cette entreprise, accumule les poncifs au passage, pas aidé, chose étonnante par le récit de Mike Flanagan. L’itinéraire d’un enfant issu des Narrows (le quartier mal famé de Gotham), qui a bataillé ferme pour se hisser au sommet et qui dissimule ses sentiments à son entourage n’a rien d’inédit. Pire, en s’enfermant dans cette formule ressassée, les auteurs se perdent en conjectures toutes littérales et en métaphores pataudes.
La tragédie d’un métamorphe
Ainsi, quand Matt Hagen et un présentateur de télévision abordent son côté caméléon, James Watkins néglige toute finesse et entame sa lente agonie… à l’instar de son personnage, torturé par l’un des plus puissants malfrats de Gotham (et pas de Batman pour le sauver !). On aurait pu espérer que durant le processus de sa métamorphose, James Watkins se démarquerait avec quelques nouveautés et s’ingénierait à décrire habilement le basculement physique et psychologique de son protagoniste. Il n’en est rien, une fois encore.
Il copie, le savoir-faire en moins, la démarche de David Cronenberg dans La Mouche. Et si la plongée progressive dans l’horreur ravive quelques bons souvenirs provenant de l’œuvre du cinéaste canadien, elle n’empêche pas au long-métrage de sombrer, non pas dans la démence, mais dans un air de déjà-vu. James Watkins digère mal ses influences et n’exploite pas suffisamment les pouvoirs polymorphiques de Matt Hagen, en matière de mise en scène. La découverte et l’utilisation de ses facultés perturbent davantage l’antihéros que le spectateur… hormis dans une séquence, quant à elle, parfaitement maitrisée.
Matt Hagen pénètre dans l’enceinte d’une boîte de nuit possédée par sa némésis. Il se fond dans la foule, arborant les traits des sbires aux ordres de celui qu’il est venu abattre. Sur la piste de danse, après quelques pas endiablés, il sème la panique et entame un authentique jeu de massacre. Ses adversaires sont frappés par une paranoïa légitime, puisqu’il les dupe à l’aide de ses capacités mimétiques. Ces quelques minutes de grâce, tant espérées jusque-là, honorent enfin le matériau de base, trahi dans l’esprit.
Rien à imiter
Cette courte éclaircie n’empêche point le navire Clayface de couler. Elle incite néanmoins à se remémorer la très bonne série d’animation (à l’esthétique très manga) The Batman, conçue par Duane Capizzi en 2004. Le créateur se focalisait sur la forte amitié entre Bruce Wayne et un détective de police, Ethan, condamné à errer sous l’identité de Clayface après avoir été le cobaye pour les expériences du Joker. Capizzi détaille habilement sa destinée tragique, son lien avec Bruce Wayne et son profil psychologique, sans verser dans le pathos ou le racolage.
Tout le contraire de James Watkins ici, puisque le salut de Matt Hagen ne s’entrevoit uniquement par sa relation avec Caytlin. Sans énumérer la liste des poncifs employés dans cette démonstration, on regrette surtout la littéralité frontale déployée et le recours au pléonasme. Hagen clame à tout bout de champ que celle dont il est épris incarne sa source de contrôle et de réconfort alors que les images explicitant cette donnée défilent à l’écran. Navrant.
Clayface rejoint donc la lignée des longs-métrages DC, aux aspirations élevées et au contenu frelaté. Sous couvert d’humaniser un monstre, il se soumet à un autre type de cahier des charges, celui boursoufflé, dicté par un marionnettiste impuissant et incapable !
Film américain de James Watkins avec Tom Rhys Harris, Naomi Ackie, Max Minghella. Durée 1h49. Sortie le 21 octobre 2026
François Verstraete
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