Depuis plus de vingt ans, L’EVO est un événement qui rassemble tous les pratiquants et pratiquantes des jeux de combat vidéoludiques. De nombreux tournois sont proposés pour l’occasion ; pendant longtemps, on considérait qu’il désignait le meilleur représentant de sa discipline, de Street Fighter à Tekken en passant par King of Fighters et Smash Bros. D’abord cantonné à Las Vegas, l’EVO, sous l’impulsion de nouveaux propriétaires, s’est exporté. Au Japon, bien entendu, puis en France, à Nice depuis l’an dernier et prochainement au Maroc et à Singapour.

La multiplication des dates a entraîné une dilution des participants. Par conséquent, hormis au Japon, on observe une baisse de fréquentation notable. Ce fut le cas à La Vegas en juin (après, l’envolée des prix des billets d’avion pour la Coupe du Monde de football n’a pas aidé) et la France a été frappée également par cette chute en octobre. La localisation niçoise ne facilite pas d’ailleurs le déplacement de la communauté. De fait, certaines figures illustres, telles que le Dominicain MenaRd, le Japonais Umehara Daigo ou le Pakistanais Arslan Ash n’étaient pas présents.

Tekken 8, déjà un classique

Cela n’a pas empêché près de trois mille joueurs de venir s’affronter, à la fois pour le titre, mais aussi dans le but d’obtenir une qualification pour les Championnats du monde de leur jeu respectif. Les défis étaient de taille, d’autant plus que la saison est bien avancée. Quoi qu’il en soit, on espérait assister à des matches dantesques et à de beaux moments d’émotions, comme en 2025. En effet, le parcours du Français Mister Crimson dans le tournoi de Street Fighter 6 avait emballé le public local (il terminera d’ailleurs à la troisième place).

Cette année, L’EVO France s’articulait autour de huit jeux majeurs (Street Fighter 6, Tekken 8, Marvel Tôkon Fighting Souls, Fatal Fury: City of the Wolves, Guilty Gear Strive, Granblue Fantasy Versus Rising, 2XKO et Avatar Legends) et 10 mineurs. De quoi contenter les amateurs et amatrices de coups spéciaux en tout genre, durant trois jours.

Fini les deuxièmes places

La revanche du vendredi

Décomposé en plusieurs phases (pools et play-offs, avec principe de double élimination), chaque tournoi débutait le vendredi. Le programme était particulièrement chargé pour un jeu tel que Street Fighter 6 qui regroupait plus de mille concurrents. D’autres compétitions, moins plébiscitées, allaient se conclure le jour même : c’était le cas pour Granblue Fantasy Versus Rising et Fatal Fury : City of the Wolves. S’il est le fruit d’un studio japonais, Granblue Fantasy Versus Rising est surtout apprécié aux États-Unis.

Voilà pourquoi la plupart des champions sont d’origine nord-américaine. Reposant sur une direction artistique stupéfiante et un système nerveux, le jeu mériterait d’être davantage exposé en Europe. Cela n’a pas empêché le français Skyll de se hisser dans un top 8, au sein duquel, pour une fois, le japonais ZanDori s’imposa, après avoir échoué à la deuxième marche du podium, notamment durant l’EVO Vegas cette année. Une revanche, qui ne serait pas la dernière du week-end. Ainsi, lors du tournoi de Fatal Fury, un champion remit les pendules à l’heure.

Le retour victorieux de Go1

Si la délégation sud-américaine ne s’était pas déplacée pour disputer l’événement, les grandes figures chinoises, coréennes, japonaises et sud-coréennes ne rataient pas le rendez-vous. L’objectif, engranger le plus de points afin de se qualifier pour les Mondiaux (avec 1,5 millions de dollars promis au vainqueur). Et la faible participation n'amoindrissait pas le niveau général, bien au contraire. Les rencontres furent très accrochées et le top 8 était composé d’habitués ; le chinois XiaoHai, les Japonais Fenritti et Kindevu ou le Grec H-Dope. Et ce sont les Nippons Go1 et Mi2Ha4 qui atteignirent la finale. Ce dernier, encore malheureux, après l’Evo Vegas et l’EWC, s’inclina face à son aîné. Après des soucis de santé et ses forfaits à Vegas à l’EWC, GO1 affirma sa domination sur la scène, avec la manière !

Une fin en fanfare et des déceptions

L’EVO 2026 offrit une superbe vitrine pour un nouveau venu et un jeu qui tirera bientôt sa révérence. En raison de résultats jugés insatisfaisants, 2XKO cessera d’être développé par son studio. L’annonce a retenti comme un coup de tonnerre. Voilà pourquoi, sa sélection parmi les tournois phares de cet EVO constituait tout un symbole. La phase finale permit aux participants de clamer leur amour au titre au plus haut niveau.

Clap de fin

Si les Français Wade et Kayne n’ont point démérité, ce furent bien les Américains, spécialistes du tag, qui phagocytèrent le podium. Néanmoins, la légende SonicFox, les vétérans Hikari et Supernoon s’inclinèrent devant Bleed, qui remporta enfin un Evo. Oui cet EVO 2026 a généré de nombreuses premières. Une première sur la grande scène, en particulier pour Avatar Legends, un jeu adapté de la célèbre série d’animation. Le tournoi attira 255 participants et vit l’Uruguayen Pepe/Uehara l’emporter sur ses rivaux.

Concernant celui de Guilty Gear Strive, il faut noter la victoire d’un des favoris, l’américain NitroNy, qui décroche un nouveau trophée à l’Evo, après celui de Vegas en 2024. Du côté des déceptions, s’il n’y eut pas de problèmes majeurs à relever, les supporters hexagonaux regretteront l’absence d’un représentant français pour le dernier jour. Aucun joueur n’a réussi à atteindre le top 8 d’un des trois tournois phares : Street Fighter 6, Tekken 8 et Marvel Tokôn. Fort heureusement, il y eut quelques éclaircies avec les présences dans le top 24 de Street Figther 6, de Dims (une énorme surprise) et dans celui de Tekken 8, de l’étoile montante, Neia.

Le jeu le plus spectaculaire du moment

Enfin récompensés !

Toutefois, cette fameuse absence de français le dimanche de clôture, ne gâchera pas la fête. L’apothéose eut lieu sous la forme de belles histoires. La première pour l’israélien Zando, qui déjoua les pronostics, terrassant au passage le redoutable japonais YMST_P4U durant une finale de Marvel Tokon qu’il maîtrisa de bout en bout. Alors qu’il envisageait de se retirer du circuit, Zando va sans doute continuer sa route, au moins jusqu’aux mondiaux. À Tekken 8, les nations majeures, Le Pakistan et la Corée du Sud s’arrogèrent les premières places.

Cependant, orpheline de son chef de file Arslan Ash, le Pakistan céda face aux Asiatiques. Résultat la Corée du Sud installa trois joueurs sur le podium. Et ce fut une première (encore une) pour Jeon Dding qui s’octroya le sacre après avoir échoué près du but à de multiples reprises. Une superbe démonstration de persévérance. Et que dire de la conclusion de la compétition de Street Fighter 6. Les japonais, venus en masse, dominèrent le classement (treize d’entre eux se sont positionnés dans le top 24 et quatre dans le top 8).

Dual Kevin enfin au sommet

Et si Tachikawa atteignait la finale, s’adjugeant les faveurs du public en brandissant le drapeau français, c’est l’Américain Dual Kevin qui sortit victorieux d’une confrontation, traversée par les coups d’éclat, les ratés et les rebondissements. Une première également pour Dual Kevin, qui attestait d’un EVO France 2026 décidément pas comme les autres.

François Verstraete

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