La grande fête de l’Esport continue de battre son plein à Paris et cette édition de l’EWC 2026 offre notamment un joli spectacle pour les amateurs et amatrices de jeu de combat ou vs fighting. Après le superbe tournoi de Fatal Fury : City of the Wolves qui s’est achevé il y a trois semaines avec la victoire du mexicain Dark Angel, place à la discipline reine du genre, à savoir la compétition de Street Fighter 6, qui s’est tenue du 29 juillet au 1er août. Et cette année elle rassemblait un plateau de trente-deux participants à l’aura prestigieuse.

En effet, les noms les plus illustres s’étaient qualifiés : le champion du monde japonais Sahara, le vice-champion du monde français Kilzyou, le double détenteur du titre chinois Xiao Hai (qui avait à cœur de se rattraper après sa contre-performance à Fatal Fury) et une flopée de vainqueurs de l’Evo (Us, français ou japonais). Les légendes nippones Daigo, Tokido, Fuudo, le Dominicain MenaRD, l’Américain Punk, le Sud-coréen Leshar, le japonais Yamaguchi et l’Émirati Angry Bird. Ajoutez à cela une poignée d’outsiders aux dents longues, parmi lesquels on retrouve le vétéran Itabaichi Zanglief, Big Bird, ou encore les jeunes prodiges Hinao, Blaz et Craime, tours trois âgés de moins de dix-huit ans.

Duel de légendes

L’organisation est la même que pour celle de Fatal Fury ; elle s’articule autour de trois phases distinctes. Les deux premières se déroulent selon le principe de la double élimination (deux défaites et c’est terminé pour le joueur). Il y a d’abord huit poules de quatre joueurs, puis deux de huit joueurs. Chaque rencontre exige de remporter trois matches pour désigner un vainqueur. Dans la dernière ligne droite, huit joueurs sont sélectionnés ; l’élimination directe est alors de mise, mais cinq victoires sont nécessaires pour accéder au tour suivant.

Un premier tour fatidique

La première partie du tournoi aura été marquée par des sorties de route imprévues et des polémiques concernant la qualité des installations. En effet, beaucoup se sont plaints de la latence, il est vrai, inacceptable (si elle est réelle), constatée sur certains écrans, diminuant les possibilités d’exécution des participants. Par ailleurs, une véritable hécatombe frappa les favoris, puisque plusieurs d’entre eux sont tombés, à la surprise des observateurs et du public. Ainsi, Xiaohai quitta la compétition sans gloire, seulement trois semaines après son échec à Fatal Fury. Terrible pour lui.

Une nouvelle désillusion

Le champion du monde Sahara, le vice-champion du monde Kilzyou, le Japonais Fuudo, l’Émirati Angry Bird, l’Américain Punk et le finaliste de l’an passé, Blaz l’accompagnèrent. Stupeur ! Quant à MenaRD, considéré comme le meilleur joueur actuel, il a dû batailler ferme et frisa l’élimination, au bout d’une rencontre dantesque contre Umehara Daigo. Emblème de la scène du jeu de combat, le Nippon, malgré son âge avancé (quarante-cinq ans), proposa une superbe résistance au Dominicain, le poussant dans ses derniers retranchements.

Par ailleurs, il faut saluer les prestations impressionnantes de deux japonais durant cette phase : Kobayan et Hibiki. Ils utilisent respectivement Zanglief et Lily, jugés assez faibles par la communauté (surtout Lily). Hibiki infligea même un sévère trois zéros à MenaRD puis récidiva contre Kilzyou. La méconnaissance de ses adversaires vis-à-vis de Lily est sans doute l’élément qui fit basculer les affrontements en sa faveur, dans de telles proportions. Incroyable !

La jeune garde

L’équilibre des forces

Ces résultats sont peut-être dus, au moins partiellement, à la récente mise à jour, visant à équilibrer l’ensemble des protagonistes présents dans le jeu. Par conséquent, Mai et Ed, réputés pour être les tops tiers absolus (pour les néophytes, les personnages les plus puissants), ont vu leurs capacités amoindries. Voilà pourquoi, Fuudo, Sahara voire Leshar ont peiné avec Ed pendant la compétition. A priori, les réajustements ont généré un environnement plus stable et sain. Et choisir un personnage solide relève de fait du bon sens.

Voilà pourquoi Hinao et Craime ont brillé lors de la deuxième phase avec Ryu. De leur côté, Kobayan et Hibiki ont poursuivi leur entreprise de démolition. Les matches s’enchaînèrent le vendredi, écartant quatre têtes d’affiche japonaises à l’arrivée (elles constituaient tout de même la moitié du plateau de ce top 16). Cela n’empêcha pas le champion MenaRD de se hisser dans le top 8, de même que Yamagughi et Leshar. Ils s’adjugeaient les faveurs des pronostics pour la consécration finale, en raison de leur bilan et de leur expérience. Néanmoins, certains opposants comptaient bien tirer leur épingle du jeu, notamment, l’américain Booce Lee, ultime représentant yankee encore en course.

La surprise du chef

Durant ce top 16, il afficha un niveau exceptionnel, que ce soit en termes de concentration que de réflexes. Ces qualités compensaient une stratégie globale assez pauvre. Employant Terry, un personnage versatile, très puissant en attaque, surtout au moment de presser, il parvenait à anticiper les prises de décisions adverses et punissait au préalable toutes les erreurs. Il écrasait Tokido et venait à bout sur le fil d’Hibiki. La confirmation d’un talent en gestation !

Le Japon est maudit

Le lendemain, la conclusion dramatique de l’événement allait accoucher d’un spectacle assez déroutant. La distribution de ces play-offs était composée des Japonais Hibiki, Kobayan, Yamaguchi et Hinao, du Sud-coréen Leshar, du Dominicain MenaRD, du Chilien Craime et de l’Américain Booce Lee. Outre la domination asiatique, on doit souligner la précocité d’Hinao et de Craime qui allait tenter de remporter la bagatelle somme de 300 000 dollars, tous les deux à l’âge de quinze ans ! Pour la délégation nippone, l’enjeu était de taille. En effet, si tous accordent à l’archipel le statut de meilleure nation, ses résidents peinent à s’imposer ces dernières années dans les compétitions majeures, hormis aux championnats du monde (bon ce n’est déjà pas si mal).

Sublime vainqueur

Les quarts de finale entérinèrent quelque part l’hégémonie japonaise. Dans un duel fratricide, Hinao l’emportait face à son aîné Kobayan. Hibiki se débarrassait de Leshar tandis que Yamaguchi venait à bout de Booce Lee à l’occasion d’une rencontre à couteaux tirés. Toutefois, l’exploit majuscule était accompli par Craime qui terrassait MenaRD contre toute attente. Il s’érigeait en dernier rempart contre l’Empire du Soleil levant ! Pour l’anecdote, on retrouvait la même configuration que pour le top 4 du tournoi de Fatal Fury ; un joueur sud-américain opposé à trois Japonais.

La confrontation entre Hinao et Hibiki tournait à l’avantage de ce dernier. Il canalisa parfaitement la folie d’Hinao. Dans l’autre rencontre, Yamaguchi s’inclina contre Craime. Le récent vainqueur de l’EVO Japan ne trouva jamais la clé. Le spectre d’un nouveau revers pour le Japon se profilait. Et Craime asséna le coup de grâce ; solide et précis, il ne laissa aucune chance à Hibiki. À quinze ans, il empochait 300 000 dollars. Quant à l’Amérique du Sud, elle s’imposait en continent incontournable sur la scène des jeux de combat : outre les performances répétées de Blaz, elle a raflé en l’espace d’un an, les trophées de l’EWC à Fatal Fury et Street Fighter 6, ainsi que les championnats du monde de King of Fighters XV. Sublime !

François Verstraete

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