Andrew Stagg est convoqué par le général Eisenhower afin de superviser la section scientifique chargée de veiller aux prévisions météorologiques en vue du débarquement. Professionnel consciencieux et réputé, son avis est pourtant contesté ; il va devoir se battre pour persuader ses supérieurs du bien-fondé de ses recherches.
Décidément, cette année cinématographique 2026 est marquée par différents travaux consacrés à la période trouble de la Seconde Guerre mondiale. Il y eut le boursoufflé Les Rayons et les Ombres de Xavier Giannoli, le diptyque convaincant d’Antonin Baudry, La Bataille de Gaulle et avant la sortie du biopic Moulin, dédié sur la célèbre figure de la résistance française, voici venir le deuxième long-métrage d’Anthony Maras, Pressure, qui se penche sur un fait assez ignoré d’un large public, qui a changé le cours du conflit en faveur des Alliés.
Le réalisateur s’est fait connaître sur Amazon Prime vidéo avec le thriller anecdotique Attaque à Mumbaï. On craignait donc, en raison de cette expérience peu concluante, que son nouveau projet fort ambitieux ne se hisse pas au niveau des enjeux. Force est de constater, en effet, que le sujet prévaut désormais sur le traitement et sa nature excuse de plus en plus tous les écueils regrettables de nombreuses entreprises qui s’expriment notamment sur des questions politiques brûlantes.
Fini l’époque bénie où l’on jugeait une œuvre en s’affranchissant de toute boussole idéologique. Et avec Pressure, certains s’en donneront à cœur joie, en reprochant au long-métrage de se préoccuper surtout de détails et non de se positionner clairement. Il s’intéresse aux trois jours précédents le Débarquement en Normandie, quand plusieurs météorologistes allaient décider du sort du monde libre. Ce fait avait brièvement évoqué dans La Bataille de Gaulle : L’âge de fer. Anthony Maras quant à lui, expose pleinement les circonstances et les conséquences d’un sommet peu ordinaire.
Pas si académique
L’introduction, qui présente une répétition militaire virant à la tragédie, présage un académisme crasse. Encore une fois, le spectre d’une forme frelatée plane sur cet ensemble, passionnant sur le papier. Les écueils et métaphores grossières affleurent rapidement. Anthony Maras relie maladroitement pression atmosphérique et psychologique et ne brille pas dans sa gestion de la temporalité. Resserré sur une période de soixante-douze heures, le récit ne s’appuie jamais vraiment sur ce compte à rebours, hormis en rappelant que la fenêtre propice à l’assaut dépassée, la défaite sera assurée pour les Alliés. Une crainte avancée par le général Montgomery, pas forcément portraituré avec fidélité.
Fort heureusement, le réalisateur se distingue dans un autre exercice ici, assez fascinant, cynique, voire glaçant, dans l’approche, celui d’un drame quasi théâtral. Ce ne sont pas les affrontements de la dernière partie maintes fois vus, qui importent à Anthony Maras, mais les débats qui animent salles de conférence et d’études dans un manoir luxueux. L’attente des troupes à l’extérieur du domaine et la décontraction des soldats contrastent avec la tension palpable qui transpire à l’intérieur. Les attaques fusent et les voix s’élèvent dans le chaos ambiant.
Puis une sonnerie de téléphone retentit, suspendant les cris. L’appel destiné à Stagg, l’informe de l’état de son épouse, enceinte, restée dans son foyer. Il apprend une nouvelle alarmante. Néanmoins, le cinéaste écarte tout pathos ou palabres sirupeux ; l’officier conserve un flegme et un calme saisissant afin de finaliser sa démonstration devant des interlocuteurs peu enclins à l’écouter. Cette scène intense fort bien maîtrisée s’accorde avec un regard attachant porté sur les protagonistes et les différends qui les opposent.
Des hommes, une science, des choix
Le trio Staag, Eisenhower, Krick constitue le véritable centre d’intérêt de Pressure ; leurs divergences, leurs croyances et leur attitude face à la crise sont remarquablement abordées par le réalisateur. Tous s’interrogent sur une science exacte souvent décriée, causée par l’incertitude de ses prédictions. Et dans le cas présent, la prédiction influencera le destin de la planète tout entière. Anthony Maras joue avec les nerfs des personnages et les déleste peu à peu de leur assurance. L’autorité du commandant en chef, le génie de Staag et la popularité de Kirck seront égatignés au passage.
L’antagonisme entre Stagg et Krick intrigue par ailleurs au plus haut point ; tous deux clairvoyants, ils ont emprunté chacun une direction différente et la pratique de leur discipline s’en est ressenti. Krick n’est pas moins intelligent que Staag à l’origine, mais il a préféré le confort à la rigueur. Il ressemble aux experts des plateaux télévisés, qui ont perdu toute crédibilité dans leur milieu, au profit de la gloire éphémère. Sans exceller dans cette projection judicieuse, le réalisateur convainc dans sa démarche.
Brendan Fraser, de son côté continue de surprendre pour le meilleur, en endossant des rôles qu’il n’aurait jamais envisagés il y a vingt-cinq ans. Si son introspection ne se distingue pas par son originalité, il impressionne durant l’instant fatidique, celui d’un choix crucial. Une interprétation solide pour quelques secondes qui n’entreront pas néanmoins dans l’éternité, contrairement à celles vécues par Eisenhower lui-même.
Voilà pourquoi, en dépit des erreurs de trajectoires dues aux fortes attentes liées à sa thématique jamais comblées, Pressure interroge de manière adéquate sur des axes psychologiques, réfutant une vaine tentative épique. Salvateur sur ce point.
Film américain d’Anthony Maras avec Andrew Scott, Brendan Fraser, Kerry Condon. Durée 1h40. Sortie le 9 septembre 2026
François Verstraete
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