Ryu remporte les Championnats du Monde des arts martiaux sous les yeux de son mentor, Gouken et de son meilleur ami Ken. Six ans plus tard, retiré après l’assassinat de son maître, Ryu reprend du service afin de défendre son titre tout en déjouant les plans de l’infâme Bison.
Si elle n’est plus une licence prépondérante vidéoludique comme par le passé (d’autres pèsent davantage), la franchise Street Fighter possède encore une aura culte, surtout au Japon, au point de devenir une discipline sportive officielle lucrative au Pays du soleil levant. Et dans le reste du monde, Ken, Ryu et Chun Li constituent des visages incontournables pour les amateurs de pop culture. Voilà pourquoi, il n’est point étonnant que le cinéma et le petit écran se soient emparés de cet univers à la mythologie foisonnante (et assez chaotique).
Ainsi, on se souvient du pathétique Street Fighter : L’Ultime combat avec Jean-Claude Vandamme sorti en 1995, du navrant Street Fighter : La légende de Chun-Li sorti en 2011 ou du sympathique film d’animation, Street Fighter II, le film sorti quant à lui en 1994. Toutes ces tentatives, pour la plupart infructueuses, n’ont pas refroidi les ardeurs des studios. Par conséquent, Paramount, en collaboration avec Capcom et Jason Momoa ont injecté plus de cent vingt millions de dollars afin de ressusciter la saga dans les salles.
Un pari osé, d’autant plus avec un budget aussi conséquent. Il est vrai que le succès du désastreux Minecraft ou des adaptations animées de Super Mario auront donné de (mauvaises) idées à quelques producteurs. Et hélas, ce n’est sans doute pas ce Street Fighter qui incitera les foules à se déplacer pour voir du jeu de combat au cinéma, peu après le naufrage de Mortal Kombat II.
Une brève éclaircie
Pourtant, une belle surprise survient dès l’introduction, une démarche qui n’avait pas été dévoilée dans les bandes-annonces promotionnelles. Kitao Sakurai choisit en effet d’employer l’animation afin de raconter les événements préalables à son récit. On se souvient alors de Street Fighter II, le film et ici, le rendu esthétique convainc ! D’ailleurs, tous les flashbacks présents dans le long-métrage revêtiront une forme identique, avec une efficacité similaire. On imagine que l’éditeur du jeu, Capcom a beaucoup œuvré pour une telle réussite. Qui plus est, en s’appuyant la direction artistique des années quatre-vingt-dix plutôt que celle adoptée pour Street Fighter 6, le cinéaste et le studio insufflent un aspect rétro bienvenu.
En outre, les effets numériques et les capacités athlétiques des interprètes parviennent à retranscrire pouvoirs et coups spéciaux avec crédibilité (toute relative). Quoi qu’il en soit, on loue les progrès effectués depuis 1995 ! Et certains affrontements, sans égaler les meilleures heures hongkongaises ou japonaises, génèrent une petite satisfaction, tel celui dans le sauna ou le final dans une arène dans laquelle s’opposent deux adversaires démoniaques. Or, c’est en soulignant ces (maigres) qualités que l’on s’imagine, avec bonne foi, un résultat honnête dans la lignée du récent Resident Evil… mais il n’en est rien.
Défaite par KO
Zach Cregger préféra ne pas s’embarrasser avec les personnages du matériau de base, au moment de transposer l’histoire post apocalyptique issue également de l’écurie Capcom ; un atout, puisqu’en s’affranchissant des limites inhérentes à un script médiocre, il permettait à son ensemble de gagner en singularité et en cohésion. Kitao Sakurai, de son côté, récite sa leçon et répète des erreurs que l’on retrouve dans d’autres tentatives du genre. Outre cette propension ignoble à la nostalgie, il décline tous les écueils évitables pour son propre malheur, à commencer par l’usage d’un humour racoleur et une narration décousue, aux enjeux épars.
Les protagonistes à peine esquissés, répondent à tous les stéréotypes tandis que leurs interprètes ne sont même pas dirigées. La palme de la caricature revient à un Jason Momoa dont la performance catastrophique égale celle qu’il accomplissait dans Minecraft. Surtout, le problème majeur réside dans cette volonté de rester fidèle aux « écrits » de Street Fighter II, prétexte pour injecter de la consistance entre deux joutes sur une borne d’arcade. L’auteur de ces lignes a beau pratiquer différents jeux de combat durant ses loisirs, il n’omet pas en revanche la vacuité d'un fond amusant, mais loin d'être intelligible.
Certes, par instants, des émanations naïves, voire sincères, se dégagent de ce Street Fighter. Malheureusement, il rejoint toutes les entreprises désastreuses du même type, telles que le dernier Mortal Kombat II.
Film américain de Kitao Sakurai avec Noah Centineo, Andrew Koji, Callina Liang. Durée 2h00. Sortie le 14 octobre 2026.
François Verstraete
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